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Incidents Lyon-Marseille : "Il faut vraiment revenir aux sanctions individuelles et laisser la justice faire son travail", estime un avocat de supporters

"Punir 60 000 personnes, punir les joueurs" est injuste et ne dissuade personne, estime Me Pierre Barthélémy.

Article rédigé par franceinfo
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Dimitri Payet agressé lors du match OL-OM, le 21 novembre 2021. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"Il faut vraiment revenir aux sanctions individuelles et laisser la justice faire son travail", estime l'avocat de groupes de supporters Pierre Barthélémy lundi 22 novembre sur franceinfo, au lendemain de l'interruption du match de football Lyon-Marseille après qu'un supporter a lancé une bouteille sur la tête de Dimitri Payet. L'avocat estime que le milieu du football prend trop souvent des sanctions collectives qui sont "injustes" mais pas assez de sanctions individuelles. Il est aussi favorable à un changement du règlement pour aider l'arbitre à décider d'interrompre un match.

>> Lyon-Marseille : jet de bouteille sur Dimitri Payet, réunion de crise, attente, arrêt du match... Ce qu'il s'est passé au Groupama Stadium

franceinfo : Que ressentez-vous au lendemain des incidents pendant le match ?

Pierre Barthélémy : Un gros sentiment de lassitude face à la répétition de ces incidents depuis le début de la saison et systématiquement ces jets de projectiles qui sont des actes souvent isolés, lâches, inutiles, qui n'ont rien à faire dans un stade. Forcément, je suis las parce que ça fait beaucoup trop d'incidents, de personnes isolées qui perturbent l'ensemble du foot français et qui jettent l'opprobre sur l'ensemble des supporters.

Pourquoi n'a-t-on toujours pas trouvé de solution à ces incidents ?

Peut-être parce qu'on ne se pose pas les bonnes questions et qu'on ne choisit pas les bons remèdes. Depuis le début de saison, les réponses principales qui ont été apportées sont les sanctions collectives, comme prendre des décisions de huis clos, fermer tout un stade ou toute une tribune, ce qui est injuste pour tout le monde. Et on oublie le principal. Dans la société, lorsqu'on commet une faute, on est responsable personnellement, on passe devant la justice, on assume, on se défend et on peut faire l'objet d'une amende, d'une peine de prison.

"Pour les supporters, c'est une interdiction de stade avec obligation de pointage à chaque match qui est une contrainte très lourde quand pendant cinq ans."

Pierre Barthélémy, l'avocat de groupes de supporters

à franceinfo

Tous les samedis, vous êtes au commissariat et le mardi soir en plus si vous êtes en Coupe d'Europe. On a un arsenal mais aujourd'hui par volonté peut-être de réplique médiatique, pour donner le sentiment de frapper fort, on prend ces sanctions collectives de fermer tout un stade, punir 60 000 personnes, punir les joueurs, punir le club, et on oublie les sanctions individuelles puisqu'on pense qu'on a déjà réglé le problème. Mais ces sanctions collectives ne dissuadent personne parce qu'elles sont perçues comme injustes. C'est un cercle vicieux dans lequel on s'est enfermé et qui est complètement inefficace. Il faut vraiment revenir aux sanctions individuelles et laisser la justice faire son travail.

Faut-il installer des filets entre les tribunes et le terrain ? Ou renforcer le dispositif des référents supporters ?

Peut-être qu'installer des filets dans les stades est aussi une solution temporaire face à cette récurrence de jets de projectiles mais ce n'est clairement pas une solution pérenne.

"C'est tout ce qu'on ne veut pas voir dans un stade, c'est la création d'une frontière entre le terrain et les supporters."

Pierre Barthélémy

à franceinfo

C'est contraire à l'esprit du supporterisme et des tribunes. Les référents supporters sont un excellent outil qui a fait ses preuves depuis sa création en 2016, mais pendant la crise sanitaire ces référents se sont retrouvés au chômage partiel pendant 18 mois et donc ont changé de travail, sauf que c'est un poste où il faut de l'expérience, du vécu, un lien de confiance avec les supporters et effectivement il y a ce déficit de confiance à rattraper en début de saison qui peut aussi expliquer en partie certains incidents.

La ministre déléguée aux Sports, Roxana Maracineanu, a déclaré sur franceinfo qu'il fallait modifier le règlement pour que les arbitres puissent interrompre un match plus facilement, alors que l'arbitre a mis deux heures à annoncer sa décision dimanche. Est-ce une bonne idée ?

Effectivement, aujourd'hui en cas d'incident grave, l'arbitre doit constater si l'incident perdure ou s'il s'arrête et ensuite il doit consulter les autorités publiques donc le préfet, le procureur, le responsable de la police et les délégués de la Ligue, et là il doit décider de reprendre le match s'il estime que tous les ingrédients sont réunis ou de ne pas le reprendre s'il estime qu'il y a une situation qui est encore à risque ou un problème d'équité tout simplement. Si un joueur ne peut pas revenir sur le terrain parce qu'il a été blessé, on peut comprendre la décision de l'arbitre. Effectivement, peut-être qu'il peut exister un protocole plus adapté devant cette récurrence des incidents. Il faut revoir les protocoles, peut-être imposer que les décisions soient prises dans un délai contraint, entre 15 et 30 minutes. Il y a des choses à revoir, mais c'est difficile. Ce sont des événements nouveaux, il faut le temps de s'adapter, les règlements sont élaborés avant le début de la saison donc tout ne peut pas se faire en claquant des doigts. Peut-être qu'il faut trouver effectivement un nouveau mécanisme avec des critères plus simples pour que l'arbitre puisse se reposer aussi sur un cadre et sur des textes qui ne lui mettent pas une responsabilité trop importante sur les épaules à chaud et dans la difficulté de ces situations. Je pense qu'après ce type d'incident il faut marquer le coup. Il est évident qu'on ne peut pas tolérer ce type d'actes parce que sinon ils vont devenir une habitude alors que c'est totalement contraire à l'éthique du football et au supporterisme.

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