Violences sexuelles dans le patinage : "plus d'une vingtaine d’entraîneurs seraient mis en cause", selon un rapport remis à la justice

L'inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR) estime que certains faits relèvent du pénal, et a transmis son rapport au procureur de la République du tribunal judiciaire de Paris.

Les patins de la Suisse Alexia Paganini, lors des Jeux olympiques de Pyeongchang (Corée du Sud), le 21 février 2018. (photo d\'illustration)
Les patins de la Suisse Alexia Paganini, lors des Jeux olympiques de Pyeongchang (Corée du Sud), le 21 février 2018. (photo d'illustration) (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)

"Plus d'une vingtaine d'entraîneurs" de danse sur glace "seraient mis en cause" dans des affaires de violences sexuelles, physiques ou verbales dans le milieu du patinage, selon un rapport de l'inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR), indique le ministère de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports dans un communiqué, mardi 4 août. L'IGESR estime que l'organisation fédérale du patinage artistique a "favorisé une forme d'omerta", que des faits peuvent relever du pénal, et annonce qu'elle a transmis son rapport au procureur de la République du tribunal judiciaire de Paris.

Le ministère précise que 12 entraîneurs sont mis en cause "pour des faits de harcèlement ou d'agressions sexuelles, trois d'entre eux ont été condamnés, dans le passé, à des peines d'emprisonnement, fermes ou assorties d'un sursis", sept dossiers "concernent des violences physiques ou verbales (dont une majorité pourrait être frappée de prescription)", et deux autres concernent "des entraîneurs décédés avant que les procédures engagées aient pu aller jusqu'à leur terme".

Ces dossiers ont déjà donné lieu à deux signalements au procureur de la République, au placement en détention provisoire d'un entraîneur en février, et à cinq mesures administratives d'interdiction d'exercer en avril, ajoute le communiqué. Par ailleurs, des enquêtes administratives qui avaient été interrompues pendant le confinement ont été relancées. L'IGESR a aussi relevé "un véritable problème d'alcool" chez une partie des entraîneurs.

Un volume d'affaires "sans équivalent au plan international"

En conclusion, les inspecteurs estiment que le fonctionnement fédéral de la Fédération française des sports de glace (FFSG) a "favorisé une forme d’omerta sur les soupçons qui pesaient à l’égard d’entraîneurs et a pu conduire à l’absence de procédures disciplinaires, ou même de simples enquêtes, sur des faits de violence pourtant dénoncés par des victimes". A leurs yeux, le volume des affaires est "sans équivalent au plan international".

En février, la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, avait saisi l'inspection, après les révélations de la championne Sarah Abitbol sur les viols dont elle accuse son entraîneur de patinage artistique Gilles Beyer, et après plusieurs autres témoignages sur les violences sexuelles dans ce sport. Ce scandale avait conduit à la démission de Didier Gailhaguet de la présidence de la FFSG, car il était accusé de ne pas avoir signalé ces agissements.