A São Paulo, une Biennale d'art contemporain entre résistance à Bolsonaro et urgence écologique

La 70e Biennale d'art contemporain s'est ouverte à São Paulo pour trois mois, sur fond d'opposition à l'extrême-droite et de lutte pour la défense de l'environnement.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Une oeuvre de l'artiste brésilien indigène Jaider Esbell à la Biennale d'art contemporain de São Paulo (2 septembre 2021) (NELSON ALMEIDA / AFP)

Une météorite extraite des cendres de l'incendie du Musée national de Rio, ravagé par les flammes en 2018, symbolise l'esprit de résistance en ces temps "obscurs" pour la culture qui anime la Biennale d'art contemporain de São Paulo. Le salon, l'un des plus importants au monde, expose pour son 70e anniversaire des oeuvres qui entendent se dresser face à l'extrême droite incarnée au Brésil par le président Jair Bolsonaro et alertent sur la crise environnementale.

"Faz escuro mas eu canto" ("Il fait sombre mais je chante") : ce vers du poète brésilien Thiago de Mello, message d'espoir pendant la dictature militaire (1964-1985) , a été choisi pour résumer l'esprit de résistance de cette Biennale de plus de 1 000 oeuvres de 91 artistes brésiliens et étrangers. Après son arrivée au pouvoir en 2019, Jair Bolsonaro a supprimé le ministère de la Culture pour le réduire à un simple Secrétariat d'Etat auprès du ministère du Tourisme, avec un budget restreint.

Des temps obscurs

Les temps obscurs sont devenus palpables avec "de nouveaux incendies, des discours de haine (...), des actes de racisme explicite, des signes de fragilité institutionnelle et enfin la pandémie" de covid, a déclaré lors du vernissage Paulo Miyada, l'un des commissaires d'exposition. "Les voix des artistes deviennent plus importantes lors d'états d'urgence comme celui que nous vivons", a-t-il ajouté.

"C'est d'une manière politique qu'on peut répondre (...) aux périodes sombres (créées par) des mouvements d'extrême droite", a déclaré à l'AFP Francesco Stocchi, le commissaire italien invité.


La Biennale se penche également sur le concept d'histoire circulaire, en remontant à la colonisation et en abordant le présent d'un point de vue historique, en établissant des parallèles. Il y a "une claire conscience de la gravité de certaines situations actuelles", a déclaré le conservateur général Jacopo Crivelli Visconti. Il cite en exemple le travail de la Brésilienne Regina Silveira, qui représente des ombres disproportionnées de symboles de la dictature, comme un char semblable à ceux vus récemment à Brasilia lors d'un défilé militaire sans précédent auquel Jair Bolsonaro, ancien capitaine de l'armée, a participé.

Une sculpture déjà exposée au temps de la dictature

Sa compatriote Carmela Gross expose une grande silhouette recouverte d'une bâche, une sculpture qu'elle avait déjà exposée à la Biennale de 1969 sous le régime militaire, un contexte qui alors "l'avait imprégnée d'un sentiment de menace et de danger", décrivent les commissaires.

Mardi lors des marches de soutien bolsonaristes, des appels à une intervention de l'armée ont été lancés pour s'opposer aux demandes d'enquêtes contre le président et son entourage, notamment pour dissémination de fausses informations.

"Le vieux monde se meurt. Le nouveau est lent à apparaître. Et dans ce clair-obscur, des monstres apparaissent", clame une phrase du philosophe et membre fondateur du Parti communiste italien Antonio Gramsci inscrite sur une autre des œuvres exposées.

Urgence écologique

A l'extérieur, deux sculptures gonflables en forme de serpent attirent le regard sur un lac du parc Ibirapuera. Mais Jaider Esbell, un indigène Makuxi auteur de l'oeuvre intitulée Entidades, affirme que sa participation à la Biennale va au-delà de ses diverses installations. "Mon oeuvre majeure est politique, pas ces dessins colorés, pas le cobra à l'intérieur du lac; ce ne sont que des éléments pour attirer l'attention pour discuter de questions comme le réchauffement climatique et l'urgence écologique", dit-il.

Rejetant la pensée hégémonique qui, selon lui, a séparé l'homme de la nature, il tente de sensibiliser à la cause environnementale. "Nous sommes à un moment-clé car tout le monde se bat mais personne ne se bat pour l'urgence écologique", a déclaré l'artiste, originaire de la réserve indigène de Raposa Serra do Sol, dans l'Etat de Roraima (nord), une terre marquée par les conflits fonciers.

Sous le gouvernement Bolsonaro, la déforestation et les incendies ont atteint un niveau record en Amazonie, région essentielle pour l'équilibre climatique mondial et où vivent de nombreux peuples autochtones.

La Biennale de São Paulo, qui a ouvert ses portes le 4 septembre, se tiendra jusqu'au 5 décembre et devrait attirer, comme lors des éditions précédentes, environ un million de visiteurs.

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