"Phase IV" : l'unique film du génial graphiste Saul Bass dans un coffret DVD/Blu-ray en or

Le concepteur de génériques, affichiste et storyboardeur d'Hitchcock, Preminger, Kubrick et Scorsese, signait en 1974 un étrange film culte de science-fiction.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Lynne Frederick dans "Phase IV" de Saul Bass.  (Copyright Swashbuckler Films)

Invisible depuis des lustres, Phase IV de Saul Bass (1920-1996) est enfin disponible chez Carlotta, dans un splendide coffret "ultra collector" combo DVD/Blu-ray. Cette version restaurée est accompagnée d’un livre illustré de 200 pages, et de bonus inédits. Parmi eux : les huit courts métrages de ce maître du graphisme. Le film est également disponible à l’unité avec ses bonus.

Seul long métrage du collaborateur d'Hitchcock, Preminger, Kubrick et Scorsese, comme réalisateur de génériques, affichiste, ou storyboardeur, Phase IV est un curieux film de Science-fiction où des fourmis sous influence extraterrestre prennent le pouvoir sur Terre.

Culte

Dans le désert de l’Arizona, une série d’accident mortels, provoqués par des invasions de fourmis, suscite l’envoi de deux scientifiques pour endiguer le phénomène. Ils installent un laboratoire de campagne et recueillent la seule survivante d’une famille décimée. Ils découvrent que les insectes agressifs sont doués d’une intelligence et d’une stratégie implacable qui pourrait mener à une mutation de l’humanité.Sorti en 1975 en France, Phase IV s’insère dans une série de films au thème écologiste, tel Soleil vert (Richard Fleischer, 1973). Ils faisaient souvent appel à la thématique de la révolte animal, comme Frogs (George McCowan, 1972), ou Les Insectes de feu (Jeannot Szwarc, 1976). Plus sophistiqué dans son scénario et ses images que dans ces titres, le long métrage de Saul Bass n’a pas rencontré son public. Il a toutefois remporté le Prix spécial du jury au 3e Festival international du film fantastique d'Avoriaz en 1975, et a acquis le statut de film culte pour les amateurs de ce ce long métrage atypique à plus d’un titre.

"Phase IV" de Saul Bass. (CARLOTTA FILMS / Swashbuckler Films)
Graphiste hors norme, Saul Bass, également réalisateur de quelques courts-métrages, imprègne Phase IV de son art unique. Le laboratoire-coupole au milieu du désert, les curieuses colones et miroirs construits par les fourmis, la présence menaçante des insectes dans leurs souterrains et le labo, leur processus immunitaire contre les insecticides colorés… flirtent avec une esthétique expérimentale. Les rapports conflictuels des savants avec la jeune survivante qu'ils recueillent, le décryptage de l’évolution des fourmis, et l’énigmatique mutation finale, nourrissent un scénario aux interprétations multiples.CMS-ContentHasMedias_4601509

Saul Bass, maître de l’image

Le livre qui accompagne le film revient sur la carrière exceptionnelle de Saul Bass. Il est le concepteur de magnifiques génériques, comme celui de Sueurs froides d’Alfred Hitchcock, de Spartacus de Stanley Kubrick, ou de Casino de Martin Scorsese. Parmi ses affiches minimalistes et novatrices, ressortent celles de L’Homme au bras d’or, d’Autopsie d’un meurtre d’Otto Preminger, ou celle (américaine) de Shining de Stanley Kubrick.

L'affiche de "Autopsie d'un meurtre" de Otto preminger (1959). (Park Circus France)
Bass était un des rares réalisateurs de génériques crédités à l’image, souvent avec son épouse Elaine. Martin Scorsese disait de lui : "Ses génériques ne sont pas de simples étiquettes sans imagination - comme c'est le cas dans de nombreux films - bien plus, ils font partie intégrante du film en tant que tel. Quand son travail apparaît à l'écran, le film lui-même commence vraiment".Parmi ses morceaux de bravoure les moins connus ressort le storybooard de la célèbre scène de la douche dans Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock, reproduit à l’exact dans le film. Le grand Hitch n’était pas d’accord avec Bass au départ, le graphiste parvenant à imposer sa vision au maître du suspense. On peut donc considérer que Saul Bass est à l’origine d’une des scènes les plus célèbres et traumatisantes de l’histoire du cinéma.

L’histoire derrière le film

Le livret du coffret revient sur la lente gestation de Phase IV, ses multiples réécritures, les rapports difficiles entre les producteurs et le scénariste Mayo Simon, à l’origine du sujet, assisté de Barry N. Malzberg. Des aléas courants dans l’histoire des films, dont Phase IV est exemplaire. Les bonus incluent  à ce titre une fin alternative, voulue par le réalisateur, et rejetée par les producteurs. Ce récit inédit retrace le long cheminement que représente la réalisation d’un film, de son écriture et son interprétation par un réalisateur, jusqu’à sa sortie en salles.

Beau, passionnant et instructif, le coffret Phase IV contribue à la défense du marché physique de la vidéo qui en a bien besoin. Une pièce de choix dans sa vidéothèque.

Le coffret Ultra Collector de "Phase IV" de Saul Bass. (CARLOTTA FILMS)
Phase IV
De Saul Bass (1974, sorti en 1975 en France)
Avec : Nigel Davenport, Michael Murphy, Missy Yager, Wesley Jonathan
Durée : 1h27
Editeur : Carlotta Films
Coffret (DVD/Blu-ray + livre) : 49,99 euros, DVD : 19,99 euros, Blu-ray : 31,32 euros.

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