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"Les jeunes s'y mettent et cela donne un vent de fraîcheur" : le Do It Yourself, désormais plus qu'une tendance, un mode de vie

Les loisirs créatifs ont le vent en poupe et le secteur textile n’y échappe pas. Le Do It Yourself est devenu une tendance qui s'est amplifiée depuis le confinement lié au Covid-19. Consommer plus responsable, faire des économies, créer de ses propres mains, les adeptes ont leur salon Aiguille en fête qui se tient jusqu'au 13 mars Porte de Versailles à Paris.

Article rédigé par Corinne Jeammet
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 8 min
Des pelotes de laine sur un stand du salon Aiguille en fête 2020 (Courtesy of Aiguille en fête)

Le salon Aiguille en fête, du 10 au 13 mars à la Porte de Versailles à Paris, réunit chaque année 30 000 personnes autour de la tendance du Do It Yourself (DIY).

96% des Français y ont eu recours en 2020, 49% pour des motifs économiques, 40% pour changer de manière de consommer et 37% pour protéger la planète, selon un sondage Toluna pour la marketplace I Make (réalisé le 22 octobre 2020 auprès de 1 037 répondants représentatifs de la population française). Et encore : les adeptes passent huit heures par semaine à ces activités manuelles et y allouent un budget de 20 à 100 euros par mois. 

Pour comprendre cet engouement, rencontre avec Vanessa Dousset, la fondatrice et directrice du salon Aiguille en fête depuis 2004.

Franceinfo Culture : la tendance du Do It Yourself s’est étendue pendant le confinement lié à la pandémie du Covid-19 où, les marques ont proposé à leur communauté de les suivre sur les réseaux sociaux... 

Vanessa Dousset, directrice du salon Aiguille en fête : Même si le secteur a été très touché par la pandémie, le confinement lié au Covid-19 a été une formidable aubaine pour le DIY. En période de crise, toutes ces activités hyper cocooning fonctionnent bien car on se replie sur soi : tout le monde était chez soi, à faire par soi-même pour s'occuper plein de choses, pour les enfants, pour décorer sa maison... Le DIY a eu le vent en poupe et est entré dans tous les foyers mais, encore à ce moment-là, on ne comprenait pas trop ce que cela voulait dire ! 

Quelle est l'évolution du salon Aiguille en fête depuis sa création ?

C'est un lieu de création et de savoir-faire, principalement consacré aux fils et aiguilles, avec une exposition d'art textile et des ateliers pour débutants, intermédiaires et confirmés. Ici on admire, on apprend et on achète des produits pour faire soi-même ! Le salon a été stoppé à cinq jours de l'édition 2020, puis a été reporté cinq fois et annulé. 2022, c'est l'édition des retrouvailles. On a hâte !

Depuis plus de 15 ans, on constate une "déringardisation" des ouvrages de dames : cela va de la broderie au tricot, en passant par la couture. Il y a des modèles nouveaux : avec internet, c'est formidable, il y a beaucoup de tutoriels. Les jeunes s'y mettent et cela donne un vent de fraîcheur. C'est aussi le retour de marques désuètes, quasiment à l'abandon, comme Anny Blatt et Phildar... Ces choses, un peu poussiéreuses, revivent grâce à une autre façon de créer, peut-être un peu moins conventionnelle. 

Dans la vidéo ci-dessous, Marion Carrette, présidente d’Anny Blatt. Elle a relancé cette marque iconique de fils à tricoter et de maille haut de gamme française incarnée par Anne Sinclair dans les années 80.   

Comment se traduit cette "déringardisation", comme vous dites ?

Si l'on évoque la broderie, la couture, le tricot et le crochet, ces univers n'ont absolument pas disparu. Ces jeunes qui s'y mettent n'ont pas eu de mamans pour leur transmettre : comme ces mamans-là étaient souvent des soixante-huitardes, la transmission s'est faite de grands-mères à petites filles ou alors ces jeunes femmes ont appris toutes seules avec des inspirations multiples. Aujourd'hui, c'est dépoussiéré : les marques osent beaucoup plus. Résultat : cela donne des modèles et des patrons complètement différents, des fils à tricoter dans des couleurs que l'on n'avait pas encore vu comme le fluo mais aussi de nouveaux motifs en tissus. 

Si des techniques très précises (comme par exemple les jours d'angle) sont tombées dans l'oubli, il a toujours une association, des gens qui essayent de les préserver, car c'est un patrimoine. 

Un atelier crochet au salon Aiguille en fête en 2020 (Courtesy of Aiguille en fête)

Quelles sont ces nouvelles techniques dont elles raffolent ?

Pour apprendre ces techniques, il y a plein de tutoriels et d'ateliers sur des sites en ligne, il y a aussi des ateliers installés en boutique ou l'on peut s'asseoir autour d'une table pour créer ensemble ou encore des petits concept stores qui se montent...

Tout est proposé de façon très pédagogique et ludique pour ne pas traumatiser dès le départ. C'est bien de pouvoir mettre la main à la pâte et le pied à l'étrier sur des techniques un peu faciles. C'est vrai que les tutos sur Instagram et les inspirations que l'on y trouve donnent cette envie mais il faut que cela soit bien tout de suite, ludique et sympa : faire du tricot avec les doigts permet d'obtenir un résultat immédiat grâce à de grosses mailles, réaliser une petite broche en point de croix à accrocher sur une veste, cela prend deux secondes et l'on voit le résultat tout de suite ! 

