Suzanne Valadon, cette grande peintre qui a commencé comme modèle nu

Célèbre pour sa peinture grâce au soutien de Pablo Picasso, Suzanne Valadon (1865-1938) a commencé par poser nue pour les plus grands artistes de son temps, de Toulouse-Lautrec à Renoir, avant de se lancer elle-même en autodidacte. Elle est aussi la mère du peintre Maurice Utrillo. 

Suzanne Valadon vue par Henri de Toulouse-Lautrec dans le tableau  intitulé\"Poudre de riz\" (détail)
Suzanne Valadon vue par Henri de Toulouse-Lautrec dans le tableau  intitulé"Poudre de riz" (détail) (Suzanne Valadon vue par Henri de Toulouse-Lautrec "Poudre de riz" (détail))

Certaines vies sont des destins, et c'est le cas de celle de Suzanne Valadon. Née à Bessines-sur-Gartempe, elle suit sa mère, lingère célibataire, partie s'installer à Paris. Là, il faut bien travailler. Suzanne est plutôt belle fille, alors elle décide de devenir modèle. 

En cette deuxième moitié du 19e siècle, poser nue rapportait à son modèle trois fois ce que payait la même activité pratiquée vêtue. Alors, elle se déshabille sous le regard de certains des plus grands noms de la peinture de son temps : Gauguin, Toulouse-Lautrec, Puvis de Chavannes, Renoir et, mais ce n'est pas certain, van Gogh. Quand elle pose, la jeune femme ne perd pas son temps. Elle observe ceux qui s'inspirent de son corps. Et un jour, elle s'installe derrière un chevalet.

Le soutien de Degas et de Picasso

L'un des premiers à voir en elle une peintre de talent sera Edouard Degas. Peut-être parce qu'elle n'a jamais posé pour lui, son regard n'est pas condescendant. Bouquets, paysages, natures mortes, mais aussi portraits, ses oeuvres la font admettre en 1894 à la Société nationale des Beaux-Arts. Un évènement en soi puisqu'elle est la première femme à y figurer. Suzanne Valadon peut enfin connaître une aisance financière tout à fait nouvelle pour elle. Il est diffcile, à l'époque, pour une femme de s'imposer dans un monde artistique quasiment uniquement féminin. Sans l'obstiné soutien de son indéfectible ami Pablo Picasso, le nom de Suzanne Valadon ne serait peut-être pas connu aujourd'hui. 

France 3 Limousin M. Blanloeil / C. Huet / S. Bugeaud

Une vraie vie d'artiste

Suzanne Valadon connaît une très brève aventure avec le compositeur Erik Satie qui ne digère pas d'avoir été abandonné, une autre plus féconde avec le peintre espagnol Miquel Utrillo. Féconde en apparence puisqu'il n'est pas le père de Maurice Valadon, le fils de Suzanne qu'il reconnaît cependant. Maurice qui prendra donc le nom d'Utrillo, patronyme sous lequel il passera à la postérité.

Abandonnant son mari, un agent de change, Suzanne vit une longue liaison avec un peintre ami de son fils et de presque vingt ans son cadet. Une liaison  tempêtueuse. Ayant laissé la peinure de côté, c'est son amitié avec un autre peintre, Gazi le Tatar, qui la décide à se remettre aux pinceaux dans les dernières années de sa vie. Quand elle meurt, en avril 1938, ses amis Picasso, Braque et Derain sont à ses côtés.