"Viva Latina !": le festival de la photo de La Gacilly offre une plongée grand format en Amérique latine avec Sebastiao Salgado

La 17e édition consacrée aux multifacettes du sous-continent est dominée par l'iconique photographe brésilien.

Le photographe brésilien Sebastiao Salgado lors de sa nomination à l\'Academie des Beaux Arts de Paris en 2016.
Le photographe brésilien Sebastiao Salgado lors de sa nomination à l'Academie des Beaux Arts de Paris en 2016. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Les belles demeures de pierre, les ruelles pentues, bords de rivière, au milieu des fleurs et de la verdure, offrent un cadre idéal au festival de la photographie de La Gacilly (Morbihan) dont la 17e édition s'est ouverte samedi 4 juillet. Loin des contraintes sanitaires, les expositions grand format et en plein air ont pour thème cette année l'Amerique latine, avec comme figure tutélaire le photographe brésilien Sebastiao Salgado : "Viva Latina !"

"Ruée vers l'or vert"

Fidèle au fil conducteur du festival depuis sa création, le lien entre l'Homme et la nature, le choix de l'Amérique latine s'est imposé pour cette édition car, "à l'été 2019, nous avons tous été émus par ces images de l'Amazonie en feu. C'est aussi un continent qui, depuis un an, vit des soubresauts avec l'élection de nouveaux dirigeants et des situations de crise", explique Cyril Drouhet, commissaire des expositions.

Même si le festival est resserré par rapport aux années précédentes, les expositions éclairent les différents défis auxquels doit faire face le continent.

La Brésilienne Carolina Arantes illustre cette "ruée vers l'or vert" en Amazonie au coeur de l'Etat du Parà, dans la ville d'Altamira, "une sorte de nouveau Far West" et "une des villes les plus affectées par ces incendies" volontaires pour défricher des terres prises sur la forêt. Pendant ce reportage, "je sentais l'odeur du bois qui brûlait, parfois je marchais dans les cendres qui montaient jusqu'aux chevilles", raconte la photographe.

Le festival de la photographie de La Gacilly (Morbihan) en 2018.
Le festival de la photographie de La Gacilly (Morbihan) en 2018. (BERTHIER EMMANUEL / HEMIS.FR / HEMIS.FR)
L'Américaine Nadia Shira Cohen, lauréate du prix Photo Fondation Yves Rocher en partenariat avec le festival Visa pour l'Image (Perpignan), présente un autre volet de cette confrontation entre mondes ancestraux et irruption d'une modernité destructrice à travers son reportage consacré au "miel des dieux": au Yucatan (Mexique), les communautés mennonites venues des Etats-Unis ont introduit OGM et pesticides au détriment de la qualité du miel qui constituait une source essentielle des revenus des agriculteurs Mayas devenus minoritaires.

Sebastiao Salgado : "c'est très surprenant"

Mais d'autres expositions célèbrent aussi la beauté de cette nature sud-américaine, comme les images de Tomàs Munita dans le sud chilien où des gauchos perpétuent la traque des taureaux sauvages. Ou dans la série de l'Equatorien Pablo Corral Vega qui a parcouru la Cordillère des Andes de la Patagonie jusqu'aux Caraïbes. Particularité de cette dernière exposition : elle est accompagnée de courtes fictions écrites par le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Liosa, inspiré par ces photographies.

Trois photographes de l'AFP, qui a établi un partenariat avec La Gacilly, présentent également une sélection de leur travail sur le continent sud-américain: Martin Benetti pour le Chili et les effets de l'industrie sur la nature, Pedro Pardo pour le Mexique et la fameuse frontière avec les USA, Carl de Souza pour un travail au Brésil sur la révolte des Indiens d'Amazonie.

Des promeneurs au festival de la photographie de La Gacilly (Morbihan) en 2018.
Des promeneurs au festival de la photographie de La Gacilly (Morbihan) en 2018. (BERTHIER EMMANUEL / HEMIS.FR / HEMIS.FR)
Quant à Sebastiao Salgado, présent ce weekend dans le village morbihannais, il apparaissait heureux d'y voir exposées une quarantaine de photos de sa série Gold, réalisée en 1986 sur les orpailleurs dans la Serra Pelada (Brésil), avec lesquels il avait passé 35 jours et 35 nuits dans cette mine à ciel ouvert aux allures de ruche inhumaine. "Je n'ai jamais vu ces photos agrandies dans cette proportion, c'est très surprenant (...) J'ai l'impression que je suis dans la mine à nouveau et qu'ils vont rentrer dans la terre comme ils faisaient là-bas", a-t-il confié à l'AFP.

Décalé d'un mois - il commence habituellement début juin -, le festival se prolongera cette année jusqu'au 31 octobre. Après beaucoup d'hésitations, le maire, Jacques Rocher, s'est réjoui que, finalement, la manifestation, qui accueille chaque été environ 300 000 visiteurs, ait pu être maintenue. Le festival, ce sont "sept millions d'euros par an" qui reviennent "aux commerçants et aux artisans d'art", a-t-il rappelé.