Sexe, tennis et rock'n'roll : la vie dissolue de Boris Becker

Le Mick Jagger du tennis est devenu l'entraîneur du n°2 mondial, Novak Djokovic. Un choix curieux, car Boris Becker a tout sauf le profil d'un coach.

Le tennisman allemand Boris Becker, cigare à la bouche, le 21 décembre 1995.
Le tennisman allemand Boris Becker, cigare à la bouche, le 21 décembre 1995. (ALEXANDER HASSENSTEIN / BONGARTS / GETTY IMAGES )

Après Ivan Lendl qui entraîne Andy Murray, et avant que Stefan Edberg ne donne des conseils à Roger Federer, l'ancienne gloire Boris Becker va coacher le n°2 mondial, le Serbe Novak Djokovic. Le vainqueur de l'Open d'Australie 2013 a officialisé la nouvelle, mercredi 17 décembre. A-t-il bien lu le CV de son futur entraîneur ? Car celui qu'on surnomme "Boum Boum Becker" a connu une vie très, très agitée. Sur et en dehors des courts de tennis. 

L'ado prodige est aussi une machine à cash

Boris Becker remporte son premier Wimbledon à seulement 17 ans en 1985, mais c'est l'année précédente que sa légende s'écrit. Le jeune Allemand parvient à se qualifier pour le troisième tour, mais se blesse gravement. Avant d'être évacué du court sur une civière par des brancardiers, Becker insiste pour aller saluer son adversaire en boitillant. Le début d'une longue histoire d'amour avec le tournoi anglais, qu'il remporte à trois reprises. "C'est là que j'habite", déclare-t-il avant chaque match. Dès sa première victoire, il est considéré comme un formidable joueur de tennis et une incroyable machine à cash. Le magazine Newsweek parle déjà de "Boris Becker Inc.", générant près de 100 millions de dollars en sponsors.

Boris Becker lors du tournoi de Wimbledon, en 1985.
Boris Becker lors du tournoi de Wimbledon, en 1985. (BOB THOMAS / BOB THOMAS SPORTS PHOTOGRAPHY / GETTY IMAGES)

Becker devient aussi l'enfant chéri de l'Allemagne, le sportif le plus populaire du pays dans les années 80. Son retour dans sa ville natale, Leinen, se transforme en grand moment de malaise : "J'ai regardé dans les yeux de mes fans, et tout ce que je voyais, c'était des monstres. Quand je voyais cette dévotion aveugle, je pouvais comprendre ce qui nous est arrivé, il y a bien des années à Nuremberg", se souvient-il, dans le Guardian (en anglais). Après son premier titre à Wimbledon, il tente de fuir la pression populaire, incognito, sur l'île Maurice. Il loue discrètement un bungalow sans eau courante. Raté. "Quand je suis arrivé, ils avaient encadré un poster à mon effigie, et la télévision m'attendait. C'est là que j'ai compris que je ne pourrais jamais m'enfuir."

Pilules, whisky et femmes comme antidépresseurs

Mais les années de gloire tennistique se doublent d'une dépression profonde. "Je prenais des pilules pour dormir, des pilules contre la douleur, écrit Becker dans sa première autobiographie. J'ai vécu des années comme ça. A la fin, je me réveillais au milieu de la nuit, car elles ne faisaient plus effet que trois heures." Le champion adulé se sent aussi terriblement seul. "Pour lutter contre la solitude, le whisky et les femmes aidaient."

Les femmes, Becker n'en manque pas. "Toutes ces filles, se souvient son premier entraîneur Günther Bosch. Des hystériques qui l'attendaient des heures devant son hôtel... Elles s'offraient à lui, il n'avait qu'à se pencher pour les ramasser..." En 1993, Becker finit par se marier avec Barbara, une Noire. Le mariage est aussitôt érigé en symbole d'une Allemagne moderne, multiculturelle et qui n'a plus honte de ses victoires. Il pose nu en sa compagnie à la couverture du magazine Stern, comme dans une pub Bennetton. Revers de la médaille, le couple reçoit énormément de menaces des néo-nazis.

"Poom bah boom" dans le placard à balais

"Boum Boum Becker" remporte son dernier titre du Grand Chelem en 1996. Pete Sampras déclare alors au New York Times (en anglais) : "C'est le Michael Jordan allemand. Il n'y a qu'un roi en Allemagne, et c'est Boris Becker." En 1999, il annonce ses adieux juste avant le tournoi de Wimbledon. Sa femme Barbara, enceinte de 7 mois, l'accompagne à la compétition anglaise, quand elle est prise de contractions. Elle file à l'hôpital, tandis que Boris se fait éliminer. La carrière de Becker s'achève et les ennuis commencent. 

