Vidéo Il y a cent ans, René Maran faisait scandale et devenait le premier écrivain noir récompensé par un Goncourt

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René Maran, premier prix Goncourt noir
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France Télévisions

France 3 diffuse le 14 octobre le documentaire "René Maran, le premier Goncourt noir", réalisé par Fabrice Gardel et Mathieu Weschler. L'occasion de redécouvrir cet homme qui dénonçait les crimes du colonialisme français en Afrique.

"Ce prix prouve d'un seul coup à l'univers qu'un nègre peut produire des œuvres de mérite, et pour tout dire être quelqu'un." C'est en ces termes que René Maran, lauréat du Prix Goncourt en 1921, accueille cette prestigieuse distinction. L'écrivain français de 34 ans, né de parents guyanais, est couronné pour son premier roman intitulé Batouala (éd. Albin Michel). C'est la première fois, depuis la création de ce prix en 1903, qu'un homme noir est distingué. Une reconnaissance qui suscite sidération et suspicion dans le Paris des années folles. Les pires rumeurs circulent à son endroit. Romuald Fonkoua, aujourd'hui professeur de littératures francophones à La Sorbonne, à Paris, relate dans le documentaire certaines réactions du milieu littéraire de l'époque, notamment celle-ci : "Il ne peut pas l'avoir écrit, ce n'est pas possible. (...) Il a plagié."

La perplexité et les doutes qui agitent la presse, du fait de la couleur de peau de l'auteur, laissent place ensuite à un scandale politique. Sous-titré " véritable roman nègre", le livre dénonce les réalités de l'action coloniale française en Afrique. Personne, jusqu'à présent, n'avait osé remettre en cause le colonialisme qui est, à l'époque, à son apogée. René Maran est le premier.

" Civilisation (...), tu bâtis ton royaume sur des cadavres"

Il décrit, sans manichéisme, la cruauté des colons mais également les vices des tribus africaines. Ce n'est pas à proprement parler l'histoire du roman qui met le feu aux poudres, ce sont surtout les dix pages de la préface écrite par l'auteur. "Civilisation, civilisation, orgueil des Européens, et leur charnier d’innocents. Tu bâtis ton royaume sur des cadavres. (...) Tu es la force qui prime sur le droit. Tu n’es pas un flambeau, mais un incendie."

Une préface au vitriol qui expose René Maran aux foudres de la censure, brise sa carrière et le transforme en véritable ennemi de la République. Un comble pour ce patriote français affirmé, administrateur colonial d'outre-mer en Oubangui-Chari (un territoire qui fait aujourd'hui partie de la Centrafrique). Témoin privilégié des conditions de vie des peuples colonisés, l'écrivain ne s'oppose pas à la colonisation en tant que telle, mais à ses abus et à ses dysfonctionnements. Une position paradoxale tant sa fonction l'oblige à appliquer des lois, parfois féroces, à l'encontre de colonisés de même couleur de peau que lui. Contraint de démissionner de son poste quelques années après la parution de son roman, René Maran s'installe à Paris où il se consacre tout entier à l'écriture et au journalisme littéraire. Considéré comme le précurseur de la littérature de la négritude, il devient une véritable référence pour Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, instigateurs de ce mouvement né en 1936. 

Le pionnier de la dénonciation de la politique coloniale française.

Le documentaire René Maran, le premier Goncourt noir, réalisé par Fabrice Gardel et Mathieu Weschler, est diffusé le 14 octobre sur la 1ere.fr à 18 heures et sur France 3 à 23h45. 

                                                                                                                                                               

                

                                      

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