"Salvator Mundi" : le documentaire "The lost Leonardo" démonte les rouages spéculatifs du marché de l'art

Est-ce une affaire d'art ou une affaire de gros sous et de pouvoir? Construit comme un thriller, le documentaire The lost Leonardo, en salles mercredi 26 janvier, retrace l'histoire du mystérieux tableau le plus cher du monde, attribué par certains à Léonard de Vinci.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des employées de la maison d'enchères Christie's regardent le "Salvator Mundi" à Londres (Royaume Uni), le 22 octobre 2017, avant la vente aux enchères prévue à New York (Etats-Unis) le 15 novembre 2017. (TOLGA AKMEN / AFP)

Le tableau le plus cher du monde est une peinture à l'huile de 65 cm sur 45, où le Christ émerge des ténèbres, bénissant d'une main le monde tout en tenant un globe dans l'autre. Attribué en totalité ou en partie à Léonard de Vinci par certains, le "Salvator Mundi" (Sauveur du monde, en latin) a fait l'objet de plusieurs batailles d'experts et n'a jamais pu être authentifié avec certitude.

Dans ces conditions, comment ce tableau a-t-il pu être vendu 450 millions de dollars chez Christie's en 2017 ? Un nouveau documentaire en salles mercredi tente de percer le mystère.

Un documentaire sous-titré "art, argent et pouvoir"

Construit comme un thriller, The lost Leonardo du Danois Andreas Koefoed, sous-titré "art, argent et pouvoir", retrace l'histoire du mystérieux tableau, qui a ressurgi lors d'une vente aux enchères à la Nouvelle-Orléans en 2005 alors qu'on le pensait disparu depuis le XVIIe siècle.

Alors acheté 1 175 dollars par un marchand d'art new-yorkais, il a été restauré par une experte américaine, convaincue de son attribution à Léonard de Vinci. Il a ensuite été revendu au moins à deux reprises jusqu'à son acquisition pour 450 millions de dollars lors d'une vente aux enchères ultramédiatisée à New York en 2017 et qualifié alors de "double masculin de la Joconde". Son acheteur serait le prince saoudien Mohammed ben Salmane, ce qui n'a jamais été confirmé officiellement. Le tableau n'a jamais reparu depuis 2017.

Tourné pendant trois ans et extrêmement documenté, le film donne la parole à de nombreux experts du maître de la Renaissance italienne et du marché de l'art, dont des experts du FBI.

"Un mensonge révélateur de notre époque", tranche un critique d'art

Il montre comment un mystère artistique est devenu une "sorte de trophée mondial utilisé à des fins spéculatives et probablement de marchandage politique", dit à l'AFP le réalisateur. "C'est aussi un miroir de nous-mêmes, qui montre comment nous sommes prêts à croire au mensonge comme à une religion", ajoute Andreas Koefoed. "Une arnaque comme les autres" et "un mensonge révélateur de notre époque", tranche Jerry Saltz, critique d'art américain. 

Le documentaire souligne notamment comment un conservateur de la National Gallery de Londres, qui avait réuni en 2008 les plus grands spécialistes de Léonard de Vinci, a outrepassé le résultat de cette rencontre en affirmant qu'il s'agissait bien d'un tableau du maître, exposé comme tel dans son musée en 2011 mais pourtant jamais authentifié formellement par ces mêmes experts.

Un tableau "trop suspect"

Autre point fort: le parcours détaillé du tableau, refusé par tous les grands musées du monde car trop "suspect", mais acquis en 2013 par un homme d'affaires suisse, Yves Bouvier, héritier d'une société de transports et spécialiste du commerce d'oeuvres d'art, qui l'a revendu à un oligarque russe.

Ce dernier s'en séparera, estimant avoir été "abusé" par cet intermédiaire. Au coeur de ces transactions: les vastes ports francs, paradis fiscaux aux espaces de stockage remplis d'oeuvres d'art qui représenteraient des "milliards de dollars", jamais taxées car considérées comme "en transit".

Polémique autour d'une mystérieuse expertise

Très attendu lors de la grande exposition au Louvre consacrée aux 500 ans de la mort de Léonard de Vinci, fin 2019, le "Salvator Mundi" n'y a finalement jamais été exposé, à l'exception d'une pâle copie, sur fond de polémique autour d'une expertise du célèbre musée qui attesterait de son authenticité, partiellement rendue publique par la Tribune de l'Art.

Interrogé par l'AFP, le Louvre ne souhaite toujours pas démentir ou confirmer son expertise et ses résultats, contenus dans un petit livret publié par erreur à l'occasion de l'exposition.

L'affiche du film "The lost Leonardo". (PIECE OF MAGIC ENTERTAINMENT FRANCE)

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Peinture

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.