Sommeil, poids, musculature : l'impact physique du Vendée Globe sur les marins

Une semaine après les premières arrivées du Vendée Globe, l'heure est aux bilans médicaux pour les skippers. Perte ou prise de poids, douleurs musculaires, fatigue profonde : la course à la voile en solitaire et sans escale, de près de trois mois pour les plus rapides, a des conséquences physiques notables pour ses participants.
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Charlie Dalin (ici le 30 septembre 2020) résiste en tête de la flotte du Vendée Globe dans le Pot au Noir. (LOIC VENANCE / AFP)

"Je me sens très fatigué." Une semaine après avoir franchi en premier la ligne d'arrivée du Vendée Globe, Charlie Dalin est loin d'avoir récupéré de tous ses efforts fournis pendant 80 jours. Dans un message publié ce mardi sur les réseaux sociaux, le skipper Apivia a dévoilé quelques données sur son état de santé post-tour du monde en solitaire. Si l'architecte naval du Havre se dit en "bonne santé", il admet que la course a eu "un impact important sur (son) physique" et qu'il lui faudra "six à huit mois" pour s'en remettre.

Une fatigue profonde

Après le retour sur la terre ferme, les marins ont énormément de problèmes de sommeil. "Lors de courses au large, ils s'habituent au sommeil fractionné, souligne le Dr. Jean-Yves Chauve, médecin du Vendée Globe. Chaque nuit est composée de quatre cycles de 1h30 à 2h. Sur l'eau, les marins se réveillent à chaque fin d'un cycle, dorment donc très peu et accumulent une fatigue profonde sur toute la course."

"Les belles nuits de sommeil réparateur qu'on connaît sur terre n'existent pas en mer, on ne peut jamais totalement se reposer", explique Charlie Dalin, deuxième du Vendée Globe après le jeu de bonifications. "Les weekends, les jours fériés, on ne fait pas la distinction, on doit toujours être à l'écoute de son bateau. La seule manière de se détendre vraiment, c'est de franchir la ligne d'arrivée", rit le marin du Havre.

Cette fatigue profonde est masquée à l'arrivée mais elle finit par réapparaître, comme le souligne le skipper Apivia : "Il y a l'euphorie d'arriver, l'émotion de retrouver nos familles et l'adrénaline qui nous portent aux Sables et pendant quelques jours. On n'a pas le temps de se poser donc on n'a pas le temps d'être fatigué. Mais là, une semaine après, les nerfs, la pression... tout retombe et la fatigue refait surface." Commencent alors les insomnies et les journées ponctuées de coups de barre. "Retrouver un sommeil 'social' c'est-à-dire une nuit sans interruption avec un coucher le soir et un réveil le matin, prend plusieurs semaines", précise le Dr. Chauve.

"La course au large est un sport de sédentaire"

S'il est arrivé vidé de toute son énergie, Charlie Dalin est également revenu de son tour du monde avec trois kilos en plus. Un résultat étonnant, puisque beaucoup de marins perdent du poids en mer. "Beaucoup maigrissent à cause du stress qui les empêche de manger", explique le médecin du Vendée Globe. A titre d'exemple, lors de sa première participation à la course (2008-2009), Armel Le Cléac’h avait perdu 8 kg.

Cette prise de poids s'explique en partie par l'immobilisme des marins pendant près de trois mois. "La course au large est un sport de sédentaire, précise le Dr. Chauve. Les skippers ont peu de place pour marcher à l'extérieur et à l'intérieur. Ils sont donc cantonnés, voire 'confinés' entre le cockpit et la cabine, soit cinq mètres en tout et pour tout." Pendant près de trois mois, la plus grande promenade possible pour les marins faisait la longueur du bateau. Dix-huit mètres, ou trente-six si on compte un aller-retour. "A mon arrivée aux Sables d'Olonne, j'ai marché 300 mètres dans la ville et je me suis rendu compte que c'était la plus grande distance parcourue depuis le 8 novembre", se souvient Charlie Dalin

Gros bras, petites jambes

Avec les secousses, les vagues et le vent, la difficulté principale pour les marins est l'équilibre sur le bateau. Pour compenser ces chocs, les marins ont tendance à rester assis le plus possible. Une position qui induit peu d'activité physique, surtout au niveau des jambes. A l'inverse, les bras sont sans cesse sollicités pour manœuvrer et bouger les quelque 300 kilogrammes de matériel. "Les skippers reviennent avec des épaules de déménageurs et des jambes fluettes", explique le Dr. Chauve, médecin du Vendée Globe depuis sa première édition. Pour ne pas subir cette perte de muscles et gagner en puissance, Isabelle Joschke a choisi d'innover cette année, en installant sur son bateau un système de pédalier de vélo utilisable à la fois avec les jambes et les bras.

Une fois rentrés, les marins doivent donc opérer à un rééquilibrage de leur force physique, en privilégiant des sports comme le vélo et la course à pied pour renforcer les muscles de leurs membres inférieurs. "Je n'ai pas l'impression d'avoir tant perdu dans les jambes, estime de son côté Charlie Dalin, qui concède toutefois ne pas encore être en état de reprendre une activité physique. J'ai hâte de remonter sur mon vélo et remettre mes baskets. Mais mes premiers temps au kilomètre risquent d'être minables", sourit l'architecte naval de 35 ans.

Une récupération qui se compte en mois

Si la reprise de l'activité physique doit se faire en douceur, c'est parce que le temps de récupération des marins après une telle course est très long. Charlie Dalin et son équipe l'estiment à au moins six mois, une prévision basée sur l'expérience de François Gabart, vainqueur de la course en 2012-2013. "Les coups, les mers hostiles, le stress et la fatigue accumulée sur 80 jours entraînent une usure physique et mentale profonde", soutient Charlie Dalin, qui ne pensait pas "revenir en si bon état." 

"Vu les postures à tenir, les efforts à fournir qui ne sont pas recommandés et qui peuvent être générateurs de maux de dos, je suis plutôt surpris", raconte le skipper havrais. Une bonne surprise partagée par son ostéopathe, Camille Hamel. "Il avait quelques blocages au niveau des côtes, mais c'est très minime par rapport à l'exploit remarquable qu'il a réalisé", précise celle qui suit des participants du Vendée Globe depuis trois éditions.

"Généralement les marins souffrent de tendinites ou de lombalgies à force de rester pliés en deux sans pouvoir complètement se redresser. Et puis il y a aussi les chocs traumatologiques liés aux fortes vitesses et qui peuvent être comparables à des accidents de voiture", ajoute l'ostéopathe.

Toutefois, Camille Hamel souligne l'évolution dans la prise en charge des marins. "Ils ont une préparation physique d'enfer pour développer une musculature adaptée aux courses et prévenir les blessures", explique l'ostéopathe. En plus de son ostéopathe, Charlie Dalin est suivi à l'année par un préparateur physique et une nutritionniste spécialisée dans les courses de bateaux au large. "Les jeunes générations sont de vrais athlètes. Ils ont une connaissance pointue de leur corps, ce qui aide énormément pour préparer et récupérer de la course", conclut l'ancienne kinésithérapeute. Une récupération qui se fera, pour Charlie Dalin, avec déjà une nouvelle échéance en tête : la Jacques-Vabre, en octobre prochain.

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