Il y a vingt ans, la disparition du guitariste Baden Powell : dix joyaux de son répertoire

Le 26 septembre 2000, Baden Powell de Aquino s'éteignait à Rio de Janeiro, à 63 ans. En cinquante ans de carrière, il a marqué la musique brésilienne de sa virtuosité, de sa grâce et son éclectisme, célébré les racines africaines du Brésil avec ses "Afrosambas", connu la gloire internationale, vécu en France... Retour sur quelques musiques emblématiques.

Le guitariste brésilien Baden Powell le 1er juin 1970
Le guitariste brésilien Baden Powell le 1er juin 1970 (MARY EVANS/SIPA / SIPA)

Baden Powell de Aquino est né le 6 août 1937 à Varre Sai, dans le sud de l'État de Rio de Janeiro. Son père, cordonnier de métier et guitariste amateur, lui donne ce nom composé en hommage au fondateur du scoutisme. Baden Powell a trois mois quand sa famille déménage à Rio. À huit ans, il apprend la guitare dans un quartier populaire imprégné de samba et de choro avant d'entamer des études classiques. Issu d'un milieu où il fallait travailler dur pour gagner sa vie, il démarre sa carrière à 13 ans.

Son talent lui permet de percer en quelques années, de participer à la naissance de la bossa nova et de collaborer avec l'un des pères fondateurs de ce mouvement musical, le poète Vinícius de Moraes. Ensemble, ils cosigneront les mythiques "Afros-sambas", mélange des rythmes brésiliens et des racines musicales africaines qui constituent son ADN. Mais Baden Powell jouera avec le même bonheur de la bossa, du jazz, du Bach... Il travaillera avec de nombreux artistes au cours de sa carrière, parmi lesquels le violoniste Stéphane Grappelli. Petite sélection musicale (subjective) pour se souvenir d'un génie du XXe siècle.

"Samba Triste" (1959)

Baden Powell joue "Samba Triste" sur scène à Berlin (1967)
Premier grand succès de Baden Powell, Samba Triste apparaît dans le premier album du guitariste, Apresentando Baden Powell e seu Violão. Le musicien Billy Blanco y posera des paroles et enregistrera lui-même une version chantée.

"Berimbau" (1963)

Baden Powell : "Berimbau" (1963), extrait de l'album "Le Monde musical de Baden Powell"
Un classique du partenariat entre Baden Powell et le poète-parolier Vinícius de Moraes. Les premiers enregistrements discographiques en 1963 et 1964 sont instrumentaux. Bien que proche de l'esprit des Afro-sambas créées par le duo, la chanson ne figurera pas dans l'album qui leur sera entièrement dédié en 1966. Baden Powell, qui n'est pas satisfait des conditions techniques dans lesquelles cet album phare a été enregistré, réengistrera Os Afro-Sambas en 1990 (sans Vinícius, disparu en 1980) et y intégrera d'étonnantes variations, Variações Sobre Berimbau. Dans les années 70, Vinícius de Moraes popularise la version chantée en la jouant à travers le monde, tantôt avec la chanteuse Maria Creuza et le guitariste Toquinho, son grand partenaire de la décennie 1970-80, tantôt avec Tom Jobim, Miúcha et toujours Toquinho à la fin des années 70 (avec Baden en guest star à Paris). Berimbau est alors joué dans un arrangement qui l'associe à une autre chanson cosignée avec Baden, Consolação. En France, Claude Nougaro a adapté avec succès Berimbau en 1966 sous le titre Bidonville.

"O Astronauta" (1963)

Baden Powell : "O Astronauta" (paroles de Vinícius de Moraes) à la télévision brésilienne en 1990
Une savoureuse pépite cosignée Baden et Vinícius, d'abord apparue en version instrumentale dans l'album Baden Powell à Vontade (1963). Dans l'archive ci-dessus, extraite d'une émission de la chaîne brésilienne TV Cultura tournée en 1990, le guitariste brésilien alors âgé de 53 ans l'interprète de sa voix douce et timide, au timbre aisément reconnaissable.

"Samba em Prelúdio" (1964)

Baden Powell et Elizeth Cardoso chantent "Samba em Prelúdio" (paroles de Vinícius de Moraes) sur scène en 1975
La première version discographique, sans paroles, de ce pur classique du duo Baden-Vinícius figure dans un album sorti en France en 1964 chez Barclay, et intitulé Le Monde musical de Baden Powell. Une voix féminine y assure les chœurs sans paroles, celle de Janine de Waleyne. La version discographique la plus célèbre sera immortalisée sur scène en 1970 à Buenos Aires par Vinícius de Moraes, la chanteuse Maria Creuza et Toquinho, et fera l'objet d'un mythique disque live, En la Fusa.

Quand Vinícius a entendu cette mélodie pour la première fois, il a cru que Baden Powell lui jouait un thème de Chopin. Mais pour le fils du guitariste, Philippe Baden Powell, ce morceau doit davantage son titre à sa structure : "Un prélude, c'est une œuvre qui ouvre un récital. Baden a intitulé le morceau Samba en Prélude parce qu'il y a une première partie avec une mélodie en arpèges, une deuxième avec une mélodie en notes longues, celle-ci se superposant parfaitement à la première. C'est comme si la première partie était un prélude, et la deuxième, une samba."

