Vendée Globe : à la découverte de la vie à bord

La huitième édition du Vendée Globe commence dimanche. Cette année, 29 skippers partiront en solitaire des Sables-d'Olonne pour trois mois de navigation. La vie à bord n'a rien d'une partie de plaisir.

Le bateau catégorie \"Imoca\" de Thomas Ruyant, le 23 septembre 2016, au large des côtes de Lorient. 
Le bateau catégorie "Imoca" de Thomas Ruyant, le 23 septembre 2016, au large des côtes de Lorient.  (DAMIEN MEYER / AFP)

La mer à perte de vue. Et un espace de quelques mètres carré où il est difficile de tenir debout. Thomas Ruyant s'élancera dimanche 6 novembre des Sables-d'Olonne pour son premier Vendée Globe, le mythique tour du monde à la voile en solitaire et sans escale. "Le bateau est très grand : 18,28 mètres, soit 60 pieds. Sauf qu'à l'intérieur, il y a un espace de sept mètres carré à peu près", explique le skipper.

Tout doit être à portée de main dans cette cellule de vie où il peut faire très chaud sous les latitudes tropicales ou très froid dans les mers du sud. À chaque fois, le constat est le même : l'inconfort partout et tout le temps, surtout pour satisfaire les besoins primaires comme le sommeil. "Il y a plein d'endroits pour pouvoir dormir : deux petits sièges de veille, qui sont à l'extérieur dans le cockpit, et un siège baquet en intérieur, juste devant la table à carte, qui me permet de m'allonger, de trouver le sommeil et de faire des petites siestes, détaille Thomas Ruyant. Et puis, j'ai un gros pouf d'extérieur que je peux mettre partout." 

Une bouilloire pour cuisiner

Un marin du Vendée Globe dort en moyenne moins de six heures par jour. Un sommeil très fractionné : des siestes de quelques secondes, des périodes d'assoupissements de quinze minutes ou d'une heure, si le temps le permet. Dans ces moments-là, "le pouf c'est l'arme fatal pour bien dormir", s'amuse le skipper français. 

Pour se faire à manger, les conditions restent, là aussi, spartiates. La cuisine se résume à un petit évier rond, un réchaud et une bouilloire "pas facile à trouver, avec un grand couvercle" qui lui permet de "faire des plats sous vide au bain-marie". Très rapide, le réchaud est, lui, parfait pour se faire un café.

Pour le Vendée Globe, le skipper doit emporter trois mois de nourriture. Des repas minutieusement préparés par Marine Viau, chargée de la logistique sur le bateau, et par une diététicienne.

Le gros du travail, c'est de rationner la nourriture tous les joursMarine Viau, chargée de la logistique

"L'idée c'est qu'il ne se retrouve pas à la fin du Vendée Globe avec un gros manque de sucre par exemple, s'il a mangé tous ses chocolats. L'autre difficulté, c'est de s'alimenter correctement. Parfois, les skippers oublient de manger. Il sait qu'à la fin de la journée, s'il lui reste des aliments dans son sac, c'est qu'il n'a pas mangé assez", explique Marine Viau.

Faire face à la peur

Au-delà des difficultés de la vie quotidienne, il faut aussi faire avec le bruit assourdissant et permanent du choc des vagues contre la coque. "C'est une vraie caisse de résonnance. Le bateau est entièrement en carbone : quelques feuilles de carbone, un peu de mousse et de nouveau quelques feuilles de carbone. Il n'y a que quelques millimètres qui me sépare de l'eau, raconte Thomas Ruyant. Ça peut être un peu stressant parfois, surtout qu'il y a des grincements, le bruit de l'eau sur la coque, le sifflement de la quille. Il y a vraiment beaucoup de sons auxquels il faut s'habituer et qui, à la longue, peuvent être usant."

Le bruit, l'humidité, l'exiguïté... On peut imaginer le quotidien des skippers ballotés au gré des creux dans des endroits au nom poétique mais parfois effrayants : les Quarantième rugissants, les Cinquantièmes hurlants, le Cap Horn... Des endroits dans lesquels Thomas Ruyant va mettre les pieds pour la première fois :"C'est un peu tabou dans ce milieu de la course large. On ne dit pas trop si on a peur ou pas peur. On ne dit rien. Pareil, on ne dit pas que c'est dur ou que c'est difficile. Ou qu'on se fait mal, alors qu'on se fait vraiment mal. La peur, on n'en parle pas trop, mais il y en a un petit peu."

À peine la moitié des skippers ont passé la ligne d'arrivée depuis la création du Vendée Globe

Impossible de ne pas penser au danger, même si les bateaux ont gagné en performance et en sécurité. Le plus souvent, ce sont les proches les plus angoissés. "Il y a des craintes. Cela dure trois mois, c'est l'océan Indien, il y a le Cap Horn. Il y a des risques. Ce n'est pas une balade, admet Rémi Ruyant, le père de Thomas. On se sentira mieux dans trois mois, ce n'est pas tous les jours évident."

Sur les 138 marins engagés sur le Vendée Globe depuis sa création il y a 27 ans, à peine la moitié a franchi la ligne d'arrivée.

Vendée Globe, la vie à bord. Reportage de Jérôme Val
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