"On est tous un peu dépressifs" : avec le Covid-19, les joueurs de tennis ont presque perdu le plaisir de jouer

L'absence de public, d'interactions sociales et les contraintes sanitaires de plus en plus lourdes pèsent sur le moral des tennismen et tenniswomen français. Certains envisagent même une retraite anticipée.

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Radio France
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Les tennismen britanniques Cameron Norrie et Daniel Evans touchent la raquette l'un de l'autre au lieu de se serrer la main à la fin de leur match en raison du Covid-19, à l'Open d'Australie de Melbourne, le 9 février 2021. (WILLIAM WEST / AFP)

Ils sont isolés et confinés. Surveillés et testés tous les jours. À cause de l'épidémie de Covid-19, les joueurs et joueuses de tennis s’entraînent sans conviction avant de disputer des matchs dans des stades sans public, sans atmosphère, sans ambiance. Pour tous, c’est déstabilisant voire déprimant.

Ce vague à l'âme, le Français Pierre-Hugues Herbert le constate tous les jours : "On est tous un peu dépressifs. Avec les tournois aujourd'hui avec des bulles, de plus en plus de choses à faire pour pouvoir rentrer dans les pays, les voyages qui s'allongent parce qu'il y a de moins en moins de vols..."

"Il n'y a pas d'échanges, pas de chaleur humaine. On est tous un peu nostalgiques de la vie qu'on avait avant le Covid."

Pierre-Hugues Herbert

à franceinfo

Et certains craquent, comme Benoît Paire. Lui exprime son mal-être sur le court, maladroitement, en affichant l’image d’un sale gosse mal élevé, grincheux, incontrôlable. Une attitude qu’il avait tenté de justifier il y a un mois et demi à l’Open d’Australie : "C'est délicat pour des mecs comme nous, émotifs, aimant le jeu, aimant l'ambiance, ça nous désavantage énormément."

"C'est très pénible d'être testé constamment"

Le tennis est devenu insipide et ennuyeux. Alors les joueurs n’hésitent plus à afficher leur désarroi, à l’image d’Alizé Cornet : "C'est juste qu'il y a un petit peu de lassitude. J'en ai un peu ras le bol. Quand je sais que je vais devoir retourner à l'entraînement sans trop savoir quand va être mon prochain match, c'est un peu un coup dur pour ma motivation à chaque fois. En ce moment il faut s'adapter, ce que je ne fais pas très très bien."

Ils sont nombreux aujourd’hui à considérer que jouer au tennis en ce moment n’a plus vraiment de sens. Pour Christophe Bernel, médecin psychiatre, responsable du pôle mental à la Fédération française de tennis (FFT), il est impératif que les joueurs retrouvent le plaisir de jouer : "Il faut garder ce lien au jeu, à l'enfance, à être content de bouger avec son corps, les sensations. Après c'est sûr que c'est très pénible d'être testé constamment."

"Ils sont dans une bulle, ils ont très peu de relations sociales. C'est encore plus indispensable de prendre du plaisir sur le court, à l'entraînement et en match parce que sinon c'est vrai que ça devient très compliqué."

Dr Christophe Bernel

à franceinfo

Et c’est parfois tellement compliqué que des joueurs et joueuses envisagent de prendre leur retraite. Alizé Cornet y pense : "Moi j'ai quand même 16 ans de circuit dans les pattes. Je pense que c'est peut-être plus facile, quand on a 20 ans et qu'on a les crocs, de savoir pourquoi on est là. Quand on est plus vieux, il faut se trouver des raisons et c'est plus dur, je trouve."

En attendant, 21 joueurs dont quatre des six meilleurs mondiaux ont décidé de ne pas se rendre cette semaine à Miami pour le premier tournoi Masters 1000 de la saison. C’est la première fois depuis 2004 que le prestigieux tournoi américain se déroulera sans Novak Djokovic, Rafaël Nadal et Roger Federer.

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