"Canto de Ossanha" (1966)

Vinícius de Moraes et Baden Powell (à la guitare), bien entourés, chantent "Canto de Ossanha" en 1966
Morceau d'ouverture de l'album Os Afro-sambas, Canto de Ossanha figure parmi les chansons les plus belles et les plus mythiques du Brésil. Sur le disque, les chœurs sont assurés notamment pas le groupe féminin Quarteto en Cy. En 1966, une caméra française, celle du documentariste Pierre Kast, immortalise Vinícius de Moraes et Baden Powell répétant leurs musiques inspirées du candomblé. Par la suite, chacun des deux artistes jouera ce joyau de son côté, sur scène et à la télévision, Baden en solo et en virtuose, Vinícius avec ses amis Maria Creuza, Toquinho, Tom Jobim et Miúcha (notamment en Italie en 1978).

"Samba Saravah" (1966), version française de la "Samba da Benção", par Pierre Barouh

Pierre Barouh : "Samba Saravah" (1966), dans le film "Un homme et une femme"
En 1966, Pierre Barouh, tombé fou amoureux des musiques et des peuples du Brésil, devenu l'ami de Baden Powell à l'issue de pérégrinations rocambolesques dont lui seul avait le secret, enregistre une adaptation française de la Samba da Benção de Baden et Vinícius (que ce dernier enregistrera lui-même de son côté), avec la participation du guitariste et d'autres musiciens brésiliens. Mieux encore, Barouh parvient à convaincre Claude Lelouch de glisser cette improbable bulle brésilienne dans son film Un homme et une femme où il joue l'un des rôles principaux. Une véritable déclaration d'amour aux musiques du Brésil de la part de son plus illustre ambassadeur français.

"Tempo de Amor" (1966), immortalisé dans le film "Saravah" de Pierre Barouh (1969)

Baden Powell, Marcia Sousa : "Tempo de Amor" (paroles de Vinícius de Moraes), dans le documentaire "Saravah" (1969)
Cette archive vidéo hypnotique, nous la devons encore à Pierre Barouh et à son film culte de 1969, Saravah, un documentaire qui n'avait absolument pas été prémédité. Pendant trois jours, parallèlement à un autre projet de tournage, l'acteur, chanteur et parolier français a filmé différents artistes brésiliens, à commencer par son ami Baden Powell, mais aussi l'icône Pixinguinha, Maria Bethânia, Paulinho da Viola et le vétéran João da Baiana. Tempo de Amor, extrait des Afro-Sambas (1966), y est immortalisé ici dans la voix de la chanteuse Marcia Sousa, avec un Baden de 32 ans, capable de fumer tout en jouant, la cigarette coincée entre l'annulaire et l'auriculaire...

"Lapinha" (1969)

Baden Powell : "Lapinha" (paroles de Paulo César Pinheiro), sorti en 1969 dans "Le monde musical de Baden Powell, vol. 2"
À la fin des années 60, Baden Powell entame un nouveau partenariat musical avec Paulo César Pinheiro. De douze ans son cadet, poète et compositeur doté d'une grande érudition, Pinheiro était le voisin des parents de Baden Powell dans le quartier São Cristóvão de Rio où le guitariste a passé sa jeunesse. Cette rencontre lui a permis de renouer avec l'esprit de la samba des quartiers de son enfance, nous a confié son fils Philippe Baden Powell. Elis Regina enregistrera certaines chansons du partenariat Baden-Pinheiro, dont Lapinha, l'un de leurs succès.

"Refém da Solidão" (1970)

Baden Powell : "Refém da Solidão" (paroles de Paulo César Pinheiro, 1970)
Refém da Solidão ("otage de la solitude") est une sublime samba, au texte bouleversant, issue du partenariat avec Paulo César Pinheiro qui "lui a écrit des paroles merveilleuses", glisse le guitariste dans cette archive en noir et blanc avant de chanter sa chanson.

"Voltei" (version de 1990)

Baden Powell chante "Voltei" (paroles de Paulo César Pinheiro) en 1990
Autre perle du tandem formé par Baden Powell et Paulo César Pinheiro, la chanson Voltei a été enregistrée dans les années 70 et 80 par différents artistes parmi lesquels le duo Les Étoiles (1984) et la chanteuse Elizeth Cardoso (1986). En 1990, sur la chaîne TV Cultura, le guitariste prêtait sa voix à sa chanson, avec douceur, comme s'il la chantonnait pour des amis après un dîner, avec cette simplicité toute brésilienne.

Bonus 1 : Ses passages à la télévision française

Baden Powell et son groupe jouent "Pescador" dans une émission de Jacques Martin le 18 juin 1978
L'Institut national de l'audiovisuel (INA) a numérisé et mis en ligne un certain nombre de passages de Baden Powell à la télévision française, dont quelques-uns, comme ce très beau Pescador en 1978, sont disponibles sur YouTube. Sur l'une des archives, Eddy Mitchell, accompagné par le compositeur brésilien, reprend en 1975 la chanson Bidonville, l'adaptation française de Berimbau par Claude Nougaro. Jacques Martin, qui avait une grande culture, a reçu le guitariste au moins deux fois dans ses émissions dominicales dans les années 70 et lui donnait le temps de s'exprimer (exemple avec ce Labareda de Baden et Vinícius en 1977). Une très belle archive du site de l'INA, accessible au public, rappelle que Baden Powell a également ébloui son auditoire sur TF1 en 1975.

Bonus 2 : ses reprises somptueuses de "Manhã de Carnaval" et Tristeza"

Baden Powell sur scène en Allemagne en 1970
Sur cette archive d'un concert en Allemagne en 1970, Baden Powell interprète deux classiques de la musique populaire brésilienne avec son groupe de l'époque. D'abord, il reprend Manhã de Carnaval, célèbre thème de Luiz Bonfá composé pour le film Orfeu Negro (1959), avec une immense délicatesse. Ensuite, il offre une relecture joyeuse et totalement ébouriffante de Tristeza, chanson de Niltinho et Haroldo Lobo.