VIDEO. On a rencontré Alain Delon à Cannes : "On peut discuter ce que l'on veut à propos de moi, mais pas ma carrière"

À 83 ans, Alain Delon n'a jamais été récompensé par le Festival de Cannes. Dimanche 19 mai, l'acteur doit recevoir une Palme d'or d'honneur pour récompenser l'ensemble de sa carrière. Rencontre avec le vieux lion du cinéma français.

franceinfo / Radio France

C'est un Alain Delon détendu et toujours aussi charismatique qui nous a reçu au café des Palmes, au palais des Festivals de Cannes, samedi 19 mai. Âgé de 83 ans, l'icône du cinéma français n'a jamais été récompensé par le Festival de Cannes qui a prévu de lui rendre hommage en lui remettant une Palme d'or d'honneur, dimanche 19 mai. Une décision qui ne fait pas l'unanimité aux États-Unis, où une association a fait circuler une pétition, reprochant à l'acteur des propos "homophobes, racistes et misogynes".

franceinfo : Vous revenez à Cannes avec qui vous avez une riche histoire. Il y a bien sur la Palme d'Or pour Le Guépard de Visconti en 1963. Il y aussi eu de l'incompréhension parfois. Aujourd'hui c'est l'heure de l'apaisement ?

Alain Delon : Je crois que c'est l'heure de l'apaisement et ils l'ont prouvé parce qu'ils veulent absolument m'offrir [la Palme]. Chose pour laquelle j'étais contre et je leur ai toujours dit. Parce que je pensais que c'est les réalisateurs qui devaient avoir ça et pas moi. Moi je n'étais qu'un premier violon, qu'un grand pianiste mais c'étaient eux les chefs d'orchestre et, à mon avis, c'est eux qui devaient avoir quelque chose. Malheureusement, ils sont tous partis. Visconti, René Clément, Losey sont tous partis donc j'accepte.

Le film qui sera projeté demain, c'est Monsieur Klein, de Joseph Losey, que vous avez produit et énormément défendu.

Le film n'aurait pas existé sans moi et sans Jo, parce qu'il avait été écrit par des Italiens très très très talentueux dont j'ai oublié le nom. C'est un ami à moi qui me l'a amené en me disant : "Ils ne veulent plus le faire, à cause des problèmes de production, de compréhension etc." Il me dit : "Est ce que tu veux le lire ?" Je l'ai lu, je l'ai fait lire à Jo. Trois jours après on avait décidé de produire et de faire le film.   C'est une pure merveille.

Ceux qui ne sentent pas ça en voyant ce film, ils n'auraient rien compris à Delon ?

Oui parce que ça n'a strictement rien à voir avec le Delon connu, le Delon apprécié, le Delon recherché, le Delon voulu, le Delon souhaité, toujours un flingue à la main etc…ça n'a strictement rien à voir ! Je suis très très très heureux d'avoir fait Monsieur Klein.

Est-ce qu'on vous a fait payer dans votre vie le fait d'être aussi beau, avec les origines que vous avez eues ?

Jean Marais me l'a expliqué un jour, au début de ma carrière il m'avait dit : "Tu verras, tu es beau comme un dieu, ils te le feront payer cher."

Vous pardonnez aujourd'hui à ceux qui ont reconnu leur erreur sur vous ?

Ils ont le droit de penser ce qu'ils veulent, ce n'est pas mon problème ! On peut discuter ce que l'on veut de moi, beau pas beau, capricieux, pas poli, etc….mais pas ma carrière. C'est pour ça que je suis là aujourd'hui, c'est pour ça que je suis là ce soir. Parce que s'il y a une chose au monde dont je suis fier, c'est ma carrière.  

Qu'est-ce que ça fait d'être immortel Alain Delon ?

Non je ne suis pas immortel ! Je le serai quand je serai mort (rires) ! Ça fait du bien ou ça fait plaisir suivant le parcours qu'on a eu ou suivant les origines. Je suis venu de rien, je suis sorti de rien. J'étais condamné à mort très tôt, je suis ressorti d'Indochine vivant. Si le cinéma n'était pas venu à moi je ne serais pas là ce soir.  

Cela aide à envisager la dernière scène plus sereinement ?

Je suis tout à fait serein. Parce que, vous l'avez déjà entendu et je vais me répéter, mais je ne supporte pas l'époque actuelle, je n'aime pas l'époque actuelle. Je partirai sans regrets.  

Alain Delon, le 18 mai 2019.
Alain Delon, le 18 mai 2019. (FRANCEINFO)