Est-ce bien raisonnable de critiquer "Star Wars" ?

Bonne ou mauvaise cuvée, "Star Wars : Le Réveil de la force" sortira en France le 16 décembre. Mais pour les fans, les jeux sont faits depuis longtemps et la saga de George Lucas est un monument de la pop culture qu'on ne peut que vénérer. Et pourtant…

                           Un stormtrooper dans un des nombreux détournements de \"Star Wars\" réalisés par les internautes.
                           Un stormtrooper dans un des nombreux détournements de "Star Wars" réalisés par les internautes. (DR)

Nous sommes fin 2015 et la galaxie tout entière retient son souffle à l'aube de la sortie du septième volet de la saga Star Wars. Immergés dans un buzz mondial alimenté par une hystérie collective difficilement compréhensible, certains irréductibles Terriens s'interrogent pourtant : tout cela est-il bien raisonnable ? L'univers imaginé par George Lucas à la fin des années 1970 justifie-t-il autant de fanatisme ? Francetv info a regardé les six épisodes de la saga Star Wars avec des yeux neufs et se demande s'il est légitime de lui porter un regard critique.

Oui, mais c'est prendre le risque d'être totalement incompris

Avez-vous déjà essayé de confesser à votre entourage que vous n'aimiez pas Star Wars ? Pire : que vous n'aviez jamais regardé un seul épisode de la saga ? La sanction est alors sans appel. On vous dévisage, on vous demande si vous plaisantez (comment pourrait-il en être autrement), avant de poser la question couperet : "Mais, pourquoi ?"

C'est vrai ça, pourquoi n'aurions-nous pas vu et apprécié des films adoubés par une immense communauté de cinéphiles geeks dans le monde entier ? Sur le forum pour ados suisjenormal.fr, certains s'interrogent sur une possible déviance : "Je n'ai vu qu'un Star Wars, je n'ai pas aimé, je me suis endormie. Quand je l'avoue, les gens m'agressent presque (…). Est-ce normal ?" Oui, avouer que l'on n'aime pas Star Wars s'apparente à un coming-out extrêmement violent, comme en témoignent certaines personnes à Pixels (lien abonnés). Prendre le risque de dévoiler ce qui est une tare aux yeux de beaucoup, c'est finalement choisir de s'ostraciser.

Oui, la trilogie a très mal vieilli

"Un spectacle captivant, saturé d'effets spéciaux, riche en action et en trouvailles, écrasé de musique symphonique", écrivait Télérama en 1977 en parlant de La Guerre des étoiles. Mais, trente-huit ans plus tard, que reste-t-il de cet épisode fondateur ?

Soyons lucide : regarder en 2015 La Guerre des étoiles ne peut que provoquer le fou rire devant ces effets spéciaux ridicules et ces fondus au noir totalement désuets. Faut-il parler des costumes ? Celui de Dark Vador semble avoir été cousu pour Halloween. En très haute définition, on peut presque en apercevoir les coutures. Cette créature censée être l'incarnation du mal n'est finalement qu'un sociopathe asthmatique qui adore étrangler ceux qui le contredisent (le jeune Anakin Skywalker était probablement un adepte du jeu du foulard).

Oui, la prélogie ne sert à rien

Certes, il est facile d'excuser les petits garçons qui avaient 9 ans en 1977 et qui ont découvert avec leurs yeux émerveillés les aventures d'un jeune puceau qui apprenait à manier un néon. Mais comment trouver les mots pour comprendre ceux qui défendent les trois épisodes de la prélogie, déclinaison moderne de la saga culte ?

Avec sa débauche de personnages et d'effets spéciaux, George Lucas semble prendre sa revanche sur la technologie. Devenu milliardaire après la remasterisation de sa trilogie, l'homme se permet tout dans ces trois reboots qui ne portent pas leur nom. Sauf peut-être de satisfaire son public de fans transis d'amour.

Oui, les blagues font pschiiiit

Démuni devant tant de mépris, le fan de Star Wars vous rétorquera que "c'est quand même vachement drôle". Vraiment ? Avec des répliques aussi tordantes que "Piloter un engin dans l'hyperespace, c'est autre chose qu'une moissonneuse-batteuse" ou bien "Vous êtes venus dans cette casserole ? Vous êtes plus brave que je ne croyais", on frôle le malaise vagal. Star Wars est à des années-lumière d'une comédie, même dramatique.

En fait, le plus drôle dans Star Wars, ce sont tous les détournements imaginés par les fans, comme le rappelle Buzzfeed.

Oui, c'est juste une saga pour adolescents

"Nan, mais tu comprends pas, Star Wars, c'est un univers." Soyons clair, les fans de la saga ont souvent bien du mal à argumenter lorsqu'ils sont face à des êtres perplexes. George Lucas a bien créé un univers, comme J.R.R. Tolkien avec Le Seigneur des anneaux ou George R.R. Martin avec Le Trône de fer, mais soyons sérieux un instant. Le scénario de La Guerre des étoiles tient sur un confetti (un fermier part détruire l'arme secrète des méchants de l'Empire galactique) et ce fameux univers enrichi à longueur d'épisodes s'apparente plus à un Muppet show dans l'espace (surtout dans Le Retour du Jedi, summum de niaiserie et d'ennui) qu'à un bestiaire complexe.

Preuve de son inconsistance, on peut même résumer toute la saga en seulement trois minutes.

Entre les monologues ultra-niais d'un Z-6PO (C-3PO en VO) qu'on a constamment envie de débrancher, un aspirateur à roulettes qui se déplace comme par magie sur un sol rocailleux, une princesse inutile dont la seule passion semble être la coiffure et un yeti qui pousse des cris de tortue en rut, difficile de prendre au sérieux ces personnages, sûrement les moins attachants de la science-fiction.

N'en déplaise aux grands enfants qui ont vu La Guerre des étoiles en 1977 et attendent fébrilement la sortie du Réveil de la Force le 16 décembre, Star Wars n'est qu'une saga pour ados, comme Harry Potter ou Twilight. Car si George Lucas a longtemps hésité sur le public à cibler, il a fini par trancher. Comme le relève Laurent Aknin dans son ouvrage Star Wars : une saga, un mythe (éditions Vendémiaire), "le premier épisode de la prélogie paraît indiquer que ce dilemme est résolu, et que le choix s'est finalement porté sur un film infantile : le personnage principal, Anakin, est joué par un enfant, et certains personnages secondaires, à l'instar de Jar Jar Binks, relèvent d'un humour assez peu travaillé."

Oui, George Lucas est un génie, mais surtout du marketing

Les fans crient souvent au génie lorsqu'ils mentionnent George Lucas. Mais l'idée la plus brillante du créateur de Star Wars est certainement d'avoir tout misé (et surtout ses revenus) sur le merchandising. Auréolé du titre de "businessman stratosphérique du produit dérivé" par Libération, Lucas avait déjà écoulé pour 100 millions de dollars de jouets l'année qui avait suivi la sortie du premier épisode. Depuis, les revenus générés par le grille-pain Dark Vador, le bougeoir sabre-laser et autres objets essentiels comme la poubelle D2-R2 (R2-D2 en VO) sont estimés à plus de 15 milliards de dollars, selon Celebrity Net Worth (en anglais).

Certaines figurines en plastique représentant Luke Skywalker ou Chewbacca, commercialisées moins de 10 dollars en 1977, peuvent désormais s'échanger plus de 10 000 dollars, relate CBS News (en anglais). Un business qui fait le bonheur des collectionneurs, dont le plus furieux se vante à France Info de posséder plus de 500 000 objets dérivés de la saga.

Oui, mais on ne comprend pas tout du monde dans lequel on vit

Evidemment, ne pas connaître l'univers Star Wars a d'autres inconvénients, parfois plus gênants. Omniprésentes dans notre culture, les références aux films de la saga rendent notre monde plus obscur aux néophytes de la Force.

Découvrir Star Wars tardivement, c'est l'occasion de pénétrer un monde sectaire que seuls les initiés comprennent. Toutes les références plus ou moins subliminales prennent enfin sens. La récente publicité pour le jeu vidéo Star Wars Battlefront, directement inspirée par les trilogies, est un parfait exemple de ce que quelqu'un qui ne connaît pas la saga ne peut comprendre.

Aujourd'hui, on recense des centaines de films, de séries télé, de livres et de jeux vidéo qui font référence à l'univers de Lucas. Le site Star Wars Universe entreprend d'ailleurs de les répertorier. Pour les comprendre, il ne vous reste plus qu'à vous farcir les treize heures que durent les deux premières trilogies. Que la Force soit avec vous dans cette épreuve !