"1984" d'Orwell, une intarissable source d'inspiration

L'illustrateur américain Shepard Fairey développerait une adaptation au cinéma du roman de l'écrivain britannique. Publié en 1949, ce livre a influencé de nombreux artistes. Petite liste non-exhaustive.

Une affiche de Shepard Fairey à Los Angeles (Etats-Unis).
Une affiche de Shepard Fairey à Los Angeles (Etats-Unis). (A SYN / FLICKR)

Le site spécialisé The Hollywood Reporter (article en anglais) l'a annoncé mardi 21 mars : l'artiste américain Shepard Fairey, célèbre notamment pour avoir créé l'affiche de campagne de Barack Obama en 2008, serait en train de développer une nouvelle adaptation de 1984, la célèbre dystopie de George Orwell, publié en 1949. Outre deux films, l'un de Michael Anderson en 1956 et l'autre, plus connu, de Michael Radford en 1985, le roman glaçant de l'écrivain a inspiré de nombreux artistes, musiciens ou cinéastes. Voici quelques-unes des œuvres qui lui rendent hommage.

• Dans la rue

Shepard Fairey lui-même s'accapare l'imagerie de la propagande (on pense notamment à l'Union soviétique) pour lancer en 1999, à New York et Los Angeles notamment, la "campagne" OBEY Giant, sous forme de pochoirs, stickers, peintures ou collages sur des murs, des immeubles ou des panneaux publicitaires.

Certaines créations font beaucoup penser à 1984, comme ce poster, où l'on peut lire "OBEISSEZ, ne croyez jamais ce que vous voyez, croyez ce qu'on vous dit". Ou font ouvertement référence au livre, comme cette affiche qui illustre la maxime bien connue du roman d'Orwell : "Big Brother vous regarde". Big Brother c'est, dans le roman, le chef du Parti, représenté comme un homme d'environ 45 ans, blanc et moustachu. Objet d'un culte de la personnalité, il n'apparaît cependant jamais en personne.

• Au ciné et à la télé

Dans le loufoque et kafkaïen Brazil (1985), Terry Gilliam dépeint un gouvernement totalitaire à la 1984. Le personnage principal, Sam Lowry est, à l'instar de Winston Smith, fonctionnaire au sein d'une supermachine bureaucratique, le ministère de l'Information. Mais alors que Smith est chargé de rectifier des documents historiques pour que le Parti ait toujours raison, c'est quand Lowry tente de corriger une erreur que les problèmes commencent. Gilliam a affirmé à certains journalistes n'avoir jamais lu le livre d'Orwell. Pourtant, le film devait s'appeler 1984 and a 1/2. Il a été rebaptisé après la sortie de l'adaptation de Michael Radford au cinéma, et pour ne pas avoir de problèmes avec les héritiers de l'écrivain.

Pile cinquante ans après le publication de 1984, "Big Brother" débarque en 1999 sur les écrans néerlandais sous forme de programme de téléréalité. Le logo de l'émission est un œil, preuve que Big Brother nous regarde bel et bien. Et à moins d'avoir vécu dans une grotte ces treize dernières années, le concept vous est forcément familier, avec ses déclinaisons françaises "Loft Story", "Dilemme" ou "Secret Story". Une douzaine de candidats, enfermés durant plusieurs semaines dans une maison, sont filmés en permanence par plusieurs caméras.

En 1984, Apple fait appel à Ridley Scott pour réaliser la publicité qui annonce la sortie du premier Macintosh. "Et vous verrez pourquoi 1984 ne sera pas comme 1984", nous promet-on : Apple contre l'hégémonie PC. Le spot n'a été diffusé qu'une seule fois, le 22 janvier 1984, lors du troisième quart-temps du Super Bowl, soit deux jours avant la sortie de l'ordinateur.

• Dans la pop et le rock

David Bowie voulait monter une adaptation musicale du roman d'Orwell, mais les ayants droit de l'écrivain refusent. Certaines des chansons déjà composées ont fini sur l'album Diamonds Dogs (1974), vision sombre et sexuée d'un monde postapocalyptique, avec des chansons comme 1984 ou Big Brother ("Quelqu'un pour nous tromper, quelqu'un comme toi / C'est toi que nous voulons, Big Brother, Big Brother").

Le sexe y est très largement abordé par Bowie, peut-être un signe de rébellion, car dans le livre d'Orwell, le Parti, qui tente d'annihiler l'instinct sexuel pour garder le contrôle sur la population, plébiscite le célibat et l'abstinence. "Quand on fait l'amour, on brûle son énergie. Après, on se sent heureux et on se moque du reste. Ils ne peuvent admettre que l'on soit ainsi", explique Julia, avec qui le héros du livre vit une relation amoureuse illicite.

Les Britanniques Radiohead font traîner une référence au roman avec le titre 2 + 2 = 5, qui ouvre leur sixième album, Hail to the Thief (2003). C'est l'illustration même du principe de "doublepensée" imaginé par Orwell, LE symbole du pouvoir du Parti, qui peut modifier à l'envi la vérité objective s'il l'estime nécessaire. Au début, Winston Smith écrit dans son journal que "La liberté, c'est la liberté de dire que deux et deux font quatre". Il est par la suite livré aux autorités, qui ont trouvé ses écrits et, à force de torture, réussissent à lui faire croire quelques instants que deux et deux font cinq. Thom Yorke, le leader de Radiohead, a d'ailleurs affirmé dans une interview que l'album répondait à "la montée de la 'doublepensée', de l'intolérance et de la folie généralisées".

Le titre de l'album évoque aussi la phrase utilisée par les démocrates pour saluer la victoire de George W. Bush à la présidentielle américaine de 2000, remportée avec moins de voix que son adversaire Al Gore, mais grâce à celles des grands électeurs. La phrase originale, "Hail to the chief !" (Salut au chef !) a ainsi été détournée en "Hail to the thief !" (Salut au voleur !).

Le groupe Muse a, lui aussi, rendu hommage à 1984, sur l'album The Resistance (2009). Avec notamment United States of Eurasia, du nom d'un des trois super-Etats qui composent le monde de 1984, et Resistance, qui décrit la relation amoureuse de Winston et Julia : "Etouffe tes prières d'amour et de paix / Tu réveillerais la Police de la Pensée". Cet organe, qui existe dans le roman, est chargé de punir les "criminels de pensée" grâce notamment aux "télécrans", ces écrans omniprésents en Oceania, qui en plus de diffuser des programmes de propagande surveillent en permanence chaque habitant. "Le crime de penser n'entraîne pas la mort. Le crime de penser est la mort", répète le personnage principal.

Thème omniprésent du roman, la guerre est un motif récurrent dans ce disque de Muse. "La guerre, c'est la paix" est l'un des trois slogans du Parti, qui encourage les mentalités belliqueuses.