Roland-Garros 2021 : introvertie, déprimée et sous pression... Naomi Osaka, écrasée par sa gloire précoce

Quadruple vainqueur en Grand Chelem à seulement 23 ans, la joueuse japonaise a décidé lundi soir de se retirer du tournoi parisien afin de se préserver.

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France Télévisions
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Alors qu'elle avait passé le 1er tour, Naomi Osaka a annoncé son retrait de Roland-Garros lundi 31 mai. (ROB PRANGE / SPAIN DPPI)

"Je pense que la meilleure chose pour le tournoi, pour les autres joueuses et mon bien-être est de me retirer. Cela permettra à tout le monde de se focaliser sur le tennis à Paris. Je n'ai jamais pensé ni voulu que la situation en arrive là". Dans un message posté sur ses réseaux sociaux lundi 31 mai en début de soirée, Naomi Osaka a annoncé qu'elle ne continuerait pas son aventure à Roland-Garros cette année. La veille, elle avait pourtant validé sa qualification pour le 2e tour grâce à un succès contre la Roumaine Patricia Maria Tig (6-4, 7-6).

La Japonaise a été dépassée par les conséquences de sa décision de ne pas participer aux conférences de presse d'après-match, prononcée le 26 mai avant même le début du tournoi. "J'ai souvent eu l'impression que les gens n'avaient pas de considération pour la santé mentale des athlètes, encore plus lors des conférences de presse. On est souvent assis à recevoir des questions auxquelles on a déjà répondu plusieurs fois ou d'autres semant le doute dans notre esprit, avait-elle argumenté sur son compte Twitter. J'ai vu tellement de vidéos d'athlètes s'effondrer en larmes après une défaite en salle de presse, et vous aussi. Je pense que cette situation revient à frapper une personne déjà à terre."

Une amende de 15 000 dollars

Dimanche, Osaka avait appliqué ce qu'elle avait prévu de faire – malgré quelques timides réponses sur le court après sa victoire –, ce qui n'avait pas été du goût des organisateurs parisiens. Dans un communiqué signé par les directeurs des tournois du Grand Chelem, la Japonaise a appris rapidement qu'elle devrait s'acquitter d'une amende de 15 000 dollars pour refus "d'honorer ses obligations contractuelles envers les médias". C'est 24 heures après sa sanction qu'elle a décidé de quitter cette édition des Internationaux de France.

La quadruple vainqueur en Grand Chelem, qui n'a jamais fait mieux qu'un 3e tour à Roland-Garros, a expliqué vouloir préserver sa santé mentale et éviter de créer des conflits. "J'accepte de dire que le timing de mon message n'était pas idéal et que mon message aurait pu être plus clair. J'ai écrit directement aux organisateurs en m'excusant et en leur expliquant que je serais heureuse de parler avec eux une fois que le tournoi sera terminé", a-t-elle insisté. Se sachant "vulnérable" et "anxieuse", elle voulait éviter de s'ajouter de la pression.

La rançon de la gloire

"La vérité est que j'ai souffert de longs épisodes de dépression depuis l'US Open en 2018 et j'ai eu beaucoup de mal à y faire face", a surtout écrit la tenante du titre de l'Open d'Australie et de l'US Open. Propulsée du jour au lendemain comme la future grande du tennis à seulement 20 ans lors de son premier sacre à Flushing Meadows en 2018, Naomi Osaka avait déjà évoqué à plusieurs reprises ses difficultés pour digérer ses exploits et les attentes qu'ils génèrent. Eliminée successivement en huitièmes de finale à Indian Wells et au 3e tour à Miami en mars 2019, la Japonaise, alors au sommet du classement mondial, avait avoué "manquer de maturité" lors d'un premier coup de moins bien.

"C'était très dur pour moi dans mes premiers tournois en tant que n°1 mondiale. Je me suis définitivement mis beaucoup trop de pression", avait-elle ajouté en conférence de presse lors du tournoi de Stuttgart en avril. Depuis, la native du quartier de Chūō-ku à Osaka, au Japon, a retrouvé les sommets en décrochant deux nouveaux titres en Grand Chelem qui n'ont bien sûr fait qu'accentuer la pression sur ses épaules.

Si elle se définit comme une personne "introvertie" et loin d'être "une oratrice douée en public", chacun de ses mots ou faits et gestes font réagir le monde entier. Son retrait de Roland-Garros a par exemple suscité la réaction de la star de la NBA Stephen Curry. "Tu ne devrais jamais avoir à prendre une telle décision alors que c'est à ceux détenant le pouvoir qu'il revient de protéger les siens. Immense respect", a-t-il écrit.

Involontairement peut-être, Naomi Osaka est une voix qui compte dans le monde du sport. À Cincinnati en 2020, elle avait déjà annoncé un retrait, cette fois pour protester contre "l'injustice raciale" et "les violences continues de la police" américaine après l'interpellation de Jacob Blake, trois mois après la mort de George Floyd. Les matchs du tournoi avaient alors été arrêtés pendant plusieurs jours et celle qui a grandi aux Etats-Unis avait finalement réintégré le tableau.

Dépassée par ce qu'elle incarne

Grâce à sa précocité, sa double identité nippo-américaine et un contexte favorable (une hiérarchie loin d'être figée sur le circuit WTA et l'approche des Jeux olympiques de Tokyo), elle a également attiré un grand nombre de sponsors. Au moins 25 marques ont été à un moment associées à la tenniswoman. D'après le magazine américain Forbes, Naomi Osaka a touché 37,4 millions de dollars entre juin 2019 et mai 2020, soit la somme la plus élevée jamais recensée pour une sportive sur une seule année.

Sous le poids écrasant des intérêts de grandes firmes et des attentes de ses nombreux fans, l'actuelle n°2 mondiale a du mal à trouver de la place pour préserver son bien-être psychologique. En associant son nom et son image à autant d'entreprises influentes, elle s'est également retrouvée au milieu d'une polémique sans en être responsable. Son sponsor Nissin a notamment été accusé d'avoir sciemment blanchi la peau de la championne dans un spot publicitaire animé. Et lorsqu'elle vexe la presse internationale en refusant de se présenter devant elle, à tort ou à raison, Osaka a encoré été dépassée et plombée par ce qu'elle incarne.

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