Tennis : dans les pas de Rafael Nadal, Carlos Alcaraz, nouvelle étoile du tennis mondial, "impressionne tout le monde"

A 19 ans, l’Espagnol a remporté dimanche à Madrid son second Masters 1000. Il fait office de sérieux prétendant à la victoire à Roland-Garros.

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Carlos Alcaraz, lors de la finale de Barcelone face à Pablo Carreno Busta, le 24 avril 2022.  (JOAN MONFORT / AP)

Son nom est sur toutes les lèvres. L'Espagnol Carlos Alcaraz éblouit la planète tennis par sa fulgurante ascension. Inconnu du grand public il y a encore deux ans, l'Espagnol brun aux cheveux courts et yeux marron compte parmi les outsiders à Roland-Garros pour sa seconde participation, d'autant plus après son titre, dimanche 8 mai, à Madrid, son deuxième Masters 1000 en carrière. Avec 27 victoires à son actif cette saison pour trois défaites, dont des succès face aux géants Rafael Nadal et Novak Djokovic, le Murcien fait désormais partie des prétendants à la victoire à Paris. 

Depuis son premier tournoi sur le circuit principal en 2020, il enchaîne les records de précocité. En février, il remporte son premier ATP 500 à Rio de Janeiro et devient, à 18 ans, 10 mois et le plus jeune tennisman à s'offrir un tournoi de ce calibre. En mars, il glane son premier Masters 1000 à Miami. Là encore, il est le plus jeune joueur à remporter le titre en Floride, et inscrit même son nom dans l'histoire en devenant le premier espagnol à y soulever le trophée. Cinq fois finaliste, Rafael Nadal n'a en effet jamais réussi à s'y imposer.

Une précocité à tous les niveaux 

Seuls deux hommes ont fait mieux dans l'histoire des Masters : l'Américain Michael Chang à Toronto en 1990 (18 ans, 5 mois et 7 jours), et Rafael Nadal à Monte-Carlo en 2005 (18 ans, 10 mois et 14 jours), rappelait en avril le compte Jeu, Set et Maths sur Twitter. Vous en voulez encore ? Lors du dernier Open d'Australie, alors sorti des qualifications, Alcaraz est devenu le plus jeune joueur espagnol à gagner un match en Grand Chelem depuis Nadal en 2003.

Encore 318e au classement ATP le 16 mars 2020, 114e place il y a un an, il est ce lundi 6e mondial. Où s'arrêtera-t-il ? Alcaraz "est un joueur qui progresse à une vitesse phénoménale, expliquait mi-avril Patrick Mouratoglou, consultant pour France Télévisions dans "Tout le sport". Quand un joueur brûle les étapes comme lui, en général, c'est très bon signe. Il impressionne tout le monde par la qualité de sa frappe, par ses qualités physiques et sa capacité à gagner."

"Il va probablement devenir bientôt l'un des meilleurs joueurs du monde. Je crois qu'il va brûler les étapes très vite", avançait quant à lui Rafael Nadal, le 5 mai 2021, devant les journalistes, après sa victoire expéditive face à Alcaraz à Madrid (6-1, 6-2) au deuxième tour. En effet, le jeune joueur a sauté les marches quatre par quatre : un an plus, tard, c'est lui qui a pris le meilleur sur son aîné en quarts de finale du tournoi espagnol (6-2, 1-6, 6-3).

Carlos Alcaraz et Rafael Nadal posent avant leur match au Masters 1000 de Madrid, le 5 mai 2021. (MAXPPP)

Evidemment, on ne peut s'empêcher de comparer les deux Espagnols. Ils ont commencé sur le circuit professionnel à 15 ans et ont remporté leur premier tournoi à 18 ans. C'est aussi à cet âge qu'Alcaraz est devenu le plus jeune joueur à intégrer le Top 10 mondial depuis... Rafael Nadal en 2005. 

Au-delà des chiffres, le jeune prodige partage avec le Majorquin son coup droit dévastateur, ses prédispositions sur la terre battue, son mental d'acier, ainsi qu'une attitude et une humilité saluées de tous. Pour beaucoup, une telle comparaison aurait été étouffante et paralysante. Carlos Alcaraz a lui réussi à la transformer en moteur pour gagner. "Grâce à 'Rafa', j'ai appris l'importance de jouer avec une grande énergie et de tout donner de la première à la dernière balle. Le défi d'essayer d'aller là où 'Rafa' est allé est aussi une grande motivation pour moi, même si je sais que c'est presque impossible", confiait-il en avril en conférence de presse après sa victoire au Masters 1000 de Miami. 

Un style de jeu plus proche de Federer et de Djokovic

Toutefois, Alcaraz sait aussi se démarquer de l'ombre du géant, comme le rapportait le Corriere della Sera (article en italien). "Je suis de Murcie, lui de Majorque. Il est gaucher, pas moi. Moi, quand j'étais petit, j'étais tout sauf un guerrier : petit, maigrichon et peu puissant. L'opposé de Nadal…"

Sur le court, son style se rapproche d'ailleurs plus d'un Roger Federer ou d'un Novak Djokovic. Son tennis est efficace aussi bien sur terre que sur dur et plus offensif que celui de "Rafa". Sa palette de coups, déjà très complète, allie des coups puissants et à plat à d'autres plus délicats, en passant par un jeu grisant au filet. "J'aime être agressif, marquer beaucoup de points directs. Mon style ressemble plus ou moins à celui de Federer", estimait-il en février 2020 sur le site de l'ATP.

Carlos Alcaraz au filet lors de la finale du Masters 1000 de Miami, le 3 avril 2022, face au Norvégien Casper Ruud. (MAXPPP)

Comme les joueurs du "Big 3" historique, Carlos Alcaraz apprend vite, signe d'une maturité étonnante vu son âge. Sa défaite en novembre 2021 face à Hugo Gaston en huitièmes de finale au Masters de Paris-Bercy, devant un public totalement dévoué à la cause du Tricolore, en constitue un des exemples les plus frappants. Carlos Alcaraz, qui menait 5-0 au deuxième set, a complètement perdu le fil du match avant de s'incliner 6-4, 7-5. "J'ai connu un véritable blocage mental. J'ai été submergé, je ne savais plus jouer", racontait-il en février dans L'Equipe (article pour les abonnés).  "En sortant, j'ai pleuré, j'avais un sentiment d'impuissance. (...) Après un ou deux jours, ça avait bien refroidi. Je me suis alors dit que c'était chouette d'avoir vécu cette situation, afin d'emmagasiner assez d'expérience pour que ça ne se reproduise pas, en tout cas pas de la même façon." 

C'est "de loin le match qui a le plus servi à Carlos en 2021, assurait Juan Carlos Ferrero. L'ex-numéro un mondial et vainqueur de Roland-Garros en 2003, entraîne Alcaraz depuis ses 15 ans.

"Lors du dernier NextGen Masters (qu'il gagne), en novembre 2021 à Milan, ce que Carlos souhaitait le plus au monde, davantage même que le titre, c'était de pouvoir rejouer tout de suite contre Hugo Gaston, et ça dit énormément de sa personnalité."

Juan Carlos Ferrero, coach de Carlos Alcaraz

à L'Equipe, en février 2022

Son élève ne semble pas du genre à prendre la grosse tête. "Je suis en train de faire de belles choses, je gagne des titres. Alors forcément, dans ces moments-là les gens parlent de toi, j'essaie de prendre cela simplement et de continuer sur le chemin que je me suis fixé", soulignait à Monte-Carlo au micro de "Tout le sport", celui qui "rêve est d'être un jour le numéro un mondial" et "gagner tous les tournois du Grand Chelem". Modeste donc, mais ambitieux. "Je peux gagner un Grand Chelem cette année. Et je n'ai pas peur de le dire", confiait-il du reste en avril au quotidien sportif espagnol Marca (article en anglais)

Carlos Alcaraz et son coach, Juan Carlos Ferrero, célèbrent la victoire du jeune espagnol à Barcelone, le 24 avril 2022.  (MAXPPP)

Son début de carrière en fanfare impressionne aussi les autres joueurs du circuit. "C'est incroyable, ce qu'il fait. A son âge, je ne sais même pas si j'avais un point ATP. A chaque match, il prouve un peu plus son énorme potentiel", a déclaré l'Italien Matteo Berrettini après sa victoire au jeu décisif du cinquième set contre Alcaraz au troisième tour de l'Open d'Australie. "Il n'est pas le futur du tennis, il est déjà le présent", a assuré pour sa part Gaël Monfils, impressionné après sa défaite contre lui en huitièmes de finale à Indian Wells, en mars.

Même Tony Nadal ne tarit pas d'éloge à son sujet. "Au cas où quelqu'un aurait des doutes, il n'y en a plus : le tennis espagnol n'a pas seulement un horizon prometteur, il a Carlos Alcaraz. Il n'est pas seulement le joueur actuel mais probablement le mieux placé pour succéder aux membres du 'Big 3' sur la scène mondiale", a-t-il écrit en septembre 2021 dans une chronique parue dans El Pais (contenu en espagnol pour les abonnés). En Espagne, il est déjà la nouvelle coqueluche de la presse nationale. Quand El Pais (article pour les abonnés) parle de "diamant brut à polir avec le temps", Mundo deportivo écrit : "Carlos Alcaraz, de par son jeu et sa personnalité sur le court, est déjà à seulement 18 ans le nouvel et irrésistible aimant du public, où qu'il joue."

Continuera-t-il sur sa lancée à Roland-Garros ? Il figure en haut de la liste des prétendants, avec Nadal, Djokovic et Tsitsipas. L'histoire est déjà prête à lui faire sa place. En juin 2005, Rafael Nadal, à tout juste 19 ans, remportait son premier titre à Roland-Garros. On imagine sans mal Alcaraz connaître un destin comparable porte d'Auteuil.

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