Accusations d'antisémitisme à la Documenta : la directrice du prestigieux rendez-vous d'art contemporain démissionne

La directrice de la Documenta, célèbre exposition allemande d'art contemporain à Cassel, va quitter son poste suite à une polémique autour de contenus jugés antisémites, ont annoncé samedi les responsables de cette manifestation.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Accusée d'antisémitisme, la directrice générale de la Documenta, Sabine Schormann, quitte son poste.  (SWEN PFORTNER / DPA)

La Documenta, rendez-vous incontournable de la création contemporaine, a fait face ces derniers mois à des accusations d'antisémitisme. Après plusieurs polémiques, la directrice de la Documenta, Sabine Schormann, quitte définitivement son poste. 

Un accord a été trouvé avec elle pour "résilier (son) contrat", selon un communiqué publié samedi par le Conseil de surveillance de la Documenta. Une direction intérimaire doit être désignée. Cette instance de contrôle s'est dite "profondément consternée" par l'exposition lors de l'ouverture de la manifestation en juin de "motifs clairement antisémites".

Une œuvre recouverte 

En cause : un grande fresque exécutée par un collectif d'artistes indonésiens, baptisé Taring Padi. Il montrait une banderole peinte intitulée People's Justice, où un soldat est représenté avec une tête de porc, une étoile de David et l'inscription "Mossad" sur son casque. On y voyait aussi un homme aux longues dents, cheveux bouclés, un chapeau avec l'inscription des SS nazis et un cigare au coin de la bouche, rappelant les caricatures antisémites de juifs orthodoxes. Cette oeuvre a été rapidement recouverte, suite à des demandes de retrait de l'ambassade d'Israël et des représentants des juifs d'Allemagne.

L'instance de contrôle de la Documenta a promis de faire toute la lumière sur cette affaire afin d'éviter d'autres "incidents antisémites" dans le monde culturel et artistique, poursuit le communiqué."Beaucoup de confiance a malheureusement été perdue" aux dépens de l'exposition, a-t-elle reconnu.

"Tirer les conclusions nécessaires"

La ministre allemande à la Culture, Claudia Rotha, a approuvé le départ de la directrice et demandé qu'un travail soit fait désormais pour savoir comment de tels contenus antisémites ont pu être exposés. Il faut "tirer les conclusions nécessaires", a-t-elle dit au quotidien Frankfurter Rundschau.

Le directeur de l'American Jewish Committee, Remko Leemhuis, a reproché pour sa part dans le quotidien Bild à l'instance de contrôle de la Documenta de ne pas aller assez loin. Elle "n'a toujours pas compris le problème", a-t-il estimé, s'indignant du fait que le conseil de surveillance de l'exposition parle seulement en introduction de son communiqué d'"accusations d'antisémitisme". Pour lui, il s'agit clairement de "caricatures antisémites".

Polémiques en série 

La foire d'art s'était déjà ouverte par une autre polémique voisine : un collectif palestinien présent à l'exposition, The Question of Funding, très critique envers l'occupation israélienne, a été accusé d'être lié au mouvement Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS). Celui-ci prône le boycott d'Israël en raison de son occupation des Territoires palestiniens. Le BDS a été étiqueté comme "antisémite" par le parlement allemand en 2019 et n'a pas le droit de toucher d'argent public. Or, environ la moitié du budget de la Documenta - 42 millions d'euros - provient de l'Etat fédéral.

Cette année, les organisateurs de la Documenta avaient voulu donner davantage de visibilité aux créateurs des pays du "Sud" et élargir l'horizon artistique de la manifestation. Il avaient ainsi nommé comme curateur un collectif d'artistes originaires de Jakarta en Indonésie, "Ruangrupa". Taring Padi faisait partie de leur programme.

Le scandale est un coup dur pour ce rendez-vous majeur de l'art contemporain mondial, dont la première édition a eu lieu en 1955. La jeune République Fédérale d'Allemagne voulait à l'époque apporter une réponse tranchée à la propagande nazie sur l'Art dégénéré ( "Entartete Kunst") exhibée avant la Seconde guerre mondiale. Cette exposition d'envergure internationale se déroule tous les cinq ans et celle qui s'est ouverte en juin constitue la quinzième édition. La Documenta montre en une trentaine d'endroits de la ville et pendant cent jours des oeuvres de plus de 1.500 artistes, qui devraient attirer un grand public.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Art contemporain

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.