Témoignage Trophée Jules Verne : la navigatrice Alexia Barrier se lance dans un tour du monde à la voile avec un équipage 100% féminin

La navigatrice Alexia Barrier se lance dans un projet inédit : aller chercher le record du tour du monde à la voile avec un équipage 100% féminin. Un "rêve" explique-t-elle et une mission pour montrer que tout est possible.
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Radio France
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La navigatrice Alexia Barrier ,espère battre le record du tour du monde à la voile avec un équipage uniquement composée de navigatrices. (MARIE CORTAL / THE FAMOUS PROJECT)

Alexia Barrier a déjà derrière elle une Route du Rhum et un Vendée Globe. Mais son horizon désormais, c’est de s’attaquer au mythique Trophée Jules Verne sur un Ultim, un trimaran géant volant, et avec un équipage uniquement composé de navigatrices. C’est son "Famous Project". La Niçoise, née à Paris, va démarrer la sélection en février. Elle raconte à franceinfo son envie de féminiser un milieu traditionnellement dominé par les hommes.

franceinfo : Vous avez à votre actif des courses prestigieuses. Qu'est-ce qui vous motive pour essayer autre chose ?

Alexia Barrier : Avant le Vendée Globe, j'avais déjà envie de passer à la vitesse supérieure et j'avais proposé à mon partenaire à l'époque de faire autre chose. Il s'avère que ce partenaire me laisse tomber en route, trois ans après notre collaboration. Et là, je me rends à l’évidence : ce que je veux faire, c'est du multicoque océanique et j'ai envie de le faire en équipage. Je commence à réfléchir avec qui je veux naviguer et ce qui me vient tout de suite à l'esprit, ce sont des noms de navigatrice parce que ce sont des super marins et des amies. Et me revient à l'esprit mon deuxième rêve de petite fille. Le premier, c'est le Vendée Globe, le deuxième, le Trophée Jules Verne. D’où cette idée : pourquoi ne pas partir en multicoque autour du monde avec un équipage 100% féminin. Je pense que ça pourrait être quelque chose de très sympa.

Alexia Barrier (2e en partant de la gauche) veut féminiser un milieu traditionnellement dominé par les hommes. (MARIE CORTAL / THE FAMOUS PROJECT)

C'est le projet tel que vous l'imaginez sur le papier. Il faut le réaliser. On sait qu'en voile, parfois, la réalisation est presque aussi compliquée qu'un tour du monde. Mais quelles ont été les difficultés pour le mener à bien ?

Pour moi, ça n'a jamais été simple. Je n'ai jamais signé de contrat pour dix ans, comme ça peut arriver. Je savais que ça allait être compliqué. Quand on cherche des sponsors, il faut savoir qu'on a à peu près une réponse positive pour 100 réponses négatives. Donc j'ai enfilé ma cape de superwoman, prête à me prendre une centaine de réponses négatives avant de trouver le partenaire qui allait nous accompagner. Mais finalement, ça ne s'est pas vraiment passé comme ça. Lors d’une conférence, il y a un an, je rencontre notre premier sponsor qui est tombé amoureux du projet, de ses valeurs, pour le challenge qu'il représente : des valeurs de collaboration, de coopération, de mettre en avant différents profils. Voilà le pouvoir de raconter des histoires qui ressemblent davantage à notre société. Ce qu'on aimerait vraiment, c'est bien sûr battre le record.

"Il y a un autre challenge qui est aussi gigantesque. C’est d'entraîner dans notre sillage des femmes, des petites filles, des jeunes femmes et de leur donner envie d'oser, de se lancer et de se dire que dans la vie, effectivement, on peut avoir une réponse négative. Mais la réponse positive n'est pas loin derrière."

Alexia Barrier, navigatrice

à franceinfo

C'est un peu le paradoxe de votre sport. C'est le seul où femmes et hommes, navigatrices et navigateurs, peuvent s'aligner ensemble sur une même ligne de départ. Et malgré tout, ça reste un peu plus compliqué quand on est une navigatrice.

La réalité, c'est qu'à peu près 5% de femmes sont sur le circuit de course au large. Quand on voit sur la dernière Route du Rhum, il y avait 140  participants, donc 140  skippers solitaires et uniquement sept femmes. On ne recherche pas la parité, mais qu'il y ait plus de femmes dans le paysage de la course au large, je pense que ça peut amener beaucoup de richesse et de compétences.

C'est comme dans tous les secteurs de la société, il faut des rôles modèles. Mais ça ne peut pas se faire en un claquement de doigts. Il faut qu'on laisse aussi du temps aux choses pour évoluer. Et je pense qu'un projet comme The Famous Project peut donner envie à des femmes de se lancer en voile, en sport ou dans n'importe quel domaine.

Quel est l'accueil autour de ce projet ?

Il y a des personnes pour vous dire : "ça va être compliqué…" Il y en a toujours eu. Je pense que quand les personnes vous disent que ce n'est pas possible, c'est juste qu'elles vous renvoient à leurs peurs et à leurs craintes. 

"On a beaucoup de soutiens dans le monde de la voile."

Alexia Barrier, navigatrice

à franceinfo

On a d’ailleurs pas mal d’entraîneurs masculins qui vont nous accompagner : il y a eu tellement peu de femmes ces dernières années en multicoques océaniques qu'on a besoin de leur piquer les clés de ces machines pour savoir comment aller rapidement.

Comment allez-vous constituer cet équipage totalement inédit ?

J'ai cherché les meilleures navigatrices au monde et c'est donc vers l'international que je me suis tourné. Aujourd'hui, il n’y a qu’une seule femme qui navigue en Ultim (la Suissesse Dona Bertarelli à bord de Sails of Change). Pour l’instant, nous sommes huit à nous préparer, avec six nnationalités :des Françaises avec Marie Riou et Marie Tabarly, une Anglaise avec Dee Caffari, la seule femme à avoir fait le tour du monde à l'envers et à l’endroit en solitaire. On a une Suédoise, une Américaine, une Irlandaise et on va aller recruter des jeunes talents dans les séries olympiques. On va les faire naviguer à Marseille, sur le site des Jeux olympiques de 2024.

Elles sont pour l'instant huit navigatrices, de six nationalités différentes, à se préparer pour ce tour du monde à la voile. (MARIE CORTAL / THE FAMOUS PROJECT)

Pour faire de la course au large, il fut beaucoup d’argent. Où en êtes-vous financièrement ?

Pour l'instant, nous avons les trois quarts du budget, ce qui est absolument dingue et fantastique. Après un an de recherche de partenaires, nous annoncerons nos partenaires en juin. Nous avons un bateau d'entraînement et nous aurons un Ultim à partir de cet été. On est ravis d'avoir tous les moyens pour bien démarrer. J’ai un peu l'impression d’être Thomas Pesquet qui s'entraîne pour marcher sur la Lune. Je suis vraiment dédiée à 300 % à cette mission Jules Verne qui aura lieu en 2025. 

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