Qu'ont en commun Findus, François Hollande, Nicolas Sarkozy ou encore le peuple roumain tout entier ? Tous ont fait, ou devraient faire, plus attention à leur e-réputation.

Car tous ont eu à souffrir de leur image en ligne. Mais contrairement à vous, le numéro un français des produits surgelés ne risque pas de se faire "googliser" avant un entretien d'embauche ou à la sortie d'un premier rendez-vous. Etait-ce vraiment une bonne idée de poster sur YouTube cette vidéo de votre enterrement de vie de garçon ? De livrer sur votre blog le fond de votre pensée au sujet de votre dernier employeur ? Ou de disserter sur votre mur Facebook à propos des avantages comparés de vos (très) nombreuses conquêtes ?

Avant de courir louer les services d'une agence spécialisée dans l'e-réputation, voici cinq conseils pour reprendre le contrôle de votre image en ligne et économiser quelques centaines d'euros en même temps que de nombreux ennuis.

1Prenez la mesure du chantier

En matière d'e-réputation, les moteurs de recherche, à commencer par Google, sont à la fois vos pires ennemis et vos meilleurs amis. Commencez donc par effectuer une recherche sur votre nom en utilisant des guillemets, histoire de mesurer l'ampleur des dégâts. Si vous avez de la chance, vos très nombreux homonymes se chargeront pour vous de brouiller les pistes. Si, comme pour François Hollande, tel n'était pas le cas, notez que les ennuis peuvent commencer avant même que vous ayez cliqué sur le bouton "recherche".

Vous n'avez pas fini de poser la question que Google vous suggère déjà une réponse. Ce service se nomme Google Suggest. Il s'appuie sur différents éléments de référencement ainsi que sur la fréquence à laquelle les utilisateurs associent ces mots dans leurs recherches.

Il arrive que des indélicats s'amusent à influencer ces paramètres. On appelle cela le "Google bombing", un phénomène en vertu duquel, pour Google, Findus est spécialisé dans le "cheval" et les Roumains sont "des voleurs". Heureusement, il y a peu de risques que cela vous arrive. Une fois la recherche sur votre nom effectuée dans Google, dressez la liste des liens qui conduisent vers des contenus négatifs, et notez également ceux qui vous valorisent.

2Reconsidérez votre usage des réseaux sociaux

De nombreux résultats ne remontent pas toujours dans les moteurs de recherche. C'est notamment le cas des contenus postés sur les réseaux sociaux. Pourtant, certains sont bel et bien publics, et n'importe qui possédant un compte sur le même réseau que vous pourra y avoir accès.

Avec Twitter

Vous êtes automatiquement averti lorsque votre adresse (@votrepseudonyme) est mentionnée dans un tweet. Les notifications apparaissent dans l'onglet "@connecter". Mais ce n'est pas le cas lorsque l'on cite simplement votre nom. Pour y remédier, utilisez le champ de recherche placé en haut de votre écran.

Sur Facebook

Une équipe de chercheurs de l'université de Cambridge s'est mis en tête de vérifier ce que nos "likes" révèlent de nous. Les résultats de cette étude (en anglais), réalisée à partir de 58 000 comptes Facebook, sont glaçants. Les chercheurs ont été capables de déterminer le genre, le quotient intellectuel, l'orientation sexuelle mais également les opinions politiques et religieuses des utilisateurs avec un taux d'erreur inférieur à 20%.

On imagine le résultat s'ils avaient pu avoir accès au mur, aux commentaires, aux photos et aux informations personnelles de leurs cobayes. Heureusement, vous avez théoriquement tous les outils à votre disposition pour régler les paramètres de confidentialité de votre compte, de façon à limiter l'accès à vos publications.

Dans la pratique, vous partagez certainement beaucoup de choses avec vos "amis", qui eux-mêmes partagent encore bien davantage avec la terre entière. D'ailleurs, vos "Facebook friends" sont-ils vraiment vos amis ? C'est la question que vous pose le site Soyez net sur le Net, lancé début février par la mairie de Paris, en partenariat avec Reputation Squad, une agence spécialisée. Ce site permet à l’internaute de prendre conscience de ce qu'il laisse filtrer de lui sur la Toile. Il se propose en outre de noter votre réputation virtuelle à travers votre page Facebook.

Avec un score inférieur à 75%, sans doute est-il temps de procéder à un grand nettoyage de printemps.