Les supportrices de Boris Becker brandissent une pancarte, lors de Wimbledon 1999 : \"un Wimbledon sans Boris Becker, c\'est comme le sexe sans orgasme\". 
Les supportrices de Boris Becker brandissent une pancarte, lors de Wimbledon 1999 : "un Wimbledon sans Boris Becker, c'est comme le sexe sans orgasme".  (MARK SANDTEN / BONGARTS / GETTY IMAGES)

Le tennisman, retraité depuis quelques heures, se retrouve seul, au bar de son hôtel, vers 23 heures. Il croise alors le regard d'Angela Ermakova, une mannequin russe. "Elle m'a regardé droit dans les yeux, avec un regard de tueur, qui voulait dire : 'j'ai envie de toi'", se justifie-t-il dans son livre. De fil en aiguille, Becker et Ermakova se retrouvent à faire l'amour dans un placard à balais. "Je n'avais aucune idée de ce que je faisais, avoue Becker à Sports Illustrated. Ce n'était pas une aventure. C'était... poom bah boom."

"Je ne veux pas finir comme Mick Jagger"

Huit mois plus tard, un fax arrive au bureau de l'ex-tennisman, qui cherche à se lancer dans le business. "Cher Monsieur Becker, nous nous sommes rencontrés au restaurant Nobu, à Londres. Le résultat de notre rencontre a huit mois." La menace est claire : Ermakova veut de l'argent en échange de son silence. La jeune femme insiste... en appelant le domicile du champion allemand, où elle tombe sur Barbara. La rupture est consommée, le scandale devient public. "Je n'étais pas prêt à assumer ça, confie Becker au Daily Mail (en anglais). Je ne voulais pas finir comme Mick Jagger, à la une des journaux pour l'enfant qu'il a eu avec un top-model brésilien."

La défense de Becker est particulièrement maladroite. Le tennisman allemand reconnaît une relation sexuelle orale avec la jeune femme, et l'accuse d'avoir récupéré le sperme pour l'introduire dans son vagin. Becker finit par renoncer et payer. Montant de la facture : 25 millions d'euros. Il est contraint de verser 2 millions à Ermakova ainsi qu'une rente de 10 000 euros mensuels pour l'enfant. Et de leur acheter un appartement à Londres. Son ex-femme Barbara obtient 10 millions et une villa à Miami. Becker est loin d'être ruiné : il a accumulé des dizaines de millions d'euros tout au long de sa carrière. Il a investi dans des concessions Mercedes, et possède des parts du Bayern Munich. Mais plusieurs mauvaises affaires, dont la faillite de sa boutique d'articles de sport en ligne, le mettent en difficulté.

C'est à ce moment-là que le fisc le rattrape. On lui reproche d'avoir menti sur sa résidence pendant plusieurs années : il affirmait vivre à Monaco, quand il passait la majeure partie de son temps à Munich. Becker se défend en décrivant un appartement "spartiate", prêté sa sœur, qui ne contenait même pas un frigo, rappelle la Deutsche Welle (en anglais). La justice tranche, en défaveur de Becker, grâce au zèle d'un fan du tennisman allemand, qui conservait religieusement toutes les coupures de journaux le concernant. Il peut prouver que Becker passe une bonne part de l'année en Allemagne. L'affaire coûte à Becker plus de trois millions d'euros, et lui ôte définitivement tout amour pour son pays. Même si c'est devant 9,5 millions de télespectateurs, à la télévision allemande, qu'il annonce en 2009... son mariage avec le top-model hollandais Lilly Kerssenberg, après avoir collectionné les conquêtes pendant dix ans. Réaction du présentateur à cette annonce surprise : "Non, pas encore ?"

Novak Djokovic ou Kate Middleton ?

Pour se renflouer financièrement, Becker écrit des livres et participe à des émissions de télévision, pas toujours du meilleur goût. Il apparaît dans l'équivalent du "Burger Quiz" sur la la BBC, puis dans des jeux télévisés allemands. Où il n'hésite pas à se ridiculiser, comme sur la photo ci-dessous.

Boris Becker, sur le plateau d\'un jeu télévisé allemand, le 22 octobre 2013 à Cologne (Allemagne).
Boris Becker, sur le plateau d'un jeu télévisé allemand, le 22 octobre 2013 à Cologne (Allemagne). (MATHIS WIENAND / GETTY IMAGES EUROPE)

Chaque année, il commente Wimbledon pour la BBC. En tant que consultant tennis, il a ce commentaire savoureux relevé par Sports Illustrated, maintenant qu'il entraîne Novak Djokovic : "Je ne pense pas que Nadal ou Djokovic auraient autant gagné à mon époque, celle du service-volée. Seul Federer aurait pu lutter."

Et que vaut-il comme entraîneur ? Jetons un voile pudique sur son expérience désastreuse en tant que capitaine de Coupe Davis, où il a réussi à se fâcher avec la moitié de l'équipe. Il a aussi brièvement entraîné son compatriote Tommy Haas. "Il m'avait promis d'être présent sur tous les Masters 1000 car il allait les commenter à la télévision. C'était une promesse en l'air", soupire le sportif allemand. Avec Djokovic, il s'est engagé à assister à un grand nombre de tournois. Les spécialistes sont sceptiques : "Je n'arrive pas à l'imaginer assis en tribune, abrité sous une serviette, pendant quatre heures, dans le cagnard australien lors de l'Open d'Australie", écrit Sports Illustrated. Réponse mi-janvier. Si l'aventure tourne mal, il a toujours à son agenda un match de gala contre Kate Middleton, au printemps.