Les couleurs et l'énergie de Hassan Hajjaj investissent la Maison européenne de la photographie à Paris

La photographie kitsch et colorée du photographe londonien d'origine marocaine Hassan Hajjaj investit toute la Maison européenne de la photographie jusqu'au 17 novembre 2019.

Hassan Hajjaj : à droite, \"Alia Ali\", de la série \"Vogue: TheArab Issue\" - à gauche \"Simo\", de la série \"Gnawi Riders\"
Hassan Hajjaj : à droite, "Alia Ali", de la série "Vogue: TheArab Issue" - à gauche "Simo", de la série "Gnawi Riders" (A gauche © Hassan Hajjaj, 2018/1439 - A droite © Hassan Hajjaj, 2014/1435)

On avait remarqué les tableaux colorés et kitsch de Hassan Hajjaj à la première foire d'art africain AKAA, en 2016. Pour sa première grande exposition parisienne, la Maison européenne de la photographie donne carte blanche au photographe londonien d'origine marocaine. Dans le cadre de la 3e Biennale des photographes du monde arabe, ses images investissent l'ensemble des locaux de la MEP qui se transforme en "Maison marocaine de la photographie".


Dès l'entrée, le ton est donné : les sièges sont couverts de coussins en plastique fabriqués avec des sacs de couscous. Un peu plus loin, bras dessus bras dessous, une bande de filles hilares avec sur le nez de (faux) foulards siglés Louis Vuitton nous regardent depuis un cadre orné de bouteilles rouges de Coca Cola. Des tables basses en plastique indiquent la sortie ou proclamant "Stop" en arabe sont posées à côté de caisses de soda en forme de siège, sous une "interdiction d'uriner" (toujours en arabe) en lettres dorées.

Hassan Hajjaj, \"Time Out\", de la série \"Vogue: TheArab Issue\"
Hassan Hajjaj, "Time Out", de la série "Vogue: TheArab Issue" (© Hassan Hajjaj, 2007/1428)
Du design au studio photo

Né en 1961 à Larache, sur l'Océan Atlantique, il a émigré à Londres avec sa famille à l'âge de 12 ans. Il a baigné dans les milieux hip-hop et reggae et travaillé dans le design avant de devenir photographe à la fin des années 1980. Il est aujourd'hui dans les collections du Brooklyn Museum, du Victoria and Albert Museum de Londres, du Los Angeles Museum of Contemporary Art.

Sur trois étages de la MEP, Hassan Hajjaj décline à peu près la même formule : des portraits de personnages assez kitsch habillés de couleurs vives, sur un fond également vif. Il les photographie dans la rue. Il les saisit aussi souvent en studio, à la façon des grands maîtres africains (Malick Sidibé, Seydou Keita), avec comme décor un tapis en plastique comme ceux que son oncle tissait.

Hassan Hajjaj, \"L.V. Posse\", de la série \"Vogue: TheArab Issue\"
Hassan Hajjaj, "L.V. Posse", de la série "Vogue: TheArab Issue" (© Hassan Hajjaj, 2000/1421)

Parodie des photos de mode

Au début, l'artiste s'est amusé à parodier les séances de photographie de mode réalisées avec des mannequins occidentaux dans les rues de Marrakech ou de Casablanca. Lui, il a fait poser des Marocaines, dans ses propres créations textiles, des djellabas ou des caftans aux couleurs vives à pois, aux motifs léopard ou camouflage, ou encore portant le sigle de marques de luxe, imitant les poses des mannequins. Leurs babouches aux motifs originaux sont souvent projetées au premier plan. Il les prend en contreplongée, comme pour leur donner de l'importance.

Ses modèles sont voilées ou pas car, dit-il, "je comprends qu'on puisse trouver dérangeant que certaines des femmes que je photographie soient voilées, mais regardez comme elles sont modernes et provocantes ! Elles mêlent tradition et mode pop ; je les trouve d'une force et d'une puissance inouïes, absolument magnifiques".

Hassan Hajjaj, \"Kesh Angels\", de la série \"Kesh Angels\"
Hassan Hajjaj, "Kesh Angels", de la série "Kesh Angels" (© Hassan Hajjaj, 2010/1431)

Pop-art d'aujourd'hui

Et comme presque toujours, il encadre ses photographies avec des conserves, des boites de Coca, de harissa, de sauce tomate, de saucisses de poulet… Il crée une espèce de pop-art d'aujourd'hui, interrogeant la société de consommation, le monde de la mode et de la contrefaçon. D'ailleurs, pour rigoler, Rachid Taha l'avait baptisé Andy Wahloo ("Andy rien" en arabe marocain).

Il y a quelques variantes, des portraits en gros plan sont détourés à la peinture acrylique, avec un cadre en bois ou en pneu de moto.

On se dit que, à force, on va se lasser de la formule. Mais l'énergie et la bonne humeur qui se dégage de ses images l'emporte. On est quand même séduit par les couleurs de ses Gnawi Riders, maîtres gnawa (membres de confréries d'origine sub-saharienne célèbres pour leur musique) qui trônent sur leurs motos. Ou par les Kesh Angels : là ce sont des femmes, artistes du tatouage au henné, qui nous toisent du haut de leur deux-roues, voilées et affublées de lunettes noires en forme de cœur.

Hassan Hajjaj, \"Master Cobra Mansa\", de la série \"My Rockstars\"
Hassan Hajjaj, "Master Cobra Mansa", de la série "My Rockstars" (© Hassan Hajjaj, 2012/1433)

"Rockstars"

"Je veux partager avec le monde entier ce que je connais du Maroc : une énergie et une attitude ; l'inventivité et le glamour de la mode de rue ; le graphisme étonnant véhiculé par les objets du quotidien ; la jovialité et la force de caractère des gens", dit Hassan Hajjaj.


Mais navigant entre son pays natal et Londres, il ne parle pas que du Maroc. On aime bien aussi ses portraits d'artistes, ceux qu'il appelle ses "rockstars" : pour ceux-ci, il a poussé au maximum l'outrance des couleurs et des contrastes entre les fonds et les vêtements créés par lui et qu'il fait endosser à JR, à Rachid Taha, au danseur Loic Mabanza, aux Libanais de Mashrou' Leila, au Ghetto Gastro, sorte de gang de cuistots du Bronx…

Hassan Hajjaj
Maison européenne de la photographie
5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris
tous les jours sauf lundi et mardi, le mercredi et le jeudi 11h-20h, le vendredi 11h-22h, le week-end 10h-20h
Tarifs : 10 € / 6 €
Du 11 septembre au 17 novembre 2019

Avant d'être photographe, a ouvert une boutique de vêtements customisés