Ski alpin - Antoine Dénériaz : "Pinturault est un champion hors norme"

Champion olympique de descente en 2006 à Turin, Antoine Dénériaz revient sur le week-end faste d’Alexis Pinturault, double vainqueur en Géant à Adelboden (Suisse) et sur son ambition de remporter son premier gros globe de cristal. L'ancien spécialiste de la descente voit le Français lutter avec Aleksander Aamodt Kilde pour le titre suprême de la Coupe du monde de ski alpin.
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France Télévisions
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 (FABRICE COFFRINI / AFP)

Avec ses deux victoires de suite en géant à Adelboden (Suisse), comment analysez-vous cette saison pour Alexis Pinturault ?
Antoine Dénériaz :
 "Pour l’instant c’est une super saison. En géant, il a montré à Adelboden qu’il domine le sujet et les autres. Même lors de la deuxième course, il est 2e à 30 centièmes, il refait le retard et gagne derrière. Faire le doublé comme cela, c’est énorme. Cela prouve qu’en géant, il est au-dessus du lot."

Pensez-vous que ça peut être la bonne année pour le gros globe de cristal ?
AD
: "Oui je pense que ça peut être la bonne s’il continue. Ça va se jouer à peu de choses avec Aleksander Aamodt Kilde parce que sur les disciplines de vitesse comme la descente et le Super-G, Kilde peut marquer des gros points. C’est à la fin de la foire qu’on va compter les points (rires) mais il est le grand favori avec Kilde. Il faut voir dans quel sens ça va tomber. Il y avait beaucoup de géants récemment, il y en aura un peu moins dans les prochaines semaines. Mais il reste pas mal de slaloms, donc ça va s’équilibrer. Il faut qu’il gratte des points sur les combinés, super-G et slaloms. Il reste encore deux slaloms à Chamonix, puis à Wengen, Kitzbühel (sept en tout), ça peut jouer en sa faveur."

Le calendrier adapté au Covid, avec deux Géants en deux jours comme ce week-end ou les prochains à Bansko fin février, ça peut lui être bénéfique ?
AD
"Dans le malheur général, il a eu la petite chance de faire deux géants de suite et sur un week-end où il est en super forme, sur une piste qu’il sent bien. Ce qu’il a fait est quand même énorme : Adelboden est un des géants les plus beaux et les plus compliqués, et y enchaîner deux victoires avec une telle maîtrise, c’est exceptionnel. C’est bien qu’il domine sa discipline de base, il faudra voir s’il arrive à marquer des bons points en slalom et super-G. Il est favori, et il fait quand même une carrière exceptionnelle." 

Que lui manque-t-il pour aller chercher le gros globe de cristal justement ?
AD
"On dit souvent des courses d’un jour qu’il faut un peu de chance, je crois que sur les globes c’est pareil. Pour le gagner, il faut un petit coup de pouce du destin et pour l’instant, ça n’a pas souri à Alexis. Sur une saison, ça peut tourner dans les deux sens pour pas grand-chose, et jusque-là, il a manqué un peu de réussite. J’espère que ça le fera cette année, car il ne lui manque rien. A sa décharge, on lui a mis une pression très tôt en le voyant arriver, et c’était un costume difficile à porter. Mine de rien, il s'est construit, il a créé sa cellule, il est très méthodique et pointu, et il fait tout ce qu’il faut pour y arriver. Je suis parfois un peu frustré du traitement qu'il subit : il a 33 victoires en Coupe du monde, il est dans les 10 meilleurs skieurs de tous les temps, et on est toujours un peu sur sa faim car on lui promet le gros globe depuis si longtemps. Il a quand même dû batailler contre Marcel Hirscher et des gros cadors qui enchaînaient les victoires et les podiums ! Je lui souhaite vraiment de gagner ce gros globe dans pas longtemps car il le mérite."

Quel impact a pu avoir sur lui la retraite de Marcel Hirscher en 2019 ? Sur sa manière d’aborder les courses ?
AD :
"C’est sûr que sa retraite a donné des idées à beaucoup. Ça faisait 8 gros globes de cristal de suite qu’il gagnait, c’était un extraterrestre. Quand un grand leader comme lui s’arrête, chacun se dit que c’est ton tour. Henrik Kristoffersen, qui était à la bataille à l’époque, se disait que ça allait être pour lui, et finalement il est plutôt en dedans. Alexis, c’est lui-même qui se fait sa place. C’est aussi compliqué car lorsqu’un grand champion gagne tout, quelque part on a une “excuse” pour être derrière. Mais lorsqu’il arrête, il y a d’un coup une certaine pression car il faut arriver à passer au-delà de ça. Certains y arrivent, comme Alexis, d’autres non. Depuis la retraite d’Hirscher, Pinturault a pris encore une autre ampleur alors que Kristoffersen a plus de mal."

Il vient d’égaler Bode Miller en devenant le 9e skieur le plus victorieux en Coupe du monde, où le placez-vous à l’heure actuelle parmi les meilleurs skieurs français de l’histoire ?
AD :
 "Pour moi, c’est le meilleur et il n’y a pas photo. Luc Alphand a gagné le gros globe mais il a douze victoires en Coupe du monde, Pinturault en a gagné le triple ! Ça dépend de tellement de choses : certains gagnent beaucoup sans jamais toucher le globe et inversement. C’est toujours difficile de comparer les générations, mais pour moi c’est le meilleur skieur français de tous les temps. La génération de Jean-Claude Killy a vu la Coupe du monde se créer donc il n’ont pas pu courir autant de Coupes du monde mais à partir des années 1970, c’est largement lui le meilleur. Sur la régularité, le nombre de victoires, c’est le meilleur skieur français de tous les temps. Il lui manque un titre honorifique comme un titre olympique ou un gros globe. C’est sûr que si on veut vraiment marquer le grand public, il faut un titre olympique et malheureusement en France, le ski ce n’est pas le sport national. Si on veut que le grand public se souvienne de vous, il n’y a que ça qui compte. Moi j’ai un titre olympique mais je n’ai jamais gagné de globe et je n’ai que 3 victoires en Coupe du monde, Pinturault a gagné dix fois plus que moi ! (rires). C’est un champion hors norme."

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