ENTRETIEN. Coupe du monde de biathlon : "J'ai beaucoup de motivation, on verra si Johannes Boe en a autant que moi", prévient Quentin Fillon Maillet

Le tenant du titre du gros globe de cristal s'est confié à franceinfo: sport sur ses objectifs avant la reprise de la Coupe du monde de biathlon, à Kontiolahti (Finlande), mardi.
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Quentin Fillon Maillet pose avec son globe de cristal, le trophée pour sa victoire finale au classement général de la Coupe du monde 2021-2022. (JOEL SAGET / AFP)

Jamais rassasié, Quentin Fillon Maillet, tenant du titre de la Coupe du monde de biathlon, s'avance comme l'un des grands favoris à sa propre succession à l'aube de la nouvelle saison qui démarre en Finlande, à Kontiolahti, mardi 29 novembre. Le Jurassien, également double champion olympique (individuel et poursuite) à Pékin en 2022, a assuré à franceinfo: sport son intention de rester le maître du biathlon mondial. À 30 ans, il assume désormais son nouveau statut et ne compte pas laisser le Norvégien Johannes Boe lui reprendre sa place sur le trône.

Franceinfo: sport : Vous avez vécu une saison 2021-2022 exceptionnelle, la plus prolifique de votre carrière. Comment digère-t-on un tel exercice ?

Quentin Fillon Maillet : J’ai fini complètement épuisé. L’investissement était si important pour les courses de Coupe du monde... Pareil pendant les Jeux olympiques. Là-bas, je finissais une course et ensuite je me tournais vers la suivante. Le fait d'être mentalement en prise à chaque fois, d’essayer d’être le plus parfait partout, que ce soit dans la récupération, à l’entraînement, dans la rigueur, etc. Tout cela m’a beaucoup coûté. J’ai fini la saison exténué et la tournée des médias à Paris a été assez dure . Puis les championnats de France derrière...

Après je suis parti en vacances. Mais je suis revenu encore fatigué et je suis tombé légèrement malade. Ça a été éprouvant. Ensuite, la nouvelle saison a repris, l’entraînement, faire du sport, retrouver ce qui me plaisait. Et m’éloigner aussi un peu des médias, revenir à l’essence de ce que j’aime. Une fois ma préparation relancée, j’ai profité de tout ça. 

"Je fais évoluer mon entraînement pour rester le meilleur"

Cette fatigue importante a-t-elle changé votre préparation et est-ce que cette dernière a évolué par rapport aux précédentes ?

Si je repars sur le programme classique, globalement, je peux perdre du terrain par rapport aux adversaires qui, eux, vont continuer à progresser. L’optique, c’est toujours de continuer à avancer, prendre chaque détail pour continuer à être le meilleur. J’ai donc appris des erreurs de la saison passée. Notamment sur ma gestion des médias après les courses, je vais essayer de ne pas reproduire les mêmes choses et d'améliorer le système pour être encore meilleur. Après, c’est la même chose sur la préparation, je continue d'améliorer ma technique de ski, de tir, l’approche mentale, la nutrition, le sommeil, la récupération, enfin toutes les phases de l’entraînement, je les ai fait évoluer pour rester le meilleur.

Votre nouveau statut a-t-il rendu cette préparation plus difficile que les précédentes ?

Ça a été plus dur dans le sens où mon projet sportif me prend beaucoup plus de temps, parce que je développe beaucoup plus de choses à côté. Je m’investis encore plus à chaque entraînement donc automatiquement ça provoque davantage de fatigue. J’ai aussi plus de sollicitations extérieures, mais les journées ne sont pas plus longues. J’ai aussi une vie privée donc je tranche en refusant pas mal de choses. C'est le planning qui est plus dur à gérer, j’apprends encore à jongler avec cette nouvelle notoriété et ce nouveau statut.

Justement, en quoi sentez-vous qu'on en attend encore plus de vous, notamment de la part de votre staff ?

Ça, c'est vous qui le dîtes ! [rire] C'est vous qui me mettez la pression. Le staff, c'est moi qui lui mets, j'ai plus d'attentes envers lui. J'essaye de faire évoluer les choses, donc ça passe par plein de modifications. J'essaie d'être encore plus fin dans ma collaboration avec la Fédération. J'ai la mainmise un peu plus partout mais ça demande pas mal d'énergie.  

"Un podium en Coupe du monde ou une troisième place va beaucoup moins me contenter que lors de mes premières années."

Quentin Fillon Maillet

à franceinfo: sport

Mais d'un côté, c'est proportionnel aux objectifs que je me fixe. Et là, je repars pour quatre ans avec en ligne de mire les Jeux olympiques de Milan-Cortina [en février 2026], où je veux faire encore mieux qu'à Pékin. Et comme j'ai gagné le globe de cristal l'année dernière, j'ai envie de le gagner cette année, et les quatre suivantes encore.

Donc vous avez complètement accepté votre changement de dimension ?

Bien sûr. J'aurais pu subir les choses en me disant : "Non, non, je ne l'accepte pas, ça me fait peur." Mais maintenant, je sais comment j'ai gagné. J'ai senti des choses très intéressantes la saison dernière avec ces résultats. C'est clair que si on avait dit au petit garçon qui démarrait le biathlon il y a quinze ans : "Tu vas viser ça comme objectif", je n'y aurais pas cru. Je n'avais pas autant d'ambition, pas cette soif de victoire. 

Biathlon : l'arrivée triomphante de Quentin Fillon Maillet sur la poursuite

On imagine aussi que l'or en individuel aux Mondiaux cette saison [à Oberhof en Allemagne, du 8 au 19 février 2023], constitue un objectif majeur ?

Sur mes trois derniers Mondiaux, on a réalisé de très belles choses en équipe. Mais il me manque ce titre-là. Avant la saison dernière, ça a été un grand questionnement. Ça faisait trois années que j'étais troisième mondial, que je montais tous les ans sur le podium en individuel, mais jamais pour la médaille d'or. Donc, dans ma tête, le cheminement m'a conduit à me demander ce que je devais mettre en place pour transformer cet argent ou ce bronze en or. Ce n'était pas le manque d'entraînement, ni le manque de talent. Ça a été l'approche mentale qui a changé tout ça. Et l'enchaînement de la saison dernière aussi. J'ai réussi à concrétiser pas seulement une ou deux fois dans la saison, mais à le faire quasiment tout le temps. Ça a été très enrichissant en tant que sportif, mais aussi en tant qu'homme.

Enfin, vous allez faire face à l'un des monstres de la discipline, Johannes Boe, qui a annoncé revenir à fond et qui est prêt à reconquérir son globe de cristal [qu'il a remporté de 2019 à 2021]. Comment appréhendez-vous ce duel ?

Je ne me focalise pas seulement sur Johannes, parce que ce serait se tromper d'objectif. L'objectif, c'est la victoire et pas seulement de battre un athlète. Je n'ai pas envie de prêter trop attention à ce que peuvent faire les adversaires. Est-ce qu'ils ont assez skié, est-ce qu'ils ont ça ? Moi l'année dernière, je suis resté sur ma voie et ça a marché. Donc c'est plutôt encourageant parce que je n'ai pas à me préoccuper des autres. Je ne vais pas me préoccuper des athlètes en particulier, parce que ça peut être un jeune Tchèque qui sort, qui est ultra talentueux et qui va potentiellement être mon plus grand adversaire. Mais d'un côté, il y a Johannes. Moi, je me suis très investi et j'ai beaucoup, beaucoup de motivation. Donc on verra si lui en a autant que moi. [rires]

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