"Je n'étais pas prêt" : à 83 ans, l'acteur et chanteur Jean-Pierre Kalfon sort son premier album de rock

Jean-Pierre Kalfon sort son premier album solo "Mefistofélange" ce vendredi 21 octobre. L’acteur-chanteur qui affiche fièrement ses 83 ans a répondu à nos questions.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Jean-Pierre Kalfon (Jean-Marie Marion)

On le connaît d’abord par sa carrière d’acteur. Mais Jean-Pierre Kalfon a connu mille vies : le cinéma bien sûr, mais aussi le théâtre, la danse et la musique. Dès les années 60, il a enregistré des chansons mais jamais d’album complet, chose qu’il a réalisée en 1993 avec le groupe Black Minestrone. Aujourd’hui c’est sous son nom seul qu’il sort Mefistofélange (Deviation records). Un disque empreint de textes sulfureux (Sextoy), de pamphlets sociaux (Chope le cash), et d’ambiances crépusculaires (Noire la nuit, Train fantôme). Des divagations sur la musique et les mots, accompagnées par des arrangements très rock (Retour solo, Solitaire, Championne), bluesy (Une main amie), ou rhythm and blues avec cuivres clinquants (Gypsies rock 'n’roll band). On y croise des marginaux, des solitaires, mais aussi un certain "Bob" qui chante "No direction home"… 

Il n’y a pas d’âge pour jouer et chanter du rock’n’roll, et Jean-Pierre Kalfon nous l’a confirmé dans un échange convivial autour de ses inspirations et de ses envies futures, car il ne compte pas s’arrêter là !

Jean-Pierre Kalfon (Jean-Marie Marion)

Franceinfo culture : malgré tout ce que vous avez enregistré avant, on peut dire que c’est votre premier véritable album solo ?

Jean-Pierre Kalfon : Oui. Black Minestrone c’était des maquettes qu’on avait améliorées en studio mais il n’y avait pas de réelle direction. Bon là aussi il n’y pas de direction précise, ça part un peu dans tous les sens, chaque titre raconte quelque chose de différent, mais c’est vraiment ce que je voulais.

Pourquoi avoir attendu si longtemps ? L’occasion ne s’était pas présentée ?

Je n’étais pas prêt. Je trouvais que je ne chantais pas très bien. J’ai beaucoup travaillé, avec mon ami Paul Ives qui m’a composé des morceaux, chez moi avec mes maquettes, et je trouve que ça commence à ressembler à quelque chose.

On ne vous sent jamais dans la nostalgie même si vous avez revisité le titre de 1980 Gypsies Rock'n'Roll band

J’ai carrément tout changé, les paroles et les arrangements. C’est un titre que j’aime beaucoup, dans lequel je me présente… en bref bien sûr. En 3 minutes on ne peut pas raconter 80 ans (rires). Et je ne suis pas dans la nostalgie, je vis maintenant. Il y a eu des choses beaucoup plus marrantes avant, là on vit dans une période très difficile. Mais il faut continuer, on ne va pas se lamenter. Tant qu’on vit il y a de l’espoir.

 

Il y a une énergie quasi-adolescente dans le disque, on sent bien que vous vivez le moment présent

Oui je vis maintenant, entouré des gens de maintenant. Et j’essaie de communiquer des choses aux gens de maintenant, pas aux gens d’avant. Et de raconter à travers les chansons aussi bien ce qui me plaît que ce qui me déplaît.

Il y a plusieurs textes poil à gratter. C’est important pour vous de garder une forme d’impertinence ?

Évidemment. En plus je suis dans un label qui s’appelle Deviation, et ça me va pas mal, parce que j’ai passé ma vie à zigzaguer, à faire du théâtre, de la télé, des groupes de rock, arrêter, recommencer, repartir… suivant ce qui m’arrive je réagis. Je suis réactif, c’est ça mon histoire : essayer d’être réactif.

Cette carrière d’acteur c’est arrivé un peu par circonstances ?

J’étais plus intéressé par la musique. Mais quand je ramenais chez moi trompette, trombone, guitare, mes parents ne voulaient pas que je fasse de la musique. J’ai fugué de chez mes parents, j’ai vécu en Belgique, j’ai fait n’importe quoi, je picolais avec des gens qui avaient 10 ans de plus que moi… j’ai fait des conneries, je me suis fait gaulé, j’ai été ramené en France en centre de délinquants. Et puis après j’ai été dans une école de dessin, j’ai suivi quelqu’un qui donnait des cours de théâtre, et puis j’ai pris des cours de danse moderne pour finir boy aux Folies Bergères… un zigzag constant. J’ai ensuite monté des pièces. Des rencontres, une chose amenant l’autre…

Vous n’êtes pas tendre avec beaucoup de personnes mais aussi avec vous-même dans Costard.

La première chose qu’on doit critiquer c’est d’abord soi-même. Se moquer de soi-même c’est la moindre des choses. L’humour ce n’est pas se moquer des autres. Je ne me moque de personne. C’est bien gentil de tout remettre sur les autres, mais on est soi-même responsable de pas mal de choses par rapport à sa vie.

Vous aimez jouer avec les mots ?

J’adore le langage. J’ai fait tout cet album en français pour faire sonner le français. Beaucoup de groupes français chantent en anglais, on se fait coloniser. Moi je ne veux pas être colonisé, je veux avancer avec ma langue que j’aime beaucoup, qui est très riche et qui a aussi des sonorités qui percutent. Le français si on le travaille bien, ça peut aussi être rythmique.

Le morceau-titre est lui-même un jeu de mots. Vous l’avez dédicacé à Amy Winehouse ?

Oui c’était une sorte d’ange qui s’est fait prendre en main par un méphisto, et elle en est morte. C’était un génie cette fille, elle écrivait paroles, musiques… j’attendais d’elle une longue carrière à la Bob Dylan. Elle était trop sensible, elle s’est laissée embarquée, elle a vécu à l’envers. Méfistofélange c’est joli, ça sonne bien, et ça regroupe un peu ce qu’on est tous. On a tous du mal et du bien en nous. Pour moi ça caractérise l’âme humaine.

On ouvre et on ferme l’album sur des ambiances crépusculaires mais il y a des moments lumineux entre les deux.

Pour cette chanson Noire la nuit j’avais écrit d’autres paroles, parce que je pensais que la nuit parisienne actuelle n’était plus comme celle des années 70 et 80. Le Palace, les Bains Douches, tout ça c’est terminé. Et d’un seul coup est arrivée la guerre et ça m’a amené à tout changer, à réécrire complètement le morceau. Mais je parle aussi de la beauté des femmes, d’amour, du fait que toute le monde fait partie de l’histoire (la chanson Partie de la partie - NDLR). J’essaie de faire en sorte qu’il y ait toutes les couleurs sur la palette.

 

Vous semblez infatigable, vous avez des projets ?

J’ai plein de chansons d’avance. J’espère que ce disque marchera. J’aimerais avancer avec un autre album. Et puis les musiciens sont formidables. Depuis le temps que je suis dans la musique j’ai rencontré beaucoup de gens, et j’ai essayé de réunir la crème de la crème sur ce disque, et des musiciens passionnés par le même genre de musique que moi. J’étais fasciné par Elvis mais aussi par Otis, Sam and Dave, Aretha Franklin... Comme je ne me repose pas sur mes acquis, je regarde devant et je dois envoyer du bois pour continuer !

La pochette de l'album " Méfistofélange" (Deviation Records)

L'album "Méfistofélange" sort ce vendredi 21 octobre (Devation Records).

Jean-Pierre Kalfon sera en concert le 12 décembre au Petit Bain (Paris).

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