Les "Cerisiers en fleurs" de Damien Hirst, une explosion jubilatoire de couleurs à la Fondation Cartier à Paris

L'artiste britannique Damien Hirst s'est plongé dans la peinture pour créer une série éblouissante. Pour sa première exposition institutionnelle solo à Paris, ses "Cerisiers en fleurs" sont à la Fondation Cartier.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Damien Hirst dans son atelier, 2020  (© Damien Hirst and Science Ltd., Tous droits réservés, ADAGP, Paris, 2021. Photo Prudence Cuming Associates)

L'artiste britannique Damien Hirst, connu pour ses œuvres provocatrices, submerge la Fondation Cartier de sa dernière série de peintures, des Cerisiers en fleurs monumentaux et jubilatoires : pour ce retour à la peinture, qu'il n'a en réalité jamais abandonnée, il semble se laisser aller enfin à l'émotion avec une œuvre pleine de poésie, une libre variation à l'infini sur un motif joyeux.

Hervé Chandès, le directeur général de la Fondation Cartier, qui organise la première grande exposition personnelle de l'artiste à Paris, raconte qu'il a découvert les Cerisiers en fleurs de Damien Hirst, alors en cours de création, en voyant quelques images sur Instagram début 2019. Ça lui a donné envie de voir les tableaux et il est allé rencontrer l'artiste dans son atelier à Londres. "Ça a été un éblouissement visuel, un enchantement, quelque chose de très jubilatoire", décrit-il. Et il lui immédiatement proposé d'exposer à la Fondation Cartier.

Damien Hirst, "Renewal Blossom", 2018 Collection Fondation Cartier pour l’art contemporain © Damien Hirst and Science Ltd. All rights reserved, DACS 2021. Photographed by Prudence Cuming Associates. (© Damien Hirst and Science Ltd. All rights reserved, DACS 2021. Photographed by Prudence Cuming Associates.)

Immersion

C'est la première fois que la série des Cerisiers en fleurs, aujourd'hui achevée, est montrée au public. À Paris, ce sont une trentaine de tableaux sur un total de 107 que l'on peut voir. Et c'est effectivement de jubilation dont on a envie de parler. L'artiste qui avait souvent évoqué la mort semble désormais vouloir célébrer la vie.

Dans les quatre grandes salles, de la Fondation Cartier, les deux du rez-de-chaussée, illuminées, et les deux du sous-sol, aveugles, on est submergé par l'explosion des fleurs de cerisiers, touché par leur vibration. Les toiles sont grandes, parfois monumentales, car Damien Hirst a voulu qu'on s'immerge dedans, explique-t-il dans un documentaire projeté dans le jardin de la Fondation (le film devrait être en ligne à partir du mois d'août). Il voulait qu'"on en ait plein la vue". Comme quand on regarde un arbre.

On pourrait imaginer que l'exercice est répétitif. Pas du tout. Certaines toiles sont littéralement couvertes de fleurs, taches de couleurs, vives en épaisse pâte de peinture. D'autres laissent entrevoir des troncs et des branches ou le ciel d'un bleu plus ou moins intense, lisse ou granuleux. La touche est plus ou moins légère, régulière, plus ou moins serrée. Sur un tableau du sous-sol, le ciel semble passer à travers les fleurs, presque liquide. Au sous-sol toujours, une toile, couverte de rouge et d'un rose très intense, presque violent, est accrochée à côté d'un tableau aux couleurs au contraire très douces.

Damien Hirst, "Cherry Blossom" (détail), 2019 (© Damien Hirst and Science Ltd. Tous droits réservés, ADAGP, Paris, 2021.)

Des touches de rouge, de jaune

Il y a toute une gamme de roses et de blancs. Mais pas seulement : des pointes de jaune, d'orange, de rouge, de bleu sombre ponctuent les tableaux. Damien Hirst explique que quand il a commencé, avec seulement du rose et du blanc, ça ne fonctionnait pas, c'était sans vie. En observant un arbre, il s'est aperçu "qu'il y avait des touches de rouge et de bleu ici et là" parce que "la lumière contient toutes les couleurs et que les feuilles la réfléchissent. Même si cela ne dure qu'un instant, il y a des touches de couleurs différentes qui fusent (…) Sans ça, nos yeux ne reconnaissent pas le cerisier. C'était ça qui manquait... Du rouge, du jaune, de l'orange... Et tout d'un coup la peinture a pris vie."

Les Cerisiers en fleurs évoquent les impressionnistes, les néo-impressionnistes, Bonnard, et aussi Jackson Pollock, avec des coulures. Mais l'artiste les a peints debout, pour respecter la gravité des arbres qui poussent vers le ciel.

Damien Hirst, "Excitement's Blossom", 2018, Collection privée (© Damien Hirst and Science Ltd. Tous droits réservés, ADAGP, Paris, 2021. Photo Prudence Cuming Associates)

Abstrait et figuratif

Damien Hirst est plus connu pour des œuvres provocatrices comme ses animaux (requins, veaux...) plongés dans le formol, des crânes sertis de diamants ou recouverts de mouches. En réalité, il n'avait jamais abandonné la peinture. Mais quand il était jeune, la peinture n'était pas dans l'air du temps. Il a bien réalisé, pendant des années, des Spot Paintings, des toiles où des points colorés, réguliers, tous de même dimension, semblent avoir été faits par une machine. D'autres séries ont suivi : dès 1993, dans Visual Candy Paintings, les taches, plus épaisses, se chevauchaient et couvraient toute la surface du tableau.

Les Cerisiers en fleurs font suite à ses Veil Paintings (2017), où des touches épaisses emplissaient la toile. Elles lui ont fait penser à des arbres, il a eu envie de peindre des arbres. "Des arbres abstraits qui auraient  en même temps l'air figuratif." Un souvenir de la petite enfance, où sa mère peignait des cerisiers en fleurs lui a fait choisir ce motif. Et profitant du confinement, arrivé alors qu'il avait déjà commencé à y travailler, il s'est plongé dans la peinture, seul dans son grand atelier, et il s'est complètement lâché. Cette exposition, qui sera peut-être une occasion unique de voir autant de tableaux de cette série, est certainement une de celles qu'il faut aller voir cet été.

Damien Hirst, Cerisiers en fleurs
Fondation Cartier pour l'art contemporain
261, boulevard Raspail, 75014 Paris
Tous les jours sauf lundi, 11h-20h, nocturne le mardi jusqu'à 22h
Tarifs : 11 € / 7,50 €
Du 6 juillet 2021 au 2 janvier 2022

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