"La sensation d’être pionnier à bien des égards" : comment l’Arkéa Ultim Challenge bouscule les règles de la course au large

Six skippeurs partent de Brest, dimanche, pour un tour du monde en solitaire à bord de leur trimaran de 32 mètres de long maximum (Ultim) dans le cadre de l'Arkéa Ultim Challenge. Une nouvelle régate avec des spécificités inédites.
Article rédigé par Othélie Brion, franceinfo: sport
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 4 min
Les Ultims de Thomas Coville (Sodebo), Charles Caudrelier (Edmond de Rothschild), Anthony Marchand (Actual) et Tom Laperche (SVR Lazartigue) lors du départ de la Transat Jacques Vabre, au Havre, le 29 octobre 2023. (LOIC VENANCE / AFP)

Il est temps de larguer les amarres ! Les six concurrents de l’Arkéa Ultim Challenge - Tom Laperche, Thomas Coville, Armel Le Cléac’h, Anthony Marchand, Eric Péron et Charles Caudrelier - s'élancent de Brest, dimanche 7 janvier (13h30) pour réaliser un tour du monde en solitaire à bord de leur Ultim, des trimarans de 32 mètres de long maximum pour 23 mètres de large. Un défi imaginé dès 2006 par Roland Tresca, actuel directeur général adjoint du Groupe Télégramme, qui se concrétise en 2024, pour une première édition sous le signe de l’innovation.

"Sur cette épreuve, on a la sensation d’être pionnier à bien des égards", affirme sans détour Joseph Bizard, le directeur général d’OC sport, la société organisant la course. L’Arkéa Ultim Challenge offre, en effet, pour la première fois à des Ultims la possibilité de s’affronter sur un tour du monde. "C’est là l’innovation majeure, souligne l’organisateur, car ces bateaux, qui peuvent atteindre les 90 km/h ont historiquement été conçus pour battre des records et non pour faire des courses autour de la planète en confrontation directe", argue-t-il. 

À ce jour, seuls quatre navigateurs (Francis Joyon, Ellen MacArthur, Thomas Coville et François Gabart), sont parvenus à réaliser un tour du monde en solitaire et sans escale sur un multicoque, "c’est moins que le nombre de personnes ayant marché sur la lune (12), c’est dire à quel point les marins au départ de l’Arkéa Ultim Challenge sont des pionniers", n’oublie pas de rappeler le directeur d’OC sport, qui organise également la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro.

Des zones d’exclusion inédites pour protéger les cétacés

Le parcours de cette nouvelle régate d’environ 40 000 km est, lui, similaire à celui du Vendée Globe, tour du monde en solitaire pour les Imoca (monocoque de 18 mètres de long). Les six skippeurs en lice réaliseront donc un tour du monde d’Ouest en Est, avec un passage obligatoire au large des caps de Bonne Espérance, Leeuwin et Horn. Mais certaines zones, autour des Açores, de l’archipel des Canaries, de l’Afrique du Sud, des Kerguelen et de l’Antarctique seront interdites. 

Pour la première fois sur une course au large, des zones de concentration de cétacés ont été définies par l’organisation, en collaboration avec les membres de la classe Ultim et le consortium scientifique, Share The Ocean. Objectif, "protéger les océans et assurer la sécurité des skippeurs et de leur bateau", explique Joseph Bizard. Une innovation "qui va dans le bon sens" selon le navigateur Armel Le Cléac’h, vainqueur du Vendée Globe en 2017, on est les premiers à le faire sur ce parcours de tour du monde, mais je pense que c’est quelque chose qui va s’ancrer sur les prochaines grandes courses"

Escales autorisées, "mode ghost" annulé : un règlement moins innovant que prévu

Dans son règlement, l’Arkéa Ultim Challenge s’est aussi permis quelques spécificités. Les escales techniques seront ainsi autorisées, ce qui n’est pas le cas sur "l’Everest des mers". Mais elles devront durer au minimum 24h. Une particularité pénalisante afin que "les bateaux privilégient un tour du monde sans escale", explique l’organisation. "Ce ne sera pas un avantage mais un joker", en conclut Le Cléach, le skippeur du Maxi Banque Populaire XI, "mais pouvoir faire des escales, c’est bien parce que lorsqu’on est seul à bord de ce type de bateau, très grand, il peut être difficile de réparer certaines pièces".

S'il est "logique" que cette spécificité ait été mise en place pour le Finistérien, elle n'a pas pour but de dépoussiérer le monde de la voile. Ce qu'aurait pu, en revanche, faire l’instauration d’un “mode ghost” (fantôme), inscrit dans l’avis de course, en mars 2023. Le concept ? Offrir la possibilité aux skippeurs de cacher pendant 24h leur position au public et à leurs concurrents, maximum deux fois pendant la course. Séduisante sur le papier, cette nouveauté dans le monde de la voile a finalement été retirée. "Il y a tellement de technologies aujourd’hui que c’est impossible de cacher la position des bateaux", justifie Joseph Bizard. Afin d’être détectés par les navires de commerce croisant leur route, l’ensemble des multicoques sont, en effet, "dans l’obligation d’avoir un système de détection en permanence allumé et qui passe par satellite", précise Armel Le Cléac’h. 

Une innovation en moins "qui ne change pas grand-chose" pour le dernier vainqueur de la Transat Jacques Vabre. "Je pense qu’on a aujourd’hui beaucoup d’éléments qui sont déjà mis au point, il faut aussi ne pas tout changer, tout révolutionner. On a déjà des nouveautés qui sont bien, qui vont dans le bon sens, qui sont la suite logique des choses et c’est comme ça qu’on avance", développe-t-il. Dans les conditions données, l’enjeu sera d’abord de terminer la course. Avant que les retours d’expériences de chacun ne fassent peut-être évoluer encore un peu plus les règles.

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