Les "Ruines" de Josef Koudelka à la BnF : un travail monumental en panoramique noir et blanc

La BnF expose 171 images panoramiques de ruines prises par Josef Koudelka sur des sites antiques autour de la Méditerranée. Un projet qui a occupé le photographe franco-tchèque pendant une trentaine d'années.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Josef Koudelka, "Temple d'Apollon, Delphes, Grèce", 1991 (© Josef Koudelka /Magnum Photos)

Josef Koudelka a poursuivi ce projet pendant près de 30 ans, dans 200 sites antiques d'une vingtaine de pays autour de la Méditerranée, où il est allé, retourné et retourné encore en quête du maximum que son appareil photo, la lumière du lieu et son regard pouvaient donner sur les Ruines. La Bibliothèque nationale de France expose pour la première fois dans son ampleur ce travail monumental en panoramique noir et blanc (jusqu'au 16 décembre 2020).

L'accrochage est impressionnant : au centre de la salle, 40 tirages horizontaux monumentaux suspendus nous plongent dans ce monde de ruines saisi de façon obsessionnelle par Josef Koudelka de la France à la Syrie, du Maroc à la Grèce. Autour de la salle 52 autres tirages horizontaux de formats plus modestes sont posés horizontalement et 18 tirages verticaux sont accrochés au mur.

Au total, 171 images qui correspondent à des tirages des collections de la Bnf, pour la plupart offerts par le grand photographe d'origine tchèque, plus connu pour son travail sur le Printemps de Prague et sur les Gitans que pour ses paysages. Certaines des Ruines de Koudelka avaient déjà été exposées mais c'est la première fois qu'on peut découvrir ce travail unique dans toute sa dimension.

Le mariage de la beauté et du temps

Le photographe est animé par la conviction d'une unité de la culture ou des cultures européennes, nées autour de la Méditerranée, qu'il pense trouver dans les sites grecs et romains antiques et qui, comme eux, pourraient être menacées. Josef Koudelka est allé y chercher "le mariage de la beauté et du temps". Un petit film projeté dans l'exposition nous montre comment il travaille : présent sur les sites avant le jour, il traque un rayon sur un bas-relief, se pliant aux caprices du soleil, "le patron", dit-il.

Joseph Koudelka, "Myra, Turquie", 2013 (© Josef Koudelka /Magnum Photos)

"Je ne fais pas de photos d'archéologie. Je photographie le paysage qui surgit ou pourrait disparaître sous la menace du temps, qui est cependant toujours là ; ce paysage originaires de nos cultures d'Europe", dit-il dans le catalogue de l'exposition.

C'est "une vision du paysage où l'être humain est absent mais partout en creux", souligne Héloïse Condesa, conservatrice à la BnF et co-commissaire de l'exposition. "Des paysages qui ont été fabriqués et modifiés par l'homme, qui nous rappellent sans cesse l'échange entre l'homme et la nature, avec cette idée que la ruine n'est pas un motif éternel et porte en elle plusieurs temporalités."

L'idée à germé en 1991 quand il a visité Delphes, un site qui l'a fasciné et dont une image est suspendue au centre de l'exposition : un chaos de fragments de colonnes est saisi au ras du sol devant un paysage grandiose.

Le panoramique à contrecourant

Vue de l'exposition "Josef Koudelka, Ruines", à la Bibliothèque nationale de France, septembre 2020 (© Jérémy Halkin / BnF)

Car Josef Koudelka utilise le format panoramique à contrecourant de l'histoire de ce format, utilisé par les archéologues dès le XIXe siècle, explique Héloïse Condesa : à l'époque "on reconstituait un grand paysage avec cette vue englobante où l'archéologue est au centre. Josef Koudelka propose à l'inverse une vision à fleur de sol. Il investit physiquement le site, s'attache à des fragments, des détails."

Les cadrages panoramiques verticaux sont particulièrement singuliers, isolant un escalier chaotique en Turquie, un chamelier en bas-relief devant une faille dans la falaise à Petra.

Avec des cadrages parfois légèrement penchés, le photographe semble souligner la fragilité de l'homme qui s'exprime aussi avec l'inclinaison d'un fragment de colonne délicatement appuyé, des fentes dans un dallage en gros plan, un bloc de pierre en déséquilibre. Il nous rappelle la force de la nature quand le pont du Gard apparaît en fond derrière le tronc majestueux d'un olivier centenaire, quand des arbustes poussent leurs branches entre des colonnes. Les amas de pierres, un monstre qui grimace, des doigts de pierre énormes qui agrippent le sol pourraient aussi annoncer le chaos : on a parfois "l'impression que tout est au bord de précipice", souligne la commissaire, qui parle de "prémonition".

Tous les sites ont été mélangés dans le magnifique accrochage, conçu comme une "vaste installation photographique", il a été guidé par "le côté homogène de la ruine". Il n'y a pas de cartels, mais des numéros : un livret distribué à l'entrée permet d'identifier les lieux, de savoir que cette lumière sublime sur le sable ou de longues ombres ont été prises à Palmyre, que cette colonne allongée de tout son long, qui bascule sous le ciel, est à Sidé en Turquie. Peu importe, finalement : c'est quelque chose d'universel que Josef Koudelka semble avoir cherché dans ces pierres posées par les hommes dans des sites exceptionnels autour de la Méditerranée.

Josef Koudelka, "Ruines"
Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand
Quai François Mauriac, Paris 13e
Du mardi au samedi 10h-19h, le dimanche 13h-19h, fermé le lundi et les jours fériés
Tarifs : 9 euros / 7 euros
Du 15 septembre au 16 décembre 2020

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