Festival de Cannes 2023 : "Ama Gloria", le récit tendre et déchirant d'une enfant de 6 ans séparée de sa nounou

Pour son premier long métrage en solo présenté à l'ouverture de la Semaine de la critique, la réalisatrice Marie Amachoukeli explore avec tendresse l'amour d'une petite fille pour sa nounou cap-verdienne. Un récit d'apprentissage précieux et bouleversant.
Article rédigé par Ariane Combes-Savary
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Louise Mauroy-Panzani dans le rôle de Gloria, dans "Ama Gloria" de Marie Amachoukeli. (PYRAMIDE DISTRIBUTION)

Elle a le visage rond d'un poupon, des boucles brunes serrées que l'on devine indomptables et le rire malicieux. Elle a aussi de grands yeux bruns dissimulés derrière des lunettes en plastique plus grandes encore, et ce n'est pas un détail. C'est d'ailleurs chez l'ophtalmo que commence Ama Gloria, de la Française Marie Amachoukeli, qui a ouvert la Semaine de la critique à Cannes, mercredi 17 mai.

Le monde de Cléo, 6 ans, se résume à ce qui se passe tout près, ce qu'elle peut toucher et regarder. Un quotidien de petite fille, orpheline de mère, rythmé par la douceur et l'affection de sa nounou Gloria. Ces deux-là s'aiment fort, assurément. 

L'abandon comme une déflagration

Cléo se retrouve désemparée le jour où sa nourrice perd sa mère et décide de retourner au Cap-Vert s'occuper de ses propres enfants. Un abandon vécu comme une telle déflagration que le père de la petite fille consent à l'envoyer l'été au Cap-Vert auprès de celle qui l'a choyée. Cléo découvre alors une famille qu'elle ignorait, une grande fille déjà enceinte et un fils rebelle, deux enfants que Gloria avait laissés au pays pour gagner sa vie.

Marie Amachoukeli s'est inspirée de sa propre histoire pour imaginer Ama Gloria. Du désespoir immense qu'elle a ressenti au même âge lorsque la concierge de l'immeuble où elle vivait est retournée au Portugal s'occuper des siens. "J'ai passé une grande partie de mon enfance dans sa loge avec ses enfants", raconte la réalisatrice. Elles se sont revues quelques années plus tard. "J'ai été débordée d'émotion de me souvenir à quel point j'avais grandi dans son regard et dans ses bras et à quel point ils m'avaient manqué quand elle est partie, poursuit-elle. J'ai eu envie de réinterroger ça et d'essayer de comprendre ce que je n'avais pas compris enfant."

Entre Cléo et Gloria, un amour immense mise à l'épreuve de la séparation. (Pyramide Films)

Coller à la perception de l'enfant

Pour saisir les gestes tendres et la complicité, les mains caressantes de Gloria à l'heure du bain et les chansons douces murmurées au creux de l'oreille, Marie Amachoukeli a fait le choix de se concentrer sur les gros plans et d'utiliser tout au long du tournage une focale particulière, "une Leica 50", confie celle qui signe la réalisation et le scénario. "Cette optique crée une image à la fois très définie et très précise, tout en offrant une certaine douceur." Une manière de coller à la perception de l'enfant.

"J'ai un très grand appétit pour les visages, c'est une cartographie en soi. On peut se balader dans les visages aussi bien que dans les paysages et les plans larges."

Marie Amachoukeli

réalisatrice d'"Ama Gloria"

Autre choix singulier de la réalisatrice, le recours à l'animation pour raconter l'indicible, les sentiments mélangés et l'inconnu, tout ce qui échappe un peu à son héroïne. Quelques touches impressionnistes pensées comme des respirations, les contours flous d'une vie au loin, une narration confiée à Pierre-Emmanuel Lyet. "Je lui ai demandé de sortir du crayonné pour aller vers la peinture parce que j'avais besoin de matière, raconte Marie Amachoukeli. L'enjeu de l'animation sur ce film a été assez grand. Même si ce ne sont que 12 minutes du film, chaque peinture a été faite à la main, image par image, sur une table lumineuse. Ça fait des milliers de peintures. Ça a pris du temps. On n'a pas le droit de se tromper. Il y avait à la fois, un peu comme au début du cinéma, une excitation folle de voir l'animation terminée et en même temps la peur de s'être trompé."

Il en ressort une œuvre délicate et pudique, un récit tout en retenue qui oscille entre des moments de bonheur et de complicité intenses et des séquences de mélancolie absolue. Un film qui interroge aussi en creux la place de ces nounous originaires de l'étranger contraintes d'abandonner leurs enfants pour gagner leur vie en France.

Le film fait la part belle au pays d'origine de Gloria et les dialogues, chose rare, sont tous en créole cap-verdien. Il sera présenté début juin sur l'île de Santiago, où s'est déroulée une grande partie du tournage. Un moment attendu avec impatience et fébrilité par Marie Amachoukeli, presque autant que la projection cannoise.

La fiche

Genre : Récit d'apprentissage
Réalisatrice : Marie Amachoukeli
Acteurs : Louise Mauroy-Panzani, Ilça Moreno Zego, Abnara Gomes Varela, Fredy Gomes Tavares, Arnaud Rebotini, Domingos Borges Almeida
Pays : France
Durée :  1h24
Sortie : 30 août 2023

Synopsis : Cléo a tout juste 6 ans. Elle aime follement Gloria, sa nounou qui l'élève depuis sa naissance. Mais Gloria doit retourner d'urgence au Cap-Vert, auprès de ses enfants. Avant son départ, Cléo lui demande de tenir une promesse : la revoir au plus vite. Gloria l'invite à venir dans sa famille et sur son île, passer un dernier été ensemble.

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