La Cour suprême des Etats-Unis examine une demande de restitution d'une toile de Pissarro spoliée par les nazis, conservée à Madrid

Le conflit entre le gouvernement espagnol et une famille juive spoliée autour d'un tableau de Pissarro est arrivée devant la Cour suprême américaine. Décision dans quelques mois.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Un visiteur du musée Thyssen-Bornemisza (Madrid) regarde le tableau "Rue Saint-Honoré dans l'après-midi, effet de pluie", dont une famille juive spoliée réclame la restitution. (MARIANA ELIANO / AP /SIPA)

La Cour suprême des Etats-Unis a examiné mardi 18 janvier la demande de restitution d'un tableau de Camille Pissarro spolié par les nazis en 1939 et actuellement exposé en Espagne. La décision sera rendue dans quelques mois.

La toile Rue Saint-Honoré, dans l'après-midi. Effet de pluie, peinte en 1897, se trouve, comme d'autres œuvres de l'impressionniste, au cœur d'une longue bataille judiciaire aux ramifications internationales.

Ce tableau, qui montre des calèches et des piétons s'affairer à un carrefour parisien, appartenait en 1937 à une juive allemande, Lilly Cassirer Neubauer, qui avait été contrainte de le céder à un responsable nazi en échange de documents lui permettant de quitter l'Allemagne. Elle avait alors perdu la trace du tableau, vendu aux enchères à Berlin pendant la Seconde Guerre mondiale.

L'œuvre localisée en 2000

En 1958, elle avait accepté une compensation financière, attribuée par un tribunal allemand, sans renoncer à ses droits. Ce n'est qu'en 2000 qu'un de ses descendants localise l'œuvre : Claude Cassirer apprend que le tableau, qu'il a vu enfant dans le salon de sa grand-mère, est exposé à Madrid, au musée Thyssen-Bornemisza.

Le gouvernement espagnol l'a racheté sept ans plus tôt au baron Hans-Heinrich Thyssen Bornemisza, héritier de l'empire industriel de la famille Thyssen et grand collectionneur d'art, qui l'avait lui-même acheté aux Etats-Unis dans les années 1970 sans connaître son histoire.

Claude Cassirer demande donc au gouvernement espagnol de restituer l'œuvre, mais essuie un refus. Installé en Californie, il dépose plainte en 2005 devant un tribunal fédéral américain. Il est depuis décédé et ses enfants ont pris le relais. Le dossier s'étire alors sur les deux continents, avec des décisions de la justice espagnole et de la justice américaine défavorables aux héritiers.

Le droit espagnol ou le droit californien ?

L'audience qui s'est tenue le 18 janvier à la Cour suprême représente leur dernier espoir. Les débats se sont focalisés sur une question juridique : est-ce le droit espagnol ou le droit californien qui s'applique dans ce dossier ? Selon le premier, un propriétaire n'est pas obligé de rendre un bien spolié s'il ignorait son origine au moment de l'achat. Le second ne prend pas en compte la bonne foi du propriétaire.

Les juges, qui lors de l'audience se sont focalisés sur des points très techniques ne mentionnant même pas l'œuvre en cause, rendront leur décision dans quelques mois.

Entre 1933 et 1945, les nazis ont volé, pillé, saisi ou détruit 600 000 œuvres d'art en Europe, selon un rapport du Congrès américain. Malgré des efforts de restitution, les conflits sont fréquents entre anciens et nouveaux propriétaires, et les tribunaux des deux côtés de l'Atlantique sont régulièrement amenés à intervenir.

Outre la toile Rue Saint-Honoré, d'autres tableaux de Pissaro ont fait l'objet d'intenses querelles juridiques, dont La Cueillette des pois, au sujet duquel s'opposent un couple de collectionneurs américains et une famille juive française, ou La Bergère rentrant ses moutons, une héritière ayant finalement renoncé à ses droits au profit de l'Université de l'Oklahoma.

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