Harcèlement sexuel et violences : les festivals de musique ne baissent pas la garde

Si les festivals musicaux ont réduit leur jauge cet été, ils ne lâchent rien sur la prévention concernant le harcèlement sexuel et les discriminations.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Des festivaliers devant un écran diffusant la campagne de préventions des violences "Ici c'est cool" au Printemps de Bourges, le 23 juin 2021. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Au Printemps de Bourges (22-27 juin), premier grand rendez-vous de la saison estivale des musiques actuelles, quatre affiches et des vidéos sur écran attiraient l'attention : une femme ou un homme, au torse nu recouvert au gros feutre d'une insulte, "grosse pute", "gros pédé", "sale nègre" ou "sale gouine". L'image était surmontée des messages "Non aux violences", "Ne laissons pas la violence pourrir l'ambiance", pour montrer que le festival refuse ce genre d'agression et fait tout pour les prévenir.

Une campagne choc

Le festival n'a accueilli cette année que 15 000 festivaliers en six jours, à cause des contraintes sanitaires, contre 200 000 en 2019. "Les risques étaient moins importants sur cette édition, en tout cas on l'espère, en termes de violences sexuelles ou discriminations", explique Yan Degorce-Dumas, chargé de la communication à Bourges. "Mais nous sommes le premier gros festival, les professionnels y viennent et il y a un rôle de transmission des bonnes pratiques."

Le Printemps s'est donc associé à "Ici c'est cool", une campagne d'affichage choc des festivals en Pays de la Loire, devenue nationale. Il y a deux populations ciblées, explique à l'AFP Lucie Groussin, coordinatrice nationale de cette opération. "On mobilise d'abord les pros, car c'est bien déjà que ce soit +clean+ (propre) en interne dans les festivals", commence celle qui est aussi spécialiste des questions d'égalité homme-femme.

L'autre partie du message : "ici y a des espaces +safe+ (sûrs)", s'adresse aux festivaliers, "à certaines femmes, par exemple, qui n'aiment pas aller seules en festival", ajoute Lucie Groussin.

Une affiche de la campagne de prévention contre toutes les violences de "Ici c'est cool", visible notamment au Printemps de Bourges à l'été 2021. (ICI C'EST COOL)

Des statistiques peu rassurantes

C'est que les statistiques font froid dans le dos : "31% des femmes travaillant dans le secteur musical (artistes ou professionnelles) disent avoir été victimes, au moins une fois, de harcèlement sexuel", selon une étude de 2019 de la Cura (Collectif pour la santé des artistes et des professionnels de la musique) et de la Gam (Guilde des artistes de la musique).

En septembre 2018, Statement, festival suédois de Göteborg, était uniquement réservé aux femmes, transgenres et personnes "non binaires", en réaction au fléau des viols et agressions sexuelles en festival.

Selon une étude anglaise de 2018, 43% des festivalières de moins de 40 ans ont été harcelées sexuellement. Anna Mérigeaux est une des deux femmes qui pose pour la campagne "Ici c'est cool" et a participé à sa création. Elle est aussi une des co-fondatrices des Catherinettes, association de mise en place de dispositifs de lutte et de prévention des violences sexistes et sexuelles en milieux festifs.

"Danser n'est pas consentir"

"Avec les Catherinettes, notre démarche est de former les équipes des festivals en interne avant de proposer des démarches et protocoles de sécurité pour le public", détaille la responsable. Les Catherinettes interviendront au Plein Air, un festival électro à Douai en août, aux Z'Eclectiques près d'Angers en septembre puis aux Trans Musicales à Rennes en décembre.

L'an prochain elles ont prévu d'assurer une présence 24h/24h au Hellfest (annulé en 2020 et 2021). Un évènement qui promet une double édition gargantuesque et génère un camping, lieu à risques identifié par tous les festivals en termes d'agressions sexuelles.

Aux Francofolies à La Rochelle (10-14 juillet), des affichettes "Danser n'est pas consentir" ou "Accepter un verre n'est pas consentir" étaient aussi placardées. Outre le travail classique - "au sein des équipes" et à "destination des festivaliers" - les Francos ont aussi monté un atelier "avec des ados entre 15 et 17 ans sur la notion de consentement", explique Emilie Yakich, co-directrice de l'évènement.

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