"The Days" : la série qui raconte la catastrophe de Fukushima de l'intérieur de la centrale nucléaire

La série à voir sur Netflix depuis début juin 2023, reconstitue notamment, à partir du témoignage du patron de la centrale de Fukushima Daiichi, ce qu'il s'est passé juste après le passage du tsunami qui s'est abattu sur la centrale et causé une catastrophe nucléaire.
Article rédigé par Falila Gbadamassi
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 5 min
La série "The Days", diffusée sur Netflix, revient sur la catastrophe nucléaire de Fukushima. (NETFLIX)

Immersion douloureuse mais indispensable. Le 11 mars 2011, un tsunami provoqué par un séisme frappe la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, située à 225 km de la capitale japonaise,Tokyo. Il surprend deux jeunes employés, dont Kiko Kirihara, envoyés pour inspecter l'un des réacteurs de la centrale.

The Days (Les jours), la série disponible sur Netflix depuis le 1er juin 2023, revient sur la façon dont la catastrophe a été gérée sur le site nucléaire à travers le récit de son directeur, Masao Yoshida. L'ingénieur, incarné par le comédien Koji Yakusho (prix d'interprétation masculine au dernier Festival de Cannes), est le narrateur des huit épisodes qui constituent un long flash back. Alors qu'il va être entendu par une commission d'enquête, qui l'interrogera de juillet à novembre 2011 pendant plus de 20h (lien en anglais), il se pose encore lui-même des questions sur l'accident, classé niveau 7 (le plus haut) par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Erreur humaine ou fatalité ? 

Effet boule de neige 

La mini-série, "inspirée de faits réels", a été développée, écrite et produite par Jun Masumoto qui s'est appuyé notamment sur le témoignage du patron de la centrale de Fukushima, retranscrit dans un document connu sous le nom The Yoshida Testimony, et du livre On The Brink : The Inside Story of Fukushima Daiichi de Ryusho Kadota (publié chez by Kadokawa Bunko). La pire urgence, survenue dans une centrale nucléaire depuis la catastrophe de Tchernobyl en 1986, s'avère un terrain inconnu pour les experts. Quelques heures après l'accident, c'est dans les manuels (que l'on est bien heureux de tenir entre ses mains et pas obligé de consulter en format numérique) que les employés du site vont chercher les premières solutions pour faire face à une situation inédite. Mais ce que les Japonais vivent, seuls du moins durant les 7 premiers jours après le tsunami, n'a pas de précédent. Contrairement à Thernobyl où il disposait d'électricité, le centre de contrôle des réacteurs est brusquement plongé dans le noir. "On doit décider par nous-mêmes", résumera plus tard Masao Yoshida.

La perte de l'alimentation électrique, indique l'AIEA, a d'abord entraîné celle de la fonction de refroidissement des trois réacteurs (sur 4) actifs ainsi que des piscines de combustible usé. Les cœurs des réacteurs des unités 1 à 3 ont alors surchauffé, le combustible nucléaire a fondu et détruit les enceintes de confinement. De l'hydrogène s'est alors échappé des cuves sous pression des réacteurs, entraînant des explosions à l'intérieur des bâtiments des réacteurs des unités 1, 3 et 4, qui ont endommagé les structures ainsi que les équipements et blessé le personnel. Résultat : des matières radioactives sont libérées de la centrale dans l'atmosphère et se sont déposées sur terre et sur l'océan. C'est l'ensemble de ces évènements qui sont racontés dans The Days.

Stupeur et tremblement 

Face à l'indicible qui provoque une large palette d'émotions, les réalisateurs Masaki Nishiura et Hideo Nakata s'appuient sur la gravité et la sidération qui s'affichent sur les visages des employés de la centrale à l'annonce des incidents signalés parce qu'ils en mesurent, toujours en une fraction de seconde, les implications. Bien que précise sur les détails, la série ne noie pas non plus le spectateur sous une masse d'informations techniques. L'action se déroule principalement entre le bâtiment parasismique où s'est réfugié le personnel après le séisme et d'où seront coordonnées toutes les opérations pour préserver le site, le centre de contrôle des réacteurs, la cellule de crise de la Tokyo Electric Power (Tepco) – l'entreprise en charge de la centrale – et le bureau du Premier ministre Naoto Kan interprété par Fumiyo Kohinata. Un dispositif qui rend compte de la pluralité des corps de métiers nécessaire au fonctionnement de la centrale, aussi bien en interne chez Tepco que chez ses sous-traitants ou encore au niveau de l'armée appelée à l'aide. 

Dans chacun de ces lieux, les informations sur l'état des unités de la centrale sont reçues et retranscrites dans un langage que les protagonistes concernés comprennent. Les dialogues sont assez explicites. Dès les premiers épisodes de la série, sont également soulignées les approches divergentes entre les autorités politiques, les dirigeants de Tepco et les responsables du site : la nuance des derniers s'oppose à l'impatience des premiers, mus par des calculs politiciens, notamment ceux du Premier ministre le Premier ministre Naoto Kan. Le responsable politique se plaignant constamment de ne pas avoir de "réponses claires" des experts qui se montrent prudents. Il n'en demeure pas moins que les scientifiques apparaissent comme les mieux placés pour dénouer la crise : la scène de la rencontre à Fukushima entre le Premier ministre et Masao Yoshida apparaît décisive de ce point de vue. 

Impuissance 

L'époustouflante reconstitution des événements et de leur chronologie, la justesse de l'ensemble des comédiens – mention spéciale à Koji Yakusho qui campe un admirable chef d'orchestre –  et la fluidité de la mise en scène font tout l'intérêt de la série. The Days est à découvrir pour ce qu'elle dit de l'impuissance des individus face aux catastrophes naturelles quel que soit leur niveau d'expertise et de préparation. de l'attitude des politiques pendant une crise, du sens des responsabilités de tous les cadres – l'ingénieur senior Furaya (Kaoru Kobayashi), qui en congés, reviendra sur son lieu de travail dévasté où sa présence s'avère décisive – et de l'abnégation des équipes. Des qualités appréciables chez les professionnels d'un secteur qui constitue une menace permanente pour l'homme. 

La série questionne aussi notre dépendance à l'électricité, à cette eau qui sert à refroidir les réacteurs et notre rapport à la nature, comme le souligne le narrateur. Masao Yoshida s'est éteint à 58 ans à la suite d'un cancer en 2013, deux ans après la catastrophe nucléaire dont Fukushima et le Japon devraient mettre environ quatre décennies à se remettre. Une durée similaire à celle écoulée entre la construction de la centrale, synonyme à l'époque d'un "avenir meilleur", et sa destruction par un tsunami.

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