"Il faut arrêter de croire qu'un seul morphotype amène à la performance", témoigne la patineuse Maé-Bérénice Méité

La Française a réussi à s'affirmer dans son sport sans se conformer aux normes physiques qui lui étaient imposées.

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France Télévisions
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Maé-Bérénice Méité sur la glace lors des championnats européens de patinage, le 26 janvier 2020, à Graz (Autriche) (ALEXANDER VILF / SPUTNIK via AFP)

À l'occasion de la semaine du sport féminin, franceinfo:sport s'est intéressé à l'impact des normes de beauté sur les sportives de haut niveau. La patineuse Maé-Bérénice Méité (27 ans), sextuple championne de France dans la catégorie élite (2014, 2015, 2016, 2018, 2019 et 2020), s'est affranchie des codes et des normes imposés par son sport. Celle qui a débuté le patinage artistique à cinq ans s'est confiée au sujet des réflexions dont elle a fait l'objet sur son physique et la manière dont cela l'a renforcée.

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Franceinfo:sport : Durant votre carrière, avez-vous dû faire face à certaines réflexions concernant votre physique, en rapport direct avec votre sport ?

Maé-Bérénice Méité : Le patinage est un sport qui inclut une dimension artistique. Nous sommes jugées sur le moindre détail. La robe, le maquillage, la coiffure, le visage, le physique, vont être scrutés en détails, car la ligne va jouer sur la note finale. J'ai un physique très atypique pour une patineuse. Certaines personnes ont insisté sur le fait qu’il faille que je perde du poids, afin de correspondre aux standards de la patineuse artistique, qui doit être fine, longiligne, élancée... À l'image de la princesse de la glace américaine ou de la petite poupée russe. Je ne rentre pas forcément dans ces codes-là. 

De telles réflexions s'inscrivaient-elles dans une logique de performance ou d'esthétisme ?

Les deux sont liées, c’est à la fois pour la performance et l’esthétique. Il y a pléthore de morphologies qui existent. Il n'est pas possible d'exiger de chaque patineuse qu'elle ressemble à un seul morphotype, qu’ils ont défini comme étant celui de la patineuse idéale pour accomplir une performance. Heureusement, plus on avance, plus on observe de la diversité et une meilleure compréhension de ces questions. Surtout que ce genre de réflexions peut créer de grands troubles chez la patineuse, qui la suivent même en-dehors de la glace.

Justement, comment avez-vous vécu ces réflexions et ce souci de l'esthétisme très présent dans votre entourage sportif ?

Cela n'a pas été facile à vivre au début. J’ai pris des mesures drastiques lorsque l'on m'a dit que je devais perdre du poids, car au-delà de l'esthétique, il y a le côté médical. En patinage, le poids joue. Ne serait-ce que 500 g de plus par rapport à notre poids de forme peuvent avoir une influence sur nos articulations et nous créer des inflammations. Après, il y a une façon de le dire, inutile de mettre la pression ou d'essayer des méthodes traumatiques. Un jour, j’ai tapé du poing sur la table en leur disant que j’étais en accord sur le fait que je devais perdre du poids. Mais que cela devait se faire dans le cadre d'une méthodologie précise et un suivi spécial, en adéquation avec l'objectif fixé. 

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À partir de là, les choses se sont améliorées et je me suis entourée de personnes bienveillantes. Mais il a fallu que je me rebelle. Aujourd’hui, je n’ai plus de réflexions sur mon poids mais c’est vrai que cela m'a marquée et j'en subis encore les conséquences à l'heure actuelle. 

"Je souffre de dysmorphie corporelle. Dans le miroir, je me vois un peu grosse, pas suffisamment tonique et affutée. Heureusement, j'en ai conscience."

Maé-Bérénice Méité

à franceinfo:sport

Et vous avez prouvé que votre morphololgie ne vous a pas empêchée d'atteindre le plus haut niveau...

Il est vrai que j'ai réussi à aller sur la scène mondiale. C’est la preuve qu’il faudrait connaître et comprendre tous les types de morphologie, au lieu de vouloir transformer chaque athlète en un prototype prédéfini. Je pense qu’on tend de plus en plus vers ce type de vision avec la prise de conscience générale dans le monde sportif. Après, est-ce que l'on y tend assez rapidement ? Je ne sais pas. Il faut que les acteurs du monde sportif se penchent sur la question pour faire évoluer les mentalités sur ce sujet, qui reste sensible.

Est-ce que, même au plus haut niveau, vous pensez avoir été pénalisée par votre physique ?

Je suis souvent catégorisée d'une certaine manière : "Toi t’es une personne athlétique, toi tu sais sauter, toi tu as de la force, toi tu es énergique". On me faisait prendre des programmes en fonction, on me notait en fonction aussi. Mon objectif a été de leur montrer que, oui je suis une personne athlétique, mais j'ai aussi un profil artistique. Après, ce n'est peut-être pas leur définition à eux de l’artistique, mais j’ai ma façon d’amener une approche artistique à mon patinage. J’ai essayé de développer ma patte, que je vais continuer de faire grandir et montrer qu’il y a différents genres, différents morphotypes dans le patinage.

Selon vous, les sportives sont-elles encore condamnées aujourd'hui à mettre en avant des caractéristiques physiques répondant aux stéréotypes de genre pour être visibles ?

Ce n'est pas un point sur lequel je m'attarde personnellement. Je me dis que j’ai un autre moyen de susciter l'intérêt qui va m’apporter le soutien dont j’ai besoin. En utilisant, tout simplement l’art qu'est le patinage. C'est mon arme fatale pour taper dans l’œil des sponsors et des partenaires.

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Malheureusement, je pense que, trop souvent encore, si une sportive ne rentre pas dans certains critères et n'est pas encline à poster un certain type de contenus, elle n'aura pas les retombées qu'elle souhaite. Derrière l’athlète, il y a une femme avant tout, une histoire, une aventure, des engagements. Il y a bien plus qu’un physique. Évidemment, j'appréçie poster des photos fun sur les réseaux sociaux. Mais je ne vais pas baser ma communication sur ça. Je sais que j’ai beaucoup plus à offrir et je veux que les gens voient l’athlète que je suis, la personne engagée, l’entrepreneuse et l’étudiante. 

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