EN IMAGES. "Thierry Mugler : Couturissime" ou la folie créative d'un couturier flamboyant au Musée des Arts Décoratifs

Thierry Mugler est mort le 23 janvier à la veille de la semaine de la haute couture parisienne. La première rétrospective consacrée au couturier est installée au Musée des Arts Décoratifs à Paris jusqu'au 24 avril 2022. 140 tenues, costumes, croquis et archives - retraçant 35 ans de carrière - revisitent l'univers de ce couturier visionnaire, également photographe et metteur en scène.

Le couturier Thierry Mugler est mort le 23 janvier mais l’œuvre de cet audacieux créateur à l’imaginaire singulier qui a révolutionné la mode et la haute couture est visible au MAD où se tient l'exposition Thierry Mugler : couturissime - initiée, produite et mise en tournée par le Musée des Beaux-Arts de Montréal qui l'a présentée en première mondiale en 2019

"Depuis toujours, je suis fasciné par le plus bel animal sur terre : l’être humain. J’ai utilisé tous les outils qui étaient à ma disposition pour le sublimer : la mode, la mise en scène de spectacles, les parfums, la photographie, la vidéo (…) " déclarait Manfred Thierry Mugler, lors du lancement de l'exposition, à la rentrée 2021. 

Loin d’être une banale rétrospective, c’est sa vie et son énergie qui sont mises en avant dans les espaces rénovés des galeries de la mode Stephen A et Christine Schwarzmann du Musée des Arts Décoratifs. Sur deux étages, à chaque section du parcours, la scénographie a été soignée : immersive, elle plonge, par exemple, dans le monde animal et aquatique, puis dans une ambiance futuriste...

Pour Olivier Gabet, directeur du MAD, il est "curieux de tout, figure éminemment libre et indépendante, il est depuis longtemps une source d’inspiration vibrante pour le monde de la mode". Des années 1970 jusqu’en 2002, il s’est imposé comme l’un des couturiers les plus inventifs de son temps, allant jusqu’à incarner l’image des années 1980 grâce à une silhouette graphique. Dans les années 1990 il contribue à la renaissance de la haute couture, par ses collections et son sens de la mise en scène de défilés spectaculaires et de photographies grandioses alliés aux mannequins les plus iconiques. Découverte ou redécouverte de ce visionnaire, également photographe, inventeur de parfums et homme de spectacle, il est impensable de rater cette étape parisienne consacrée à cette incontestable figure de la mode. Fascinant !

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Sur deux étages, l'exposition Thierry Mugler : Couturissime présente des silhouettes et accessoires de prêt-à-porter et de haute couture, des costumes de scène, des photographies, des vidéos et des archives, datées de 1973 à 2014. Elle retrace son univers fascinant ainsi que ses collaborations artistiques dans les domaines du spectacle, de la musique et du cinéma. L'exposition s’ouvre sur une évocation de son bestiaire fantastique avec ses silhouettes futuristes dont les modèles sont dotés d'épaulettes pointues, de décolletés abyssaux et de tailles de guêpes irréelles… CHRISTOPHE DELLIÈRE
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Après le bestiaire fantastique, Thierry Mugler : Couturissime aborde la science-fiction et son inspiration tirée des super héroïnes de BD et du design industriel. Voici de surprenantes créatures robotisées, carrossées, aérodynamiques, façonnées dans des matières innovantes. Qui peut oublier ses fourreaux amovibles ou "décapotables", ses bustiers "pare-chocs" et ses ceintures "radiateur". Son chef-d’oeuvre demeure sa Maschinenmensch [femmerobot] : en 1995, lors du défilé anniversaire des vingt ans de sa maison, la mannequin, vêtue d’une robe en mousseline noire sous un manteau de satin violet, révèle son corps robotisé, hommage au robot Futura du roman Metropolis. La cuirasse s’articule grâce à des empiècements rattachés par du cuir et du caoutchouc, une structure interne en plastique facilitant les mouvements. CHRISTOPHE DELLIÈRE
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L'exposition mêle costumes, projections animées, photographies et musique, créant des ambiances qui incarnent les différents projets dans lesquels s’est investi l’artiste. En dehors de la création de mode, il s’est ainsi distingué dans le domaine de la parfumerie en donnant naissance, en 1992, à Angel, une révolution olfactive qui a lancé la tendance des parfums gourmands. Une salle entière évoque son monde des senteurs qui ont toujours été synonymes pour lui d’infini et de rêve. CHRISTOPHE DELLIÈRE
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Au deuxième étage, nous voici en pleine révolution hippie au début des années 70. Mais Mugler loin des tendances invente la "glamazone" : une femme moderne, chic, urbaine et fantaisiste. Coupes anatomiques, silhouettes architecturales, matières innovantes, la femme Mugler s’assume : épaules extra larges, robes et vestes moulées, poitrine pigeonnante, taille de guêpe, corsets, cuissardes, talons "sabre" et même "décolleté-fesses". "L’élégance, c’est du courage, du culot", affirme, alors, le couturier qui marque aussi l’histoire avec ses vêtements stricts et ses variations sur le col Mao. CHRISTOPHE DELLIÈRE
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En poursuivant la visite voici des salles dédiées à ses réalisations photographiques. Le déclic se produit en 1976, quand Mugler demande à Newton de réaliser une campagne publicitaire : intervenant constamment durant la séance photo, Newton lui répond : "Si tu es tellement sûr de ce que tu veux, pourquoi ne le fais-tu pas toi-même ?". Le couturier se lance alors dans les prises de vues de ses propres campagnes visuelles, jouant du glamour et de la beauté de ses muses, de Jerry Hall à Iman. Quel plaisir de revoir ses photos prises dans des lieux extrêmes, du Groenland au Sahara, jusque sur les toits de l’Opéra de Paris. CHRISTOPHE DELLIÈRE