Vendée Globe : "Tu fais une super course, tu vas les avoir à l'usure !", Kévin Escoffier encourage son sauveur Jean Le Cam depuis La Réunion

Dix jours après avoir était secouru en mer par son ami et concurrent finistérien, le skippeur de Saint-Malo est arrivé sur la terre ferme ce jeudi. Franceinfo a pu joindre les deux marins qui ont chacun pris des nouvelles de l'autre.

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Le skippeur Kevin Escoffier à son arrivée sur l'île de la Réunion, jeudi 10 décembre 2020. (RICHARD BOUHET / AFP)

Dix jours après le naufrage de son bateau alors qu'il naviguait en troisième position du Vendée Globe dans les mers du sud en direction du Cap de Bonne-Espérance, Kevin Escoffier a posé le pied à terre à La Réunion, jeudi 10 décembre. Vers 12h30, heure de Paris, le skipper de PRB a descendu la passerelle du Nivôze, une frégate de la Marine nationale qui l'avait récupéré après six jours passés sur l'IMOCA "Yes we Cam !" de son sauveur et concurrent du Vendée Globe, Jean Le Cam. À cette occasion, franceinfo a pu joindre les deux marins qui ont chacun pris des nouvelles de l'autre.

"Salut Jean !", s'exclame d'abord Kevin Escoffier avant de s'enthousiasmer : "Franchement, ça fait plaisir, tu fais encore une super course ! Je pense fort à toi parce que je connais le rythme des bateaux et je sais que la fatigue ne va pas aller vers du mieux." Jean Le Cam sort effectivement éprouvé par deux jours de vents violents et de mer agressive mais "ça va, ça s'est un peu calmé", lui répond-il. "La mer est beaucoup plus malléable qu'elle ne l'était les jours précédents. C'était vraiment pas possible mais là on va vers du mieux."

"Il va les avoir à l'usure !"

Cela fait maintenant quatre jours que Jean Le Cam a repris son cap seul. Avec l'opération de sauvetage de Kevin Escoffier, le Finistérien âgé de 61 ans était passé de la quatrième à la septième position au classement de la course. Il pointe ce jeudi soir en sixième position, à seulement 32 milles du quatrième Louis Burton (Bureau Vallée 2) et 335 milles du leader de la course, Charlie Dalin (APIVIA). "Il sait faire les choses, et il les fait bien !", l'encourage Kevin Escoffier. "Il faut juste qu'il prenne soin de lui et devant, ils vont craquer. Il va les avoir à l'usure !" Jean Le Cam promet de "faire ce qu'il y a à faire" et de "ne pas s'emporter". "La route est encore super longue", lui rappelle son ami.

Après avoir remis Kevin Escoffier à la Marine nationale, Jean Le Cam avoue n'avoir pas vraiment suivi la suite de son périple vers La Réunion, mais son ancien colocataire lui manque un peu. "C'est vrai qu'au départ, c'est un périple en solitaire. Et puis on s'est retrouvés en double, on commence à s'y habituer. Tu sors Kevin de l'eau et puis au final tu le remets à l'eau. (Rires) C'est vrai que ça fait un peu bizarre mais bon, on s'y habitue." Pour Kevin Escoffier, ces moments étaient "supers". "On a pu discuter, se raconter des histoires. Ca m'a vraiment fait du bien à la tête."

Kevin fait livrer 1,5 kg de beurre à Jean

D'autant qu'en 2009, Jean Le Cam a lui même été victime d'un naufrage. Il avait d'ailleurs été sauvé par un autre skipper du team PRB, Vincent Riou. Kevin Escoffier a donc bénéficié de "son retour plein d'expérience".

Il a pu me dire de ne pas trop m'en faire et qu'il y aura des choses derrière.

Kevin Escoffier parlant de Jean Le Cam

à franceinfo

Les deux skippers se sont fait "de bons petits plats", raconte Kevin Escoffier qui, avant de rejoindre la frégate de la Marine nationale a réussi à faire livrer 1,5 kg de beurre à Jean Le Cam. "Il va pouvoir en mettre un peu dans la poele" pour Noël, s'amuse-t-il. Un réveillon que Jean Le Cam passera au sud de l'Australie avec au menu "des ris de veau et une purée forestière aux champignons". Kevin Escoffier remercie encore son sauveur. "Ca me faisait plaisir de passer du temps sur l'eau avec lui parce que c'est un super marin !" Ces moments lui ont permis de "relativiser" sa "déception" et ce qu'il considère désormais comme un "petit échec". "Je n'étais pas venu pour perdre un bateau et abandonner une course mais pour régater et rentrer aux Sables d'Olonnes", affirme Kevin Escoffier.

La vie avec Jean Le Cam, "un sas de décompression"

Maintenant qu'il a retrouvé la terre ferme, Kevin Escoffier a "hâte de retrouver (sa) famille pour qui cette péripétie a peut-être été plus fatigante que pour (lui)". Il raconte à franceinfo que sa femme a eu "des moments difficiles pendant (qu'il était sur son) radeau de survie et que Jean (le) cherchait". Le marin originaire de Saint-Malo ne ressent par ailleurs "pas vraiment de soulagement". Il a toujours "envie de comprendre" comment son bateau a pu se casser sur une vague, dans ce que les marins surnomment les quarantièmes rugissants, en raison des forts vents qui y soufflent.

Kevin Escoffier reste évidemment marqué par son accident même si "le temps (qu'il a) passé avec Jean, en plus d'avoir été agréable, (lui) a permis de faire une sorte de sas de décompression". Les quelques jours passés ensuite sur le Nivôze de la Marine nationale lui ont également permis de "découvrir un autre métier de marin". "Je n'ai pas envie de rester sur ce sentiment d'échec sportif", conclut-il.

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