Atelier tricot au salon Aiguille en fête 2020 (Courtesy of Aiguille en fête)

La couture reste la grande tendance. Cela ne prend pas trop de place. On va le faire pour ses enfants, sur l'ameublement, le résultat est visible immédiatement. Ce qui va changer, ça va être les patrons, les couleurs, les tissus utilisés, avec une plus grande attention apportée à l'éthique.

Une grosse pelote de laine à tricoter au salon Aiguille en fête en 2020 (Courtesy of Aiguille en fête)

Quel est le profil des nouvelles pratiquantes ? 

Pendant ce Covid-19, il y a eu des nouvelles pratiquantes qui ont sacrément agrandi la communauté. Pour se mettre au DIY, elles sont allées piocher un peu dans tout ce qui existait... et c'est vrai que les marques ont rivalisé de créativité et d'inventivité pour aller nourrir ces périodes de confinement. Le fait d'avoir une présence sur Instagram et une communauté qui y grouille, forcément cela touche un peu plus de jeunes. Sur nos salons (outre Aiguille en fête, il y a aussi le salon Créations & savoir-faire), la moyenne d'âge est de 45-50 ans mais, de plus en plus, on voit poindre aussi des plus jeunes, des ados qui démarrent, toujours en majorité des femmes. 

Rencontre avec Alice Félix, la créatrice des Ateliers d'Alice en 2021. Elle réalise entièrement à la main du dessin jusqu'à la toile, des tapis et des sculptures très colorés grâce à la technique du tuftage. 

Geste économique, le DIY est-il aussi un geste écologique ?

Même si les pratiquantes consomment beaucoup, il y a une notion d'éco-responsabilité qui est très forte : on est, toujours, dans ce côté je réutilise avec des petits bouts de ficelle. Mais c'est aussi un mode de vie : les clientes vont regarder le pôle éthique et les exposants qui vendent de la laine à la teinture végétale, des matières éco-sourcées... C'est un enjeu, même si c'est plus cher car désormais, on comprend mais on a, encore, besoin que l'on nous explique pour acheter une belle matière plutôt que de surconsommer. 

Les applications proposent de réutiliser, de redonner vie, le côté jetable n'est plus dans l'air du temps et la façon de consommer a changé : c'est faire avec ce que l'on a sous la main comme retaper un vieux meuble pour lui donner un look sympa, prendre des chemises et les transformer, réutiliser des matières, s'adonner au patchwork...

Des pelotes de laine au salon Aiguille en fête 2020 (Courtesy of Aiguille en fête)

Donner de la valeur à ce que l’on réalise manuellement...

C'est moi qui l'ai fait. C'est très amusant, aujourd'hui on expose sa machine à coudre dans son salon avec son panier de pelotes de laine à côté. Mais ce n'est plus vraiment une revendication car les pratiquantes assument. C'est un parti pris. C'est entré dans la vie de tous les jours. Cela vide la tête. Je suis sûre que pour beaucoup, la revalorisation de ces activités manuelles est liée aussi au côté méditatif, n'y a-t-il pas de la tricot thérapie ? 

C'est aussi avant tout le partage et l'échange : les adeptes viennent au salon Aiguille en fête entre copines pour créer ensemble. Les pratiquantes ont gardé ce côté communautaire du faire soi-même et du loisir créatif.  

Un atelier broderie au salon Aiguille en fête en 2020 (Courtesy of Aiguille en fête 2020)


Quelles sont les activités proposées au salon ?

Le salon propose 1000 heures d’ateliers pour tous les niveaux (couture, broderie, crochet, tricot, dentelle mais aussi scrapbooking, confection de bijoux…). On a 1 500 places d'ateliers : cela va de la masterclass de peinture à l'aiguille (ndlr : une technique de broderie) à "je débute le tricot". On essaye vraiment de proposer pour tous les niveaux : on peut apprendre des techniques bien précises mais aussi toute une partie autour du végétal avec des ateliers (art floral, fleurs séchées...).

Au salon, les marques apprécient de permettre la prise en main de leurs produits ou de leurs matières à travers les ateliers qu'elles proposent. On a monté des bars à patchworks, à maille, à fils. Ces bars sont gratuits, car c'est de la démonstration sur place. Les ateliers eux sont payants : il y a un planning sur lequel les gens s'inscrivent et font leur programme pour toute la durée du salon. Sans oublier, bien sûr, la compétition de Speed Knitting (championnat de tricot de vitesse).

On a aussi chaque année, l'exposition d''art textile, lié à la tradition et au patrimoine qui donne accès à des pièces incroyables sur 400 m2 où 20 artistes, des collectionneurs et artistes internationaux sont présents. C'est l'exposition Matière(s) à voyager que l'on avait organisée en 2020 qui est reprogrammée et ils ont tous répondus présents !

Dans la vidéo ci-dessous, Marion Breton, la directrice artistique du salon Aiguille en fête vous fait découvrir les expositions 2022 placées sous le thème de Matière(s) à voyager.

Salon "Aiguille en fête" à la Porte de Versailles à Paris, du 10 au 13 mars 2022

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