Manquement aux règles sanitaires pendant le match de rugby Biarritz-Bayonne : "Je constate que la parole n'a pas été tenue", assène le préfet des Pyrénées-Atlantiques

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques dénonce sur franceinfo de nombreux manquements aux règles sanitaires lors de la rencontre Biarritz-Bayonne samedi soir.

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Les supporters de Biarritz le 12 juin 2021. (THIBAULT SOUNY / AFP)

"La parole donnée n'a pas été tenue et ça va emporter un certain nombre de conséquences sur différents plans", martèle dimanche 13 juin sur franceinfo le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Eric Spitz, après le match de rugby qui a opposé les deux clubs voisins de Biarritz et Bayonne samedi soir en barrage d'accession au Top 14. Biarritz a gagné, mais le préfet dénonce de nombreux manquements aux règles sanitaires. Le club risque des sanctions sportives, administratives, financières et judiciaires.

franceinfo : Vous condamnez fermement des manquements aux règles sanitaires hier soir. Que s'est-il passé ?

Eric Spitz : J'aimerais d'abord féliciter les joueurs de Biarritz qui sont allés jusqu'au bout du suspense et qui ont remporté ce match. Par contre, je ne félicite pas les dirigeants du club, puisqu'il y avait eu trois réunions pour régler jusqu'aux plus infimes détails le déroulé du match. Et je constate au Pays Basque, où la parole a une certaine importance, que cette parole n'a pas été tenue sur différents points : le contrôle de jauge, l'absence de pass sanitaire pour certains spectateurs, le club qui a organisé une vente d'alcool à emporter dans les buvettes alors qu'il s'était engagé à ne pas le faire, et puis l'envahissement du stade [Aguiléra] parce que, tout simplement, le nombre de stadiers que l'on avait demandé n'a pas été suivi d'effet. Quand au contrôle à l'entrée du stade, ça s'est fait au départ. Et puis visiblement, au bout du 2 000 ou 3 000e spectateur, il y a eu un relâchement, aussi bien dans le comptage que dans le contrôle du pass sanitaire. Les gendarmes qui accompagnaient les bus des joueurs ont pu constater que ces pass sanitaires n'étaient plus demandés à la fin.

Comment l'expliquer : on vous a menti avant ce match ?

Mentir, le mot est fort. En tout cas, la parole donnée n'a pas été tenue et ça va emporter un certain nombre de conséquences sur différents plans. Sur le plan sportif, les contrôleurs de la Ligue nationale de rugby étaient sur place, et la police leur a remis tous les éléments sur ces manquements. Donc, il appartiendra à la Ligue de décider si des sanctions sportives seront prises. J'étais en lien avec le parquet toute la soirée, j'ai déclenché un article 40 qui oblige tout fonctionnaire à dénoncer s'il est témoin d'un délit ou d'un crime auprès du procureur. Donc, le procureur dispose aussi des éléments et déterminera sur quelle base éventuelle il ouvrira une enquête. Et puis, il peut y avoir des sanctions administratives puisque ce club, comme beaucoup d'autres clubs professionnels, a bénéficié d'importantes aides de l'Etat, puisque c'est un établissement recevant du public. Et donc, il m'appartient de vérifier si ces aides continueront à être versées ou même si les anciennes aides ne pourraient pas être retirées.

Clairement, c'est le club de Biarritz qui est visé ?

Oui, ce sont très clairement les dirigeants, et notamment son président, qui assistait à toutes les réunions et qui a affirmé au sous-préfet, droit dans les yeux, que la jauge n'était pas dépassée, alors que tous les téléspectateurs ou spectateurs pouvaient constater exactement l'inverse.

Comment expliquer que cela n'a pas pu être empêché, alors qu'il y avait des forces de l'ordre sur place ?

Les forces de l'ordre, elles ont comme mission la sécurité aux abords du stade, et il n'y a pas eu de trouble à l'ordre public. Il y avait deux fan zones, l'une à Bayonne, l'une à Biarritz et ça s'est très bien passé. En revanche, s'agissant de l'événement lui-même, l'organisation de la sécurité au sein du stade est du ressort des organisateurs et du club. C'est la raison pour laquelle on avait conditionné cette jauge à 5 000 avec un certain nombre de conditions qui n'ont pas été respectées.

Le taux d'incidence des Pyrénées-Atlantiques est maintenant de 61, c'est le plus élevé de Nouvelle-Aquitaine. Est-ce que ce débordement vous fait craindre une reprise de l'épidémie ?

Lorsqu'on commet ce genre d'évènement et qu'on fait en quelque sorte du 'grand n'importe quoi', ce taux d'incidence risque d'exploser. Malheureusement, il faudra attendre deux ou trois semaines pour constater si oui ou non cet événement a une conséquence sur l'épidémie. Mais on peut craindre effectivement qu'il y ait un certain nombre de rebondissements. Il y a une semaine à Biarritz, les gens ont suivi le match Perpignan-Biarritz dans les bars et nous avons eu au moins un cluster important. C'est la raison pour laquelle j'avais aussi interdit la vision du match [d'hier soir] au sein des bars.

Est-ce que vous demandez à ce que dans quelques jours, tous les spectateurs présents hier soir se fassent tester ?

Oui, