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A chaque lecteur son prix littéraire

Le marathon démarre jeudi 27 octobre avec le Grand Prix du roman de l'Académie française. Pourtant chaque prix a ses particularités.

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France Télévisions
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Les livres de la rentrée littéraire au Virgin Megastore, à Paris le 29 août 2011.  (DUPUY FLORENT/SIPA)

Le monde littéraire est fébrile : le top départ du marathon des prix littéraires pour l'automne 2011 est donné jeudi 27 octobre avec le Grand Prix du roman de l'Académie française, en attendant le sacre du Goncourt, le 2 novembre.

Comment s’y retrouver parmi toutes ces distinctions ? FTVi vous donne quelques clés pour bien choisir le roman que vous (vous) offrirez à Noël.

• Grand Prix du roman de l'Académie française (27 octobre) : le plus prestigieux

L'Académie française a été fondée au XVIIsiècle pour veiller sur le bon usage de la langue française. Son Grand Prix du roman n'a vu le jour qu'en 1918, mais il participe de la même mission.

Pourtant, les douze membres du jury, élus à vie par leurs pairs, peuvent se montrer ouverts dans leur sélection. Cette année, les trois romans en lice parlent d'une sulfureuse pop-star américaine (Le ravissement de Britney Spears, Jean Rolin, P.O.L), d'un traître de l'IRA (Sorj Chalandon, Retour à Killybegs, Grasset), et d'une femme de ménage analphabète (Les amandes amères, Laurence Cossé, Gallimard).

• Prix Goncourt (2 novembre) : le plus bankable

Créé en 1903, c'est le prix qui dope les ventes : le roman qui sera couronné devrait s'écouler à quelque 400 000 exemplaires, contre 200 000 pour le Renaudot.

Mais les jurés, au nombre de dix et désignés à vie par leurs pairs, ont eux aussi quelques avantages : bénévoles, ils ont le couvert offert chez Drouant, grand restaurant parisien.

Le livre favori cette année est L'art français de la guerre (Gallimard), du Lyonnais Alexis Jenni, 48 ans, agrégé de biologie. Non seulement parce que ce livre est sélectionné dans plusieurs prix littéraires mais aussi parce que Gallimard fête cette année  son centenaire.

• Prix Renaudot (2 novembre) : le plus rebelle

Historiquement c'est l'anti-Goncourt de la bande. Il a été créé en 1926 par dix journalistes et critiques littéraires, qui n'en pouvaient plus d'attendre les délibérations du jury du Goncourt. Aujourd'hu encore, il est annoncé dans la foulée de ce derneir.

En 2007, l'attribution du Renaudot a fait l'objet d'une vive polémique : à la surprise générale, les jurés ont récompensé Daniel Pennac, dont le livre ne figurait pas sur la liste des ouvrages sélectionnés. Cette année, quatre auteurs sont en lice, dont Emmanuel Carrère (Limonov, P.O.L), sorti de la liste du Goncourt et Eric Reinhardt (Le système Victoria, Stock).

• Prix Décembre (3 novembre) : le plus outsider

Ce prix a lui aussi vu le jour en réaction au Goncourt. Créé en 1989, il récompense un livre publié en marge des grands éditeurs et des circuits commerciaux. Et offre à l'auteur un beau cadeau de Noël : un chèque de 30 000 euros (contre 7 500 euros pour le prix de l'Académie française, dix euros pour le Goncourt et rien du tout pour le Renaudot).

Certes, les ventes escomptées sont moins importantes. Mais les auteurs récompensés peuvent au final bénéficier d'une belle notoriété. En 1998, c'est Michel Houellebecq, pour ses Particules élémentaires, qui avait reçu le prix Décembre. Cette année, l'un des trois sélectionnés n'a plus vraiment besoin d'un coup de pouce, c'est Emmanuel Carrère, pour Limonov (P.O.L).

• Prix Médicis (4 novembre) : le plus "meilleur espoir"

Créé en 1958, ce prix aspire à récompenser une œuvre dont l'auteur, talentueux, est débutant ou méconnu. Le pari semble réussi, puisque l'on compte parmi les lauréats Georges Perec en 1978 (La Vie mode d'emploi), Andreï Makine pour Le Testament français en 1995 et Jean-Philippe Toussaint pour Fuir en 2005.

Cette année, les douze jurés ont sélectionné un auteur réputé avant d'être connu : Alexis Jenni, dont L'Art français de la guerre (Gallimard) est favori du Goncourt.

• Prix Femina (7 novembre) : le plus militant

Au départ clairement féministe, le Femina a été créé en 1904 en réponse au machisme du Goncourt. Son jury est ainsi exclusivement composé de femmes. Mais ce prisme de départ a été supplanté petit à petit par la seule exigence de la qualité littéraire, qu'elle soit l'œuvre d'une femme ou d'un homme.

En 2010, le prix a ainsi été attribué à Patrick Lapeyre, pour La vie est brève et le désir sans fin (P.O.L). L'année d'avant, le Goncourt a lui aussi fait mentir sa réputation en couronnant Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye.

• Goncourt des lycéens (7 novembre) : le plus rafraîchissant

Créé en 1988 par la chaîne de magasins Fnac, en collaboration avec le rectorat de Rennes et avec l'aval de l'Académie Goncourt, il est décerné chaque année par quelque 1 500 lycéens français.

Ce prix a acquis une grande notoriété du fait de son caractère frais, loin des tractations du petit cercle fermé des jurés parisiens. Il n'empêche, les choix des uns et des autres se rejoignent parfois, comme pour Le testament français, d'Andreï Makine, qui a ainsi reçu trois prix, avec le Médicis, en 1995.

• Prix Interallié (16 novembre) : le plus Grasset

Encore un prix créé pour se démarquer d'un autre : l'Interallié a été fondé en 1930 par une trentaine de journalistes qui déjeunaient au Cercle de l'Union interalliée à Paris en attendant les délibérations des jurées du Femina.

Aujourd'hui encore, ce prix est attribué par (dix) journalistes à un roman rédigé par un confrère. Et si possible édité chez Grasset. Car la surreprésentation de la maison d'édition parmis les lauréats est critiquée par certains, qui ont renommé l'Interallié "le prix Intergrasset".

Fera-t-il mentir sa réputation cette année ? Sur les cinq romans retenus, seuls deux sont édités chez Grasset (Retour à Killybegs de Sorj Chalandon et Jayne Mansfield 1967 de Simon Liberati).

 

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