Le monde imparfait du photoreporter Gilles Caron s'expose à Cherbourg

Intitulé "Gilles Caron, un monde imparfait" l'exposition est visible jusqu'au 10 octobre au Point du Jour, à Cherbourg (Manche).

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France Télévisions Rédaction Culture
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Daniel Cohn-Bendit pose devant un CRS et devant l'objectif de Gilles Caron (1968) (France 3 Normandie)

Comment se situer, vivre et agir dans un "monde imparfait" ? C'est la question que Gilles Caron a explorée tout au long de sa carrière avec pour seul outil, son appareil photo.

À Cherbourg, le Point du Jour rend hommage au grand photoreporter à l'occasion des 50 ans de sa disparition avec l'exposition Gilles Caron, un monde imparfait (jusqu'au 10 octobre 2021).

Exposition Gilles Caron à Cherbourg

Des clichés iconiques

Disparu en avril 1970, à l'âge de trente ans, Gilles Caron était reporter photographe. Témoin oculaire des grèves ouvrières puis des manifestations étudiantes de mai 68 à Paris, il immortalise des moments d'anthologie. Il est l’auteur d’images "icônes" associées à ces événements, de celles qui façonnent notre mémoire collective. Comme ce fameux cliché de Daniel Cohn-Bendit qui défie un CRS. Un cliché qui ne doit rien au hasard. "Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ça n'est pas un moment instantané saisi sur le vif, au contraire il y un vrai échange de regard entre le jeune militant et le photographe et en fait Cohn-Bendit pose pour cette photo qui deviendra à posteriori historique", relate le chercheur Guillaume devant les planches contact exposées. 

Planche contact de la série Daniel Cohn-Bendit et les CRS en mai 1968 (France 3 Normandie)

L'histoire contemporaine en photo

L'exposition plonge le spectateur dans les conflits et les révolutions à travers le monde. Londonderry, Belfast, Prague, le Vietnam ou encore la rébellion armée au Tchad, Gilles Caron est sur tous les fronts. Juin 1967, la guerre des Six jours vient de s'achever, le portrait du vainqueur, l'israélien Moshé Dayan fait le tour du monde. Elle est signée Gilles Caron qui couvre alors son premier conflit avec des méthodes bien à lui. "Il va louer une voiture avec un journaliste allemand ce qui va lui permettre d'être le premier à photographier l'entrée des soldats israéliens dans la vielle ville de Jérusalem où se trouve le fameux mur des lamentations que les soldats viennent embrasser", explique encore Guillaume Blanc. Les photos exposées sont accompagnées de publications d’époque annotées au dos et permettent de comprendre le processus d'investigation que Gilles Caron employait sur le terrain. 

Le portrait de Moshé Dayan photographié par Gilles Caron  (France 3 Normandie)

L'impuissance des images 

Fin stratège et lucide sur le pouvoir de l'image, Gilles Caron perd peu à peu ses certitudes. Usé par les drames humains, les guerres, il restera marqué par la famine au Biafra qu'il couvre avec Raymond Depardon. "Toute la carrière de Caron a été structurée autour de cette ambivalence entre la nécessité de témoigner et l'insuffisance des images à changer les choses", rapporte encore le chercheur. Une impuissance que Gilles Caron exprime dans cette lettre qu'il envoie à sa mère le 6 mai 1960."Il n’y a aucune raison pour que ce monde imparfait et ennuyeux qui m’a été donné à la naissance, je sois obligé de l’assumer et de l’améliorer dans la mesure de mes moyens. On subit toujours, mais de diverses façons. Ne rien faire, c’est désolant. Jouer un rôle, c’est prendre son siècle en main, en être imprégné tout entier."

Biafra, avril 1968 (GILLES CARON / FONDATION GILLES CARON)

L'étoile filante de l'agence Gamma

Témoin du monde à travers ses photos, c'est en Algérie, lors de la guerre, que Gilles Caron a le déclic. Ce monde le déçoit, le révolte, l’ennuie. Il n’aura de cesse de le photographier, d’en montrer les limites mais aussi les moments de grâce. Il enchaînera les photoreportages de guerres et de révoltes. 

En 1970, Gilles Caron est envoyé par l'agence Gamma au Cambodge. "Je vais partir au Cambodge, ce sera la dernière fois. D'ailleurs je resterai à Phnom Penh, je n'en sortirai pas, je ne prendrai aucun risque." Cette phrase prononcée par le photographe français juste avant son départ était lourde de sens sur le danger Khmer rouge. Il disparaît le 5 avril de cette même année, sur la route qui reliait Phnom Penh, la capitale cambodgienne, à Saïgon au Vietnam. Il n'y a jamais eu d'enquête officielle sur sa disparition. 

Gilles Caron a produit presque 100 000 clichés durant sa courte carrière de cinq ans. 

Gilles Caron, Autoportrait Guinée-Bissau, décembre 1968 (GILLES CARON / FONDATION GILLES CARON)

Gilles Caron, un monde imparfait au Point de Jour de Cherboug jusqu'au 10 octobre 2021. Tel : 02 33 22 99 23   

Entrée libre.  Ouvert du mardi au vendredi de 14 à 18h et le weekend de 14 à 19h.

À l'occasion de l'exposition, le livre "Gilles Caron, un monde imparfait" de Guillaume Blanc, Clara Bouveresse et Isabella Seniuta est en vente au prix de 28 € 

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