Roland-Garros 2021 : pourquoi ce Djokovic-Nadal est entré dans la légende

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France Télévisions
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Novak Djokovic lève sa raquette au ciel après sa victoire en demi-finale de Roland-Garros 2021 contre Rafael Nadal au terme d'un match d'exception le 11 juin 2021 (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Par le spectacle qu'elle a offert, la victoire de Novak Djokovic sur Rafael Nadal vendredi en demi-finale de Roland-Garros s'inscrit directement dans les annales du tennis.

Novak Djokovic a réussi ce que l'on pensait redevenu impossible : battre Rafael Nadal à Roland-Garros. Le n°1 mondial l'a fait vendredi 11 juin au terme d'une demi-finale en tout point exceptionnelle, un match de la trempe de ceux dont parlent comme on conte une histoire ceux qui l'ont vécu de leurs propres yeux ou devant leurs écrans. Ce Djokovic – Nadal rejoint celle du Grand Chelem parisien, et plus largement encore celle de la balle jaune.

Un niveau de jeu stratosphérique

L'histoire aurait pu se rappeler de cet affrontement entre deux des plus grands joueurs de l'histoire du tennis comme d'un bis repetita de la finale de Roland-Garros 2020, malheureusement dispensable. Rafael Nadal a débuté le match ce vendredi soir comme il y a quelques mois : en le rendant à sens unique (5-0). Mais déjà, les rallyes étaient là, les défenses de fer de part et d'autre aussi.

Puis le score a rejoint la manière, et a trouvé une forme d'équilibre. Le choc s'est fait immense par la qualité des deux hommes, au sommet de leur art, capable de points absolument renversants. Des highlights, même le fond du Top 100 est capable d'en produire. De faire de chaque point une baston où chaque précieux avantage se doit d'être mérité est définitivement l'apanage des plus grands. On ne devrait pas être surpris avec ces deux-là. Mais on n'a pu qu'être subjugué. "C'est une des soirées et un des matchs dont on se souvient pour l'éternité" s'est émerveillé Novak Djokovic juste après la rencontre en conférence de presse. Si même ses acteurs le disent.

Les meilleurs moments du match Rafael Nadal - Novak Djokovic

Le 3e set, 93 minutes de pur plaisir

Il y a eu le troisième set du Murray-Del Potro en Coupe Davis 2016, le cinquième entre Federer et Nadal en finale de l'Open d'Australie 2017 ou le premier entre le Suisse et Djokovic il y a dix ans au même stade, dans cette même arène du Chatrier. Désormais dans la hiérarchie moderne des sets qu'il faut avoir vécus, le troisième de ce Djokovic-Nadal se devra d'être placé dans les hauteurs. Cette manche, longue de 93 minutes, avait absolument tout.

De l'intensité avec des échanges d'un dureté folle. De la dramaturgie avec deux breaks de part et d'autre, et Nadal qui repousse l'échéance alors que Djokovic servait pour l'emporter 6-4, avant d'avoir une balle de set à 6-5. Une atmosphère d'arène, comme si le court central avait finalement été autorisé à être plein jusqu'à la glotte. Il ne l'était pas dans les gradins. Mais ce troisième set l'a fait hurler comme si aucun point ne pourrait être plus beau que celui de l'instant. Une leçon de tennis que l'on se repassera encore longtemps.

Des gladiateurs de 35 et 34 ans, mais un duel physique d'exception pendant 3h30

Remballez la NextGen, ces vieux-là en ont toujours sous le capot. Ne croyez surtout pas que Rafael Nadal et Novak Djokovic sont sur le déclin physique, comme leur année de naissance pourrait légitimement l'indiquer. Les deux rivaux ont livré une bataille d'une intensité rare, homérique, où chaque coup avait pour but d'agresser l'adversaire. Combien de courses, de passings en rupture ont pu enchaîner les deux hommes sans jamais montrer un instant de faiblesse ?

Il a fallu attendre le début du quatrième set pour voir la première fêlure craqueler la cuirasse majorquine. Nadal a appelé le soigneur, enlevé le strap qui maintenait son pied et n'a plus dès lors été le même. La nature a rappelé que le tennis est un sport d'être humain, où le corps comme le mental peuvent faiblir et tout aller très vite. Elle ne nous fera pas bouder d'avoir pu vivre 3h30 d'une telle joute physique.

Une dérogation inattendue et le public explose

Des premiers sifflets, des quolibets même. Puis un murmure, la confusion. Et un message de quelques secondes de Marc Maury, la voix du tournoi. "Je le rappelle (sic), en accord avec les autorités nationales, le match va pouvoir aller en son terme en votre présence." Les 5000 spectateurs explosent, chantent à la gloire du Président de la République, puis entonnent une vibrante Marseillaise.

Cette demi-finale à rallonge, après un premier thriller plus tôt dans l'après-midi entre Stefanos Tsitsipas et Alexander Zverev, semblait promise à une petite mort avec le couvre-feu à 23 heures. Cette échéance lui a donné un soupçon de tension supplémentaire, et certainement un peu plus d'envie encore du public de profiter d'un tel niveau. Lui donner l'opportunité de transgresser les règles en vigueur depuis des mois pour une telle bouffée d'émotions, de vie concentrée sur un court de tennis rendra dans tous les cas ce match unique. "C'est la plus belle ambiance, la plus belle énergie que j'ai vécue ici" a reconnu Novak Djokovic.

1/2 finale : l'interview de Gilles Moretton qui a arraché la dérogation pour le maintien du public

Faire tomber Nadal deux fois dans son jardin : Djokovic géant parmi les grands

Il n'y a guère que les légendes pour en faire tomber d'autres de la sorte. Battre Rafael Nadal à Roland-Garros est la version 21e siècle des Douze Travaux d'Hercule. Il ne suffit pas de le breaker pour le faire douter. Il ne suffit pas de lui prendre un set pour le faire tomber. Le mettre à terre une deuxième fois tient de l'authentique exploit. Car si son organisme a empêché Rafael Nadal de pouvoir se battre à 100% jusqu'au dernier point, Novak Djokovic est allé chercher au mérite sa victoire. "Le plus grand match que j'ai joué ici à Paris, c'est sûr, dans le Top 3 de ma carrière" a-t-il volontiers admis.

Nombreux étaient ceux à citer encore Robin Söderling comme celui qui avait fait tomber le Roi Rafa dans son antre, oubliant presque que le Djoker l'avait déjà réussi, en quart de finale en 2015. Il sera désormais impossible d'omettre le Serbe, qui, s'il a beaucoup perdu contre Nadal aux Internationaux de France, restera probablement à jamais le seul à avoir battu le plus grand joueur de l'histoire de la terre battue sur la plus belle des scènes d'ocre, à Roland-Garros. A l'impossible, Novak n'est tenu.

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