Les 10 films les moins bavards du cinéma parlant

Rares sont les films qui se sont aventurés sur les terres du muet depuis l'invention du cinéma parlant. Pourtant, le succès récent de The Artist prouve que le cinéma peut dire beaucoup de choses avec un minimum de mots.

Capture d\'écran de \"La Dernière Folie de Mel Brooks\", de Mel Brooks (1976).
Capture d'écran de "La Dernière Folie de Mel Brooks", de Mel Brooks (1976). (20TH CENTURY FOX)

"La parole est d'argent, le silence est d'or." Dans la vraie vie peut-être, mais au cinéma... Rares sont les films qui se sont aventurés sur le terrain du muet depuis l'invention du cinéma parlant, en 1927. Pourtant, le succès récent de The Artist et, auparavant, d'œuvres tout aussi taiseuses, prouve que le cinéma peut aussi dire beaucoup avec un minimum de mots. Voici dix films qui ont marqué l'histoire du cinéma avec rien - ou si peu - comme dialogues.

(En gras, nous indiquons la proportion des dialogues, à vue d'oreille, par rapport à l'intégralité du film.)

1. "Le Silence", d'Ingmar Bergman (1963)

Des horloges, un wagon, il fait chaud. Les premières images du film en disent déjà long. Comme souvent chez Bergman, Le Silence raconte l'histoire de deux sœurs radicalement opposées mais complémentaires, comme les deux faces d'une même pièce. Elles font escale dans l'hôtel d'une ville imaginaire, où les habitants parlent une langue impossible. L'une d'entre elles a un enfant : c'est lui que suit la caméra. Il découvre le monde adulte, la cruauté, l'ennui. Et un étrange maître d'hôtel avec qui il passe une partie de son temps. Dialogues : environ 12%.

2. "2001, l'odyssée de l'espace", de Stanley Kubrick (1968)

Le chef-d'œuvre du réalisateur américain ne s'ouvre pas seulement sur 25 minutes de semi-documentaire muet sur la naissance de l'Homme. Il prend le luxe, dans sa partie "spatiale", de faire usage de très peu de dialogues. Surtout, Kubrick ne remplace le silence intersidéral par rien, si ce n'est par la musique d'Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss ou du Beau Danube bleu de Johann Strauss (aucun lien entre les deux). Il ne faut pas oublier que le cosmos est rempli de vide, aucun son ne peut donc s'en échapper. Eh oui, Star Wars vous a menti... Dialogues : 11%.

3. "Duel", de Steven Spielberg (1971)

Vroum ! Pour son premier long-métrage, Steven Spielberg a fait fort. Un pauvre type à lunettes et voiture rouge se fait pourchasser pour une raison inconnue par un camion-citerne dont le conducteur ne dévoilera jamais son visage. Mis à part quelques escales aux stations-essence et un coup de fil déplorable à sa femme, le héros sans nom ne pipe pas mot. Il n'empêche, le suspense de ce Duel tient quand même parfaitement la route. Dialogues : 10%.

Scène d'introduction de Duel. Toute ressemblance avec le début du Grand Détournement, de Michel Hazanavicius...

4. "L'Ours", de Jean-Jacques Annaud (1988)

Jeunes ou moins jeunes, on a tous l'impression d'avoir vu ce film une fois durant notre vie. Ce dont on se souvient moins, peut-être, c'est que : 1/ la maman meurt dès le début et non à la fin 2/ les deux chasseurs, dont l'un n'est autre que Tcheky Karyo, ont à peu près autant de vocabulaire qu'un bébé ours. Petit ourson qui, d'ailleurs, finit par adorer les deux rustres, et vice versa. Elle est pas belle la nature ? Dialogues : 8%.

5. "La Captive du désert", de Raymond Depardon (1990)

Il s'agit bien d'une fiction et non d'un documentaire du réalisateur et photographe français. Depardon filme Sandrine Bonnaire, encore assez jeune, otage d'une bande de rebelles tchadiens. Quelques-uns connaissent le français, mais à quoi bon leur parler ? Bonnaire tente de tenir le coup malgré la chaleur, la lassitude et l'angoisse. Elle finira par être libérée après mille jours de captivité. Un film inspiré d'une histoire vraie : celle de l'archéologue Françoise Claustre, morte en 2006. Dialogues : 5%. 

La caravane de Raymond Depardon.

6. "Juha", d'Aki Kaurismaki (1999)

Ce petit film est l'un des plus singuliers de la liste et celui qui se rapproche le plus de The Artist. Il raconte l'histoire, assez banale, d'un couple dont la femme est tentée par un autre. Sa particularité est de le faire avec les codes du cinéma muet : noir et blanc, cartons avec dialogues, musique originale. Seule une parenthèse musicale jouée dans l'œuvre interrompt ce vaudeville finlandais, où se mêlent classique et folklore. Dialogues : 2%.

7. "Le Ballon rouge", d'Albert Lamorisse (1956)

Palme d'Or à Cannes en 1956, Le Ballon rouge est un moyen-métrage d'une folle poésie. Un petit garçon trouve sur son chemin, à Paris, un gros ballon qu'il décide de ne plus quitter. L'objet répond comme s'il était son compagnon, fait preuve d'audace, de compassion, d'humour... Image de l'obsession, de la magie, du désir, de la solitude ? Ce bout de plastique est une énigme captivante, dont le seul héros joue presque intégralement en silence. Dialogues : 1%.

8. "La Dernière Folie de Mel Brooks", de Mel Brooks (1976)

Des cartons pour les dialogues et de la musique : seule la couleur distingue réellement ce film des œuvres muettes du début du siècle. Le scénario de ce long-métrage, intitulé Silent Movie en anglais, évoque la démarche de The Artist. Trois hommes entendent faire accepter leur film muet à Hollywood (le muet est ici synonyme de burlesque, pour Brooks), mais les producteurs font tout pour les écarter. Une mise en abyme où seul un mot est prononcé, mais par le mime Marceau ! C'est le monde à l'envers. Dialogues : 0,1%.

9. "Le Bal", d'Ettore Scola (1983)

C'est loin d'être le meilleur film du réalisateur italien, mais il n'empêche, Le Bal a fait son petit effet à sa sortie en 1983, recevant notamment le César du meilleur film. Aucun dialogue pour ce huis-clos, seulement un décor de salle de bal, des couples d'acteurs et une myriade de chansons. Chacune d'entre elles donne lieu à une danse et renvoie à un moment de notre histoire récente. Ou comment les mœurs et le jeu amoureux peuvent être décryptés sur une simple piste de danse. Dialogues : 0%.

10. "L'Ile nue", de Kaneto Shindô (1960)

Le cinéma asiatique ne manque pas d'œuvres sans paroles. Nous ne citerons donc que L'Ile nue, portrait poignant d'une famille qui vivote sur une île quasi-déserte en se tuant au travail. La musique est celle de la nature ; les dialogues, ceux des regards. Un cinéma contemplatif, plein d'humanité, qui n'a pas pris une ride. Preuve que, parfois, moins on en dit... Dialogues : 0%.