Le surréalisme au féminin : une histoire méconnue racontée au musée de Montmartre

Jusqu'au 10 septembre, le musée de Montmartre nous plonge dans l'univers méconnu du surréalisme féminin. 50 femmes et 150 œuvres sont présentées dans un écrin intimiste chargé d'histoire.
Article rédigé par Marianne Leroux
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
L'exposition "Surréalisme au féminin" au Musée de Montmartre. (JULIEN KNAUB / MUSEE DE MONTMARTRE)

Tout l'été, laissez-vous surprendre par les œuvres du surréalisme féminin à travers une exposition au Musée de Montmartre. Elle revient sur ces femmes qui ont investi ce mouvement pour sa liberté, ses révoltes et sa créativité.

Le choix du musée de Montmatre pour l'exposition n'a évidemment pas été fait au hasard. Ce quartier parisien est indissociable de l'histoire du surréalisme. Ces lieux de fantasmes et de divertissements populaires ont grandement inspiré les artistes. C'est aussi un point de repère pour les femmes qui rallient le mouvement surréaliste dans les années 1930. Mais leur indépendance passe également par l'éloignement du noyau parisien placé sous l'autorité d'André Breton. Le travail de ces femmes artistes enrichit, dépasse et prolonge même le surréalisme au-delà de sa dissolution en 1969.

Les œuvres exposées au cours de ce parcours fascinant ont été réalisées par une cinquantaine d'artistes, plasticiennes, photographes et poétesses du monde entier. Elles donnent l'occasion de réfléchir à la place de la femme dans le surréalisme et à la capacité d'intégrer du féminin en son sein. Très souvent occultées par l'histoire de l'art, ces femmes artistes ont permis de porter un autre regard sur le surréalisme. Certaines ont revendiqué le nom de surréaliste, d'autres l'ont refusé, puis d'autres ont participé de manière éphémère au mouvement. La diversité des profils rend cette exposition captivante du début à la fin. France info Culture a sélectionné cinq œuvres parmi les 150.

"Un tableau très heureux" de Dorothea Tanning

Huile sur toile de Dorothea Tanning, "Un tableau très heureux", 1947. (ADAGP PARIS 2022)

Prêté par le Centre Pompidou, Le tableau très heureux de Dorothea Tanning caricature le cliché du voyage de noces. Il reflète la révolte en faveur de "la vie véritable" qui n'est pas celle qui "a été désignée comme seule licite par les instances qui placent l'humain sous la dépendance des puissances répressives de la morale, de la religion, des lois". Ses motifs sont empreints de fantasmes érotiques et traversés par des métaphores sexuelles humoristiques et d'allusions autobiographiques. Dorothea Tanning fait partie des artistes surréalistes les plus connues du public. Romancière, poète, scénographe, sculptrice et peintre, elle a été l'objet de plusieurs rétrospectives dans les musées d'art moderne des grandes capitales internationales.

"La Cathédrale engloutie" de Ithell Colquehoun

Huile sur toile de Ithell Colquhoun; "La Cathédrale engloutie", 1952. (ADAGP PARIS 2022.)

La Cathédrale engloutie d'Ithell Colquehoun n'a jamais été montrée en France jusqu'à maintenant. Elle témoigne du surréalisme britannique très méconnu. Ce paysage venant tout droit d'une autre planète représente un alignement de menhirs qui dessine le signe de l'infini. Il évoque également le site néolithique de Stonehenge et souligne les liens que font les artistes entre surréalisme, culture celte et pratiques occultistes. Ces pratiques vont d'ailleurs changer la trajectoire surréaliste d'Ithell Colquehoun et vont la marginaliser.

"Objet méchant" de Joyce Mansour 

Boule de clous de Joyce Mansour "Objet méchant", 1975-1980. (ADAGP PARIS 2022)

Objet méchant de Joyce Mansour est un détournement typiquement surréaliste. La poète crée à partir d'un objet pauvre comme le clou, des sculptures hérissées de pointes. À travers cette œuvre, elle exprime la même cruauté sadique et le même humour que dans son écriture marquée par l'angoisse de la mort. Très active au sein du groupe surréaliste, elle se rend souvent dans les marchés aux puces avec André Breton et récupère divers matériaux qu'elle assemble pour créer des objets à fonctionnement symbolique.

"Maîtresse" de Mimi Parent 

Mimi Parent, "Maîtresse", 1995. (ADAGP PARIS 2022)

Maîtresse fut l'une des dernières œuvres de Mimi Parent, en 1995. Ce fouet dont les lanières ont été remplacées par deux tresses de cheveux blonds symbolise son goût pour la provocation. Avec Toyen et Joyce Mansour, Mimi Parent est une des artistes les plus intempestives de la création surréaliste. Son œuvre se place d'emblée sous le signe de l'inconvenance. Sa singularité se trouve dans la diversité des matériaux et des techniques qu'elle utilise : collage, gravure, peinture, objets à signification fétichiste et broderie.

"Le Rêve du 21 décembre 1929" de Valentine Hugo

Mine de plomb sur papier de Valentine Hugo "Le Rêve du 21 décembre 1929", 1929. (ADAGP PARIS 2022)

Le Rêve du 21 décembre 1929 de Valentine Hugo évoque sur le papier un des songes de l'artiste. C'est un tourment central de nombreux surréalistes. Les différents détails de cette œuvre donnent à ce rêve un trait inquiétant. Cette amoureuse d'André Breton participe aux activités du groupe surréaliste entre le début des années 1930 et 1937 en contribuant à des cadavres exquis, jeux graphiques ou d'écriture collective, et en créant des objets à fonctionnement symbolique. Elle réalise plusieurs portraits de ses amis surréalistes et illustre très souvent leurs textes.

Affiche de l'exposition "Surréalisme au féminin" au Musée de Montmartre. (MUSEE DE MONTMARTRE)

Exposition "Surréalisme au féminin" jusqu'au 10 septembre au Musée de Montmartre à Paris. 

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