3Effacez vos traces

En attendant que soit adopté un jour le droit à l'oubli sur internet, les internautes ne sont pas condamnés pour autant à traîner leurs casseroles virtuelles derrière eux pour l'éternité. Dans de nombreux cas, il est possible de faire supprimer purement – mais pas forcément simplement – les contenus gênants.

Sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux représentent le cas le plus simple puisque, la plupart du temps, vous êtes vous-même l'auteur des contenus qui pourraient nuire à votre réputation. Par exemple, sur Facebook, il vous suffit de vous rendre sur votre profil et de cliquer sur l'onglet "historique personnel" pour accéder à toutes vos publications et, le cas échéant, les faire disparaître.

En cliquant sur le pictogramme en forme de crayon puis en sélectionnant l'option "supprimer", vous pourrez facilement faire le ménage. L'opération peut vite s'avérer fastidieuse, notamment si vous vous exprimez beaucoup et jurez souvent. Les plus paresseux pourront tirer avantageusement parti de services en ligne comme Simple Wash (qui fonctionne également pour Twitter).

S'il est loin d'être infaillible, ce service, qui fonctionne par recherche de mots-clés, est opérationnel dans plusieurs langues, y compris le français. Il est capable de détecter et de lister pour vous les contenus vulgaires ou outrageants que vous auriez laissé échapper. Si vous n'êtes pas à l'origine des contenus qui vous gênent, commencez par contacter leur auteur en lui envoyant un message courtois. D'après les équipes de modération de Facebook, cela fonctionne dans 80% des cas. Le reste du temps, employez la manière forte en signalant les contenus en question. Rendez-vous dans "aide > signaler un problème".

Sur les sites sérieux

Sur un site que vous ne contrôlez pas, il est naturellement possible de demander la suppression d'un élément gênant, qu'il s'agisse d'un commentaire ou d'une photo. Il vous suffit d'identifier le nom du responsable éditorial du site et de lui adresser un message exposant votre cas et votre requête. Ses coordonnées sont le plus souvent mentionnées en bas de la page d’accueil dans la partie "contact" ou "informations légales".

Ailleurs sur le web

Dans le cas d'un site où ces informations seraient incomplètes, vous pouvez tenter d'identifier l'éditeur du domaine en question et entrer en contact avec lui en accédant à la base de données "Whois", qui répertorie les adresses IP et les propriétaires de noms de domaine.

4Contre-attaquez

Si les coordonnées de l'éditeur du site n'apparaissent pas dans la base Whois, ce qui reste fréquent, ou si celui-ci s'entête à ignorer vos demandes, avant d'employer des moyens légaux, il vous reste une dernière option : reléguer la page qui vous pose problème dans les profondeurs du web en la submergeant d'une masse de contenus positifs. Bien souvent, celui qui vous "googlera" ne décortiquera que la première page des résultats, en général une dizaine de liens.

En créant du contenu positif, vous occuperez l'espace à votre avantage. Les pistes les plus évidentes pour y parvenir consistent à créer un blog en votre nom, à vous inscrire sur plusieurs réseaux sociaux professionnels et, pourquoi pas, à déposer un domaine du type "VotreNomEtPrénom.com". Si vous n'avez pas le courage de vous lancer vous-même dans une telle entreprise, c'est le moment de reconsidérer l'option qui consiste à faire appel à une agence de e-réputation.

5Gardez le contrôle

Une fois votre réputation rétablie, ou au moins maquillée en bonne réputation, vous pourriez avoir envie de garder un œil sur ce qui se dit de vous sur internet. Les outils qui vous permettent de surveiller votre image et l'utilisation de votre nom sont nombreux en ligne. Le plus simple est un service d'alertes proposé par le géant de Mountain View : Google Alert.

Pour y accéder, rendez-vous sur la page d'accueil de Google, cliquez sur l'onglet "Plus" en haut de la page, puis sur "Encore Plus", et sélectionnez le service en question.

Vous n'avez plus alors qu'à paramétrer une ou plusieurs séquences de mots-clés, par exemple vos nom et prénom, et à régler la fréquence à laquelle vous souhaitez être alerté. A chaque fois que vous serez cité dans les pages qu'il répertorie, Google vous en tiendra informé par e-mail.

Mais Google n'indexant pas toute la toile, et au risque de devenir vraiment narcissique, vous pourrez vous tourner vers des outils plus complets comme Youseemii ou Yatedo, qui fonctionnent comme des méta-moteurs personnels et vous permettront d'assurer une veille complète autour de votre nom, y compris sur les réseaux sociaux. Si vous êtes président de la République, vous pourrez aussi bien vous contenter des enquêtes d'opinion.