Beau et mélancolique, chercheur dans l'âme, peintre de génie : qui était Léonard de Vinci ?

Qui était l'homme Léonard de Vinci ? Il était tout à la fois organisateur de fêtes somptueuses de métier, chercheur né, mû par une curiosité insatiable et artiste génial désireux d'être au plus près la réalité.

Statue représentant Léonard de Vinci en façade de la Galerie Uffizi à Florence
Statue représentant Léonard de Vinci en façade de la Galerie Uffizi à Florence (MANUEL COHEN / MANUEL COHEN)

Parmi les multiples facettes qui caractérisent Léonard de Vinci : une curiosité insatiable pour décrypter le monde et une insatisfaction qui le contraint à remanier sans cesse pour être au plus près la réalité.

Enfant aisé mais malheureux

Né en 1452 dans une petite ville près de Florence (Vinci), enfant illégitime, fruit d'une liaison hors mariage, malheureux affectivement. Léonard ne l'est pas matériellement, il est issu d'une grande lignée de notaires toscans. Il va très tôt se passionner pour les sciences naturelles. Son goût pour la science est peut-être une façon de fuir une réalité douloureuse, a-t-on analysé. Freud s'est intéressé à cette jeunesse dans son essai Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, dans lequel il tente de percer l'inconscient de l'artiste.

"Beau et mélancolique"

Très vite, quand il s'établit à Florence, il découvre l'atelier du réputé Verrocchio
et fréquente les puissants. Selon Louis Frank, un des commissaires de l'exposition, il était "un homme grand, fort, très beau, lucide et mélancolique", qui "aimait beaucoup parler de ce qu'il faisait. Sa démarche était très rationnelle et pas du tout ésotérique". Il s'habillait d'une façon qui le faisait remarquer. En outre, n'ayant besoin de rien, matériellement assisté par les mécènes et les princes, "il avait fondamentalement le temps et il le prenait"

Homosexuel ?

Son homosexualité a beaucoup été commentée. Y compris à travers certains de ses portraits de femmes, assez androgynes. Il sera accusé à Florence de "sodomie" avec un prostitué. On a parlé d'une liaison avec son assistant Salai, et d'autres jeunes hommes. Mais rien n'est attesté. "En fait, on ne sait presque rien de sa vie privée. Il n'a pas laissé de documents, alors qu'il a écrit de très beaux textes", déclare, prudent, Louis Frank.

Son métier : "distraire"

Son vrai métier sera d'organiser des spectacles extraordinaires pour les princes et leur cour. "C'était son métier de distraire, de raconter des histoires, il était très amusant", dit le commissaire. Il y consacrait beaucoup de temps.

Chercheur passionné

Il y a ensuite le chercheur né, passionné. Recherches en anatomie, botanique, mécanique, astronomie, architecture. Il veut comprendre l'intérieur des phénomènes. "Il avait un sentiment intense du passage des choses, de l'universelle destruction. Il estimait que les quatre éléments - terre, air, feu, eau - désiraient revenir au chaos initial", souligne encore Pierre Frank.

Corps et machines

Le corps humain, ses proportions, son harmonie ou sa disharmonie, le visage, ses expressions le fascinent. Ainsi son Homme de Vitruve exposé au Louvre définit les proportions du corps. Ses découvertes scientifiques qu'il couche dans les multiples croquis de ses codex lui permettront d'imaginer des machines, seront des sources d'inspiration pour les savants. Parfois, ses machines sont purement utopiques. Il rêve sûrement de voler.

Au service du condottiere Borgia, il sera même un temps ingénieur militaire et concevra des plans de machines de guerre. Surtout la botanique le fascine jusqu'à la fin de sa vie, près d'Amboise. Il se plait à l'étude de la lumière, du relief, des plantes, des animaux. Cela donne dans ses tableaux des fonds, des détails extrêmement bien étudiés, même si les personnages focalisent l'attention.

Inspiration mystique

Les thèmes religieux du Salut - autour la Vierge, Sainte-Anne, Saint Jean-Baptiste, le Christ "Salvator Mundi", Saint Jérôme - l'inspirent profondément. Croyant mais pas pieux. Dans sa Sainte-Anne, il met beaucoup d'humanité, d'humanisme : le Vierge doit-elle retenir son enfant ou le laisser partir vers son destin ?

Peintre génial au service de la "vérité de l'être humain"

Toute cette connaissance d'une vie, il la verse dans sa recherche picturale des visages, des expressions, de la vibration qui émane des silhouettes (qu'il va rendre grâce à la technique du "sfumato"). Il laisse inachevé des parties entières pour faire ressortir l'essentiel. "Plus il avance dans sa carrière, plus il se concentre sur l'expression lui-même... Il supprime pour mettre en valeur les visages et l'expression des sentiments humains", souligne l'autre commissaire Vincent Delieuvin. Comme s'il ressentait avec l'âge la nécessité d'aller à l'essentiel. Pour Léonard, "la peinture doit restituer la vérité de l'être humain, son anatomie, les passions de l'âme, mais aussi le monde", souligne-t-il.