"Les origines du monde" : les artistes et la science au XIXe siècle, au musée d'Orsay

Dans une grande exposition, le musée d'Orsay nous raconte comment, au XIXe siècle, les artistes ont été fascinés comme tous leurs contemporains par la découverte des confins, des dinosaures et des premiers hommes, alors que les théories de Darwin remettaient l'homme au milieu des être vivants et non plus au sommet.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Bruno Andreas Liljefors (1860-1939) "Une famille de renards", 1886, Stockholm, Nationalmuseum  (Photo © : Nationalmuseum)

A l'heure où la question de la place de l'homme dans la nature se pose de nouveau, de façon dramatique, le musée d'Orsay s'est interrogé sur les rapports entre les arts et les sciences au XIXe siècle. Il a voulu montrer la fascination et l'inquiétude des artistes face aux découvertes majeure à cette époque où une nouvelle place est assignée à l'homme. Celui-ci devient un animal comme un autre et son regard sur les êtres animés se modifie.

L'exposition Les Origines du monde, l'invention de la nature au XIXe siècle, organisée en partenariat avec le musée des Beaux-Arts de Montréal et le Museum national d'histoire naturelle, devait commencer le 10 novembre 2020, juste au moment du deuxième confinement. Prête alors à ouvrir ses portes, elle attend ses visiteurs depuis six mois. Elle a été prolongée jusqu'au 18 juillet et peut enfin les accueillir, notamment les enfants, qui peuvent suivre un parcours de cartels signalés par un éléphant. 

"Nous avons essayé dans cette exposition de réunir les arts et les sciences un peu comme le voulaient les savants après la Révolution française, au moment de la création du Louvre où on espérait construire un seul grand musée réunissant les sciences, les arts et les techniques", explique Laura Bossi, neurologue, historienne des sciences et commissaire générale de l'exposition.

Jacques-Laurent Agasse, "Girafe nubienne", 1827, Londres, The Royal Collection Trust  (Photo : © Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2020)

La découverte des animaux et végétaux du monde

L'éléphant, comme la girafe ou le rhinocéros, est emblématique d'un nouveau rapport au monde qui se développe avec la multiplication des expéditions aux quatre coins du monde. Les explorateurs emmènent des artistes dans leurs bagages qui observent les nouvelles contrées. On rapporte aussi en Europe des spécimens de plantes et d'animaux qui suscitent l'émerveillement. Une très jolie section aborde cet engouement pour les espèces exotiques.

"On a essayé de construire un parcours rigoureux, qu'on peut lire et étudier, et aussi montrer l'émerveillement devant la beauté ou l'étrangeté des formes naturelles", souligne Laura Bossi.

On y rencontre la première girafe vue en France : baptisée Zarafa (girafe en arabe), elle a été offerte par le pacha d'Egypte Mohammed Ali au roi Charles X. Arrivée à Marseille en 1826, elle traverse à pied toute la France, fascinant le pays, et sera pendant 18 ans la star de la ménagerie du Jardin des plantes. On la découvre en diorama (modèle réduit en trois dimensions) dans sa résidence parisienne. C'est en peinture qu'on peut voir sa cousine londonienne, offerte au roi George IV, qui supporte moins bien l'exil et meurt deux ans après son arrivée. Après le rhinocéros Mademoiselle Clara, qui a fait le tour de l'Europe, elles sont parmi les premiers animaux lointains "à avoir une biographie", souligne la commissaire.

Frederic Edwin Church et DeWitt Clinton Boutelle, "Cotopaxi, Ecuador", 1862, Reading Public Museum, Reading, Pennsylvanie, EtatsUnis  (© Reading Public Museum)

Le monde d'avant

Il y a les fragiles dessins de plantes sur vélin de Pierre-Joseph Redouté ou Nicolas Robert, les méduses fantastiques de Charles-Alexandre Lesueur, l'ouvrage de Jean-Jacques Audubon sur les oiseaux d'Amérique, "le plus beau livre du monde", pour Laura Bossi.

Les peintres se passionnent pour les phénomènes naturels, la géologie, les volcans et créent des tableaux fantastiques de glaciers, d'éruptions, de tempêtes.

En même temps que l'Europe découvre le monde dans sa diversité, elle découvre le monde d'avant, les hommes et les animaux préhistoriques. Les dinosaures passionnent les foules : sorte de premier parc à thème préhistorique, Crystal Palace, à Londres, restitue en sculpture 33 dinosaures et autres mammifères aquatiques et volants préhistoriques. Ptérodactyles et ictyosaures s'affrontent dans la première représentation picturale de la vie préhistorique, Duria Antiquior : la délicate aquarelle peinte en 1830 par le géologue britannique Henry de La Beche est abondamment reprise et reproduite.

Gabriel von Max, "Abélard et Héloïse", après 1900 Los Altos Hills (CA), The Jack Daulton Collection  (Photo : © The Jack Daulton Collection)

L'origine des espèces

On découvre en 1856 le premier squelette de Néanderthalien. Et puis en 1859, Charles Darwin publie L'Origine des espèces, qui révolutionne la façon d'envisager la place de l'homme dans la nature. Alors que, jusque-là, l'humain se plaçait au sommet de la création, il se situe désormais dans une généalogie des espèces. Les peintre et sculpteurs fantasment une vie primitive, l'artiste suédois Bruno Andreas Liljefors peint une scène printanière de prédation où des renardeaux dépècent une proie avec leur mère. Un paon peint par l'Ecossais Archibald Thorburn évoque l'obsession de Darwin pour cet étrange oiseau dont la queue, sublime mais trop lourde et encombrante, ne semble pas compatible avec sa théorie de la sélection naturelle.

Le peintre allemand Gabriel von Max, darwiniste convaincu, imagine un couple d'hommes primitifs avec un enfant, sorte de "première famille", leur attribuant des sentiments exprimés par une larme à l'oeil de la mère. Les animaux aussi deviennent des êtres sensibles qui expriment des émotions, comme les singes très humains du même Gabriel von Max.

L'évolution suscite aussi des inquiétudes, un artiste comme Edvard Munch est obsédé par l'hérédité et la dégénérescence : il dessine une "madone" étonnante, entourée de spermatozoïdes, à côté d'un foetus difforme.

Fascination et inquiétude, on les retrouve sur le mur du fond du grand hall, où Laurent Grasso a installé Artificialis, une oeuvre commandée par le musée, un film imaginé autour de la question de la transformation hyperaccélérée de la nature par l'homme aujourd'hui. Il avait prévu d'aller filmer mais, piégé par le confinement du printemps, il a finalement travaillé à partir d'images déjà collectées, dont il a acquis les droits, s'intéressant aux nouveaux outils qui nous permettent de découvrir des réalités auxquelles on n'avait pas accès, comme le scanner LIDAR ou les caméras thermiques. Il nous embarque dans un voyage fantastique, de la banquise aux déserts ou à la forêt amazonienne.

Les origines du monde. L'invention de la nature au XIXe siècle
Musée d'Orsay, Paris 7e
Tous les jours sauf les lundis, 9h30-18h, du 8 juin au 25 juillet nocturne jusqu'à 21h45 le jeudi.
Tarifs : 16 € / 13 €
Réservation en ligne obligatoire

Du 19 mai au 18 juillet 2021

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