Ascension des quatorze "8 000" par l'alpiniste Nirmal Purja : "Les Népalais ne font plus de la figuration"

L'alpiniste Nirmal Purja revendique mardi 29 octobre l'ascension des quatorze montagnes de plus de 8 000 mètres. Le record du Népalais traduit un nouveau "phénomène" dans l'alpinisme, selon le journaliste spécialisé Jean-Michel Asselin.

L\'alpiniste népalais Nirmal Purja, au sommet du Gasherbrum II, entre la Chine et le Pakistan, le 18 juillet 2019.
L'alpiniste népalais Nirmal Purja, au sommet du Gasherbrum II, entre la Chine et le Pakistan, le 18 juillet 2019. (HANDOUT / NIRMAL 'NIMS' PURJA - BREMONT PR)

L'annonce, par l'alpiniste népalais Nirmal Purja, de l'ascension des quatorze "8 000" montre que "les porteurs népalais s'autonomisent", selon le journaliste et alpiniste Jean-Michel Asselin, auteur de plusieurs livres sur l'alpinisme et co-animateur de l'émission "Passion Montagne", sur France Bleu Isère. Il estime que ce record contribue notamment à mettre en valeur les peuples népalais "qui accompagnent ces alpinistes et qui leur permettent de vivre leur rêve." Nirmal Purja a annoncé mardi 29 octobre, dans un message publié sur sa page Facebook, avoir gravi les quatorze montagnes de plus de 8 000 mètres d'altitude en seulement sept mois, un record historique.

Qu'est-ce qui est le plus impressionnant dans l'exploit de Nirmal Purja ?

Jean-Michel Asselin : C'est surtout la vitesse qui est assez hallucinante. Il a attaqué l'Annapurna, son premier 8 000, le 23 avril. Il termine le 29 octobre avec le Shishapangma. Tout ça en passant par le Pakistan et des sommets comme le K2. Il faut savoir qu'en quelque quatre semaines au Népal, il avait bouclé six sommets de plus de 8 000 mètres. Donc à mon avis, son record va tenir longtemps. Après, ce qui est très important, c'est qu'on ne peut pas tout comparer. Il est certain que si Nims Dai, c'est son surnom, a fait quelque chose de fantastique, s'il a prouvé qu'il avait une force, une capacité extraordinaires de logisticien en altitude, on ne peut pas comparer, par exemple, au dernier record du Coréen Kim Chang-Ho, qui a fait le challenge en sept ans, (...) ou encore Reinhold Messner en 16 ans. En fait, on n'est pas du tout dans le même type d'alpinisme. Par exemple, ce n'est pas avec une telle performance que Nirmal Purja obtiendra la récompense magnifique des alpinistes, qui s'appelle le Piolet d'or.

Justement, qu'est-ce qui est apprécié dans le milieu de la montagne, plus peut-être que cette vitesse supersonique ?

Ce qui est très apprécié dans le milieu de la montagne, c'est ce qui fait l'histoire de la montagne, à savoir la conquête des cimes les plus difficiles par des voies nouvelles et ce qu'on appelle "en bon style", c'est-à-dire qu'on n'utilise pas de porteur d'altitude, d'oxygène, de corde fixe. Maintenant, ça, c'est une façon de faire de l'alpinisme. Il y a dix mille façons de faire de l'alpinisme. Faire de l'alpinisme, c'est simplement aimer la montagne et quand vous mettez vos petits crampons et que vous allez faire le couloir nord des Rouies, dans le Valgaudemar, vous êtes un alpiniste et donc, Nirmal Purja est un alpiniste, il est un alpiniste exceptionnel. Et ce qui est remarquable dans son aventure, c'est que ça traduit un phénomène qui dure depuis une dizaine d'années. Les porteurs népalais, les sherpas, s'autonomisent. Ils ne font plus de la figuration.

Avant, il n'y avait pratiquement que des Occidentaux dans ce classement des meilleurs alpinistes ?

Bien sûr, il n'y avait que ça. Sauf qu'on oubliait derrière toute la logistique des nombreux Sherpas, Tamangs, Gurungs qui accompagnaient ces alpinistes et qui leur permettent de vivre leur rêve. Par exemple, les vrais héros d'une montagne comme l'Everest, on sait depuis longtemps que ce sont essentiellement les porteurs d'altitude, les guides sherpas, tamangs et autres. (...) Pour l'instant, les Français ont eux tous buté dramatiquement. Qu'ils s'appellent Jean-Christophe Lafaille ou Benoît Chamoux, qui a buté sur son quatorzième sommet, il a disparu sur le Kangchenjunga. Donc il y a des Français intéressés, on a aussi la Française Sophie Lavaud, elle en a, je crois, une dizaine ou une douzaine donc elle n'est pas loin de réussir. Mais c'est très difficile.