"Le disque est un objet-cadeau" : les disquaires ont rouvert samedi et espèrent atténuer leurs pertes d'ici Noël

Restés dans l'ombre médiatique depuis le début de la crise sanitaire, les disquaires sont revenus à la page lorsqu'Emmanuel Macron les a cités dans son discours mardi. Heureux de rouvrir samedi, en compagnie des librairies, des bibliothèques et de tous les commerces dits "non essentiels", ils tentent aussi de se fédérer pour la suite.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Un client consulte les bacs de disques à "La belle écoute" de Thionville, en novembre 2017. (JULIO PELAEZ / MAXPPP)

Et le président de la République prononça le mot "disquaires" dans son allocution du mardi 24 novembre... Restés dans l'ombre médiatique depuis le début de la crise sanitaire, les disquaires, qui ont rouvert samedi comme les commerces dits "non essentiels",  sont revenus à la page quand Emmanuel Macron les a cités.

"On a écarquillé les yeux ! On s'est dit que Mme (Roselyne) Bachelot lui avait fait des fiches (rires). Elle est en tout cas plus visible que (Franck) Riester (son prédécesseur) qui n'avait rien fait", commente Julie David, patronne du disquaire Le Walrus et présidente du Gredin (Groupement des disquaires indépendants). "On s'est dit ensuite que, pour une petite structure qui existe depuis 3 ans, basée sur le bénévolat, on avait finalement bien travaillé", poursuit la responsable de ce syndicat qui représente 250 disquaires indépendants, sur près de 300 en France.

Les disquaires se sont sentis oubliés

Quand le reconfinement a été décrété, le sort des librairies, fragilisées face aux géants de la vente en ligne, a été mis sous les projecteurs. Mais pas les disquaires. Ces derniers ont parfois ressenti qu'il n'y avait pas "assez d'éclairage sur la route pour tout le monde", résume Christophe Ouali, à la tête du magasin parisien de disques Le silence de la rue.

"On a été oubliés, pas volontairement, mais c'était comme si les libraires étaient les seuls tenants de la culture, alors qu'on trouve chez nous des disques d'un prix Nobel de littérature, Bob Dylan, et chez eux des choses comme une biographie de... Franck Ribéry (rires)", plaisante Christophe Ouali, qui vise avec cette petite pique les discours entendus et non pas ses "amis libraires".

"On est habitués à entendre ce genre de discours davantage centrés sur les librairies quand on parle d'accès à la culture; là où le bât blesse c'est que nous ne sommes pas assez fédérés, on commence, mais c'est très tardif par rapport aux libraires", décrypte Grégoire Rameaux, de Vicious circle, à Toulouse.

Le "click and collect" du secteur s'organise

Les librairies indépendantes sont dix fois plus nombreuses en France - autour de 3.500 - et sont mieux armées, et centralisées, pour le "click and collect". Une plateforme nationale, Place des libraires, permet de chercher, commander ou réserver au plus proche de sa localité. Pour les disquaires, il faut passer par chaque site particulier.

Mais les passeurs de vinyle - redevenu à la mode, avec un chiffre d'affaires des ventes quadruplant en volumes comme en valeur au cours des quatre dernières années selon le Snep, (Syndicat national de l'édition phonographique) - pourraient bientôt disposer d'un outil similaire.

"C'est un projet que le syndicat porte depuis deux ans et qui pourrait aboutir début 2021", expose Julie David. "Pour démarrer, on a besoin d'un financement à hauteur de 60.000 euros, 20.000 devraient être fournis par la mairie de Paris - pour défendre les 70-80 disquaires de la capitale - et 40.000 par le Centre national de la musique (CNM); nous passons en décembre en commission du CNM pour ça", détaille-t-elle.

La réouverture dès samedi leur redonne espoir

D'ici là, les disquaires sont évidemment ravis de rouvrir dans la perspective de Noël. "Le disque est un objet-cadeau: c'est toujours bien d'offrir un Bowie, un Pink Floyd, un Coltrane", synthétise Christophe Ouali.

De quoi atténuer l'amertume d'une année qui se finira "à 70.000 euros de perte d'exploitation" selon ses projections. Le gérant parisien espère voir se reproduire l'épisode du déconfinement en mai: "ça ne s'était pas mal passé, il n'y avait pas eu de psychose autour de la circulation du virus, les gens étaient disciplinés et il y avait eu une solidarité face à la pieuvre amazonienne (référence à Amazon)".

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