"Sévère blessure au dos. Ne peux pas me lever" : la course contre la montre pour sauver la vie du skipper Abhilash Tomy

Gravement blessé après que son bateau s'est retourné lors de la Golden Globe Race, ce concurrent indien est à la dérive, à plus de 1 800 milles nautiques au large des côtes ouest de l'Australie.

Le skipper indien Abhilash Tomy sur son navire \"Thuriya\", le 1er juillet 2018 aux Sables-d\'Olonne (Vendée).
Le skipper indien Abhilash Tomy sur son navire "Thuriya", le 1er juillet 2018 aux Sables-d'Olonne (Vendée). (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

"Retourné. Démâté. Sévère blessure au dos. Ne peux pas me lever"L'alerte a été donnée, vendredi 21 septembre, par un message aussi glaçant que laconique reçu à 14h09 (heure française) au quartier général de la Golden Globe Race, aux Sables-d'Olonne (Vendée). Le skipper Abhilash Tomy est en perdition au milieu de l'océan Indien, "aussi éloigné que l'on puisse l'être de toute aide"Le tracker GPS du Thuriya, son voilier, le place juste au-dessus du 42e parallèle sud, la ligne d'exclusion tracée pour protéger la flotte des tempêtes et des icebergs. Le code rouge est immédiatement déclenché et les concurrents du navigateur indien sont invités à lui porter secours. Mais le plus proche, Gregor McGuckin, a lui aussi démâté.

Une course contre la montre s'engage. Les Australiens du Centre de coordination des opérations de sauvetage de Canberra, les Français du Centre de secours maritime de La Réunion et la marine indienne, dont Tomy est un officier, entrent dans la danse. "Le fait qu’Abhilash n’ait pas été en mesure de prendre contact par SMS ou téléphone, ni de déclencher sa balise de détresse est inhabituel et suggère qu’il reste frappé d’incapacité, commente sobrement l'organisation de la course vendredi soir. Le seul lien que nous recevons du voilier est celui du signal de suivi de position du tracker, mais la durée de vie des batteries est limitée". Le navire dérive, à une centaine de kilomètres au sud de l'île française de Saint-Paul.

"Le temps joue contre lui"

L'espoir revient samedi, "aux premières lueurs de la matinée". Abhilash Tomy parvient à envoyer un nouveau message. "Extrêmement difficile de marcher, peut-être besoin de civière, ne peux pas marcher, heureusement en sécurité à l'intérieur du bateau. Impossible d'atteindre le 2e YB3 [l'unité de messagerie portable Yellow Brick] ou quoi que ce soit. Téléphone satellite hors service", écrit-il. Le skipper communique grâce à la première YB3, dont les piles "peuvent durer des jours". Un peu de modernité sur un petit voilier dépourvu d'outils de navigation récent, comme l'exige cette course qui renoue avec l'esprit des pionniers de la course autour du monde en solitaire.

Son état de santé semble se dégrader rapidement. "Peux bouger les doigts de pied, me sens engourdi. Ne peux ni manger ni boire. Difficile d'atteindre mon sac d'urgence", écrit-il dans la soirée. Au micro de franceinfo, le navigateur Alain Gautier, consultant sécurité sur le Vendée Globe, décrit une situation "extrêmement délicate". "Sans vitesse et avec un marin qui n'est pas capable de mener son bateau, le bateau peut aussi se retourner une autre fois, redoute-t-il. Le temps va jouer contre lui".

Un premier contact visuel établi

A Perth, en Australie, la frégate Anzac HMAS Ballerat se prépare à lever l'ancre. "Elle mettra 4-5 jours à atteindre la zone, mais bénéficie d’un hélicoptère et d’installations médicales à bord", précise les organisateurs de la course. Le skipper en détresse dérive à quelque 1 800 milles marins (3 330 kilomètres) des côtes ouest de l'Australie. Côté Français, le patrouilleur Osiris, qui terminait une mission à Kerguelen, fait route vers la position du Thuriya, qu'il pourrait atteindre lundi matin, selon la préfecture de la Réunion.

Un avion militaire indien décolle de l'île Maurice pour tenter d'établir un contact. C'est chose faite dans la nuit de samedi à dimanche, comme le raconte la marine indienne sur son compte Twitter.

"Le mât est brisée et le navire est très balotté par les vagues", indique un porte-parole de l'armée, cité par Hindustan Times. Sur le compte Twitter des organisateurs, on apprend que le skipper a entendu l'avion et qu'il est parvenu à boire du thé glacé. Il demande également à quelle heure les secours doivent arriver. Le premier navire attendu sur place est celui de Gregor McGuckin, qui a réussi à se fabriquer un gréement de fortune et fait route vers le navire de Tomy.

Même si son son moteur "s'arrête sans arrêt" à cause de l'eau de mer qui a contaminé son carburant, l'Irlandais pourrait rejoindre son camarade en détresse entre 20 heures et 2 heures dimanche soir (heure française). Il devrait être suivi de près par le patrouilleur Osiris. La marine indienne a indiqué, dimanche vers 16 heures, que le navire français devrait rejoindre le naufragé "dans les 16 prochaines heures". Le bateau est actuellement à 305 km d'Abhilash Tomy.