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Pour ou contre "Stoker", de Park Chan-wook avec Nicole Kidman ?

Le réalisateur d'"Old Boy" réalise son premier thriller hollywoodien, entre violence esthétisée et beauté vénéneuse. Un film mortel ?

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France Télévisions
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Une blonde, une brune : avec "Stoker", Park Chan-wook marche sur les traces d'Hitchcock. (TWENTIETH CENTURY FOX FRANCE)

Sous un soleil écrasant, dans le jardin familial, India, une jeune beauté brune (Mia Wasikowska), attend le retour de son père pour fêter ses 18 ans. Mais le patriarche ne rentrera jamais : il disparaît le jour-même dans un accident de voiture. Lors de son enterrement, un oncle mystérieux (Matthew Goode) fait son apparition. Il prend ses quartiers dans la maison et séduit la mère d'India (Nicole Kidman), attirant les soupçons de l'adolescente sur ses vraies motivations. Entre désirs incestueux et crimes sanglants superbement chorégraphiés, Stoker, de Park Chan-wook, en salles mercredi 1er mai, reprend les ingrédients qui ont fait le succès d'Old Boy. Mais cette première aventure hollywoodienne du réalisateur sud-coréen tient-elle autant en haleine ?

Contre : des clins d'œil à Hitchcock un peu lourdauds

La première demi-heure va sans doute agacer les amateurs du maître du suspens britannique. Park Chan-wook ne rend pas seulement hommage à son glorieux prédécesseur : il étale les emprunts. Le film s'ouvre dans un champ de maïs qui évoque La Mort aux trousses. Le va-et-vient d'une lampe qui se balance dans la cave et une scène de douche qui prend rapidement une tournure macabre renvoient directement à Psychose. Matthew Goode a de faux airs d'Anthony Perkins. Et bien sûr, le duo diabolique opposant brune et blonde platine est respecté (avec Nicole Kidman arborant le même brushing que Grace Kelly). On croyait pourtant que le biopic de l'oncle Alfred était sorti il y a plusieurs mois !

La gêne est d'autant plus forte que le thriller tarde à démarrer. Le jeu d'abord "mono-expression" de Matthew Goode (regard fixe lourd de sens et demi-sourire perpétuel) et Mia Wasikowska (en lolita gothique éternellement boudeuse) plombe un début de scénario déjà très contemplatif... qui a néanmoins l'avantage d'installer une atmosphère glaçante.

Pour : une œuvre romantique et vénéneuse

Car le film vaut moins pour son synopsis que pour son ambiance morbide et sulfureuse, qui évoquera aux amateurs d'art la grande exposition actuelle du musée d'Orsay sur le romantisme noir. Face à sa mère, grande bourgeoise qui reste le plus souvent cloîtrée à la maison, l'adolescente est une prédatrice qui fait corps avec la nature.

Le réalisateur porte d'ailleurs sur les êtres et les choses qui l'entourent un regard d'entomologiste. En gros plan, on suit l'ascension d'une araignée sur la cuisse de la jeune femme ou la lente déambulation d'un bousier qui pousse sa crotte. Mais la caméra s'attarde aussi sur les regards des acteurs, le mouvement de leurs doigts, le frémissement de leur peau : tout ce qui trahit l'animal sous l'humain.

A ce titre, il faut saluer la bande-son particulièrement soignée qui s'attarde sur de tout petits bruits (souffle, mastication...) et confère à ce thriller des allures de documentaire animalier. La musique, entre Summer Wine (par Nancy Sinatra) et duo de piano composé par Philip Glass, est délicieusement vintage.

Le moment où Diane et son oncle jouent ce morceau à quatre mains est d'ailleurs le plus savoureux de ce film chargé de tension érotique. Le désir, comme dans toute bonne œuvre romantique, n'est jamais très loin de la mort. Et les fans de Park Chan-wook peuvent se rassurer : le réalisateur n'a pas perdu la main pour donner aux scènes de violence des airs de ballets aussi beaux que cruels. Il déploie une débauche d'effets (flous, caméra à l'épaule, ralentis...) pour ferrer le spectateur. Avec succès.

Faut-il y aller ?

Oui. Même s'il met un peu de temps à démarrer, ce thriller sophistiqué, somptueux et sanglant garde les qualités des précédents films de Park Chan-wook.

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