Sondage dans le secteur du livre : les auteurs sont mécontents de leur rémunération et de leurs relations avec les éditeurs

Ce "baromètre des relations éditeurs/auteurs" est réalisé tous les trois ans par la Société civile des auteurs multimédia (Scam) et la Société des gens de lettres (SGDL).

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France Télévisions Rédaction Culture
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Librairie, Paris, 28 novembre 2020 (QUENTIN DE GROEVE / HANS LUCAS)

Les auteurs de livres sont souvent mécontents de la part qui leur est réservée, qui se monte à quelque 8% du prix hors taxe en moyenne, révèle une étude publiée mardi par deux organisations représentatives.

Réalisé tous les trois ans par la Société civile des auteurs multimédia (Scam) et la Société des gens de lettres (SGDL), ce "baromètre des relations éditeurs/auteurs" synthétise les réponses de 1 086 auteurs, dont une majorité (53%) âgés de 51 à 70 ans, 58% de femmes, et deux tiers qui "ont un autre métier".

Situation dégradée pour 52 % des auteurs interrogés

Depuis l'enquête précédente, 52% des sondés déclarent que leur situation financière s'est détériorée. "Une situation matérielle qui se dégrade, une rémunération toujours à la peine, des à-valoir réduits à peau de chagrin, et un manque de transparence persistant sur la reddition des comptes... Des résultats préoccupants pour la profession", résume la Scam dans un communiqué.

Relations "non satisfaisantes" avec les éditeurs pour près d'un tiers des auteurs

"31% des auteurs et autrices déclarent avoir des relations non satisfaisantes, voire conflictuelles avec tous leurs éditeurs (+6 points par rapport à 2018) et un tiers également estime que cette relation s'est détériorée depuis trois ans" ajoute le communiqué de la Scam. 

"Il faut remédier au problème, il n'y a pas de doute", a commenté le président de l'organisation professionnelle, le Syndicat national de l'édition, Vincent Montagne, lors d'une table ronde retransmise en ligne. Mais "cela ne reflète pas ce que nous ressentons, nous".

La majorité des auteurs (59%) "disent avoir déjà écrit à leur éditeur pour réclamer le paiement de leurs droits", déplorent les deux organisations d'auteurs. Pour elles, ce pourcentage "en baisse" (-5 points) reste "extrêmement élevé".

Des droits d'auteur insuffisants

Les droits d'auteur sont souvent modestes. Pour les éditions papier, ils représentent 8,2% du prix hors taxe en moyenne (+1 point par rapport à 2018). Cela équivaut à 1,55 euro sur un livre vendu 20 euros.

Le numérique paie mieux

11,4% en moyenne, mais moins de 10% la moitié du temps. Il est très diversement développé, prépondérant dans des segments spécialisés comme le droit, et marginal dans d'autres comme la BD.

Des écarts importants dans la rémunération

En fonction du genre du livre, de l'éditeur et bien sûr de la notoriété de l'auteur, la rémunération varie fortement. Une élite de 2% des écrivains en littérature générale perçoit des droits supérieurs à 20%, mais à l'inverse 11% n'ont que des miettes : moins de 5% du prix.

"10% de moyenne, ce qui ne veut pas dire 10% pour tous (...) ce serait une revendication normale et accessible", a estimé le président de la commission de l'écrit de la Scam, Benoît Peeters. "Ça ne me semble pas devoir mettre en péril tout le secteur".

Afflux de manuscrits et concurrence sévère  

"Je ne crois pas qu'on puisse résumer à un seuil de 10%", a répondu Vincent Montagne à Benoît Peeters. Il a noté la très forte concurrence entre auteurs : "On n'a jamais reçu autant de manuscrits que depuis six mois. C'est une pile énorme (...) L'éditeur n'est pas un mécène, il faut qu'il trouve un équilibre économique".

"Pour la plupart les éditeurs sont de petites structures fragiles", a également souligné Françoise Nyssen, présidente du directoire d'Actes Sud.

La jeunesse peu rémunératrice

Il a noté par exemple que le livre jeunesse (en moyenne plus cher à fabriquer et vendu moins cher) était très peu rémunérateur, avec 38% d'auteurs qui touchent moins de 5%.

Un manque de transparence

Autre problème soulevé : un manque de transparence, sur les chiffres de ventes (50% qui s'en plaignent), la mise au pilon (27%) ou encore d'éventuelles traductions (16%).

Un sentiment d'abandon

"En voyant son éditeur s'occuper peu de lui" après la sortie d'un livre, un auteur "peut se sentir un peu lâché, avec cette espérance de vie très courte des livres", a estimé le secrétaire général de la SGDL, Christophe Hardy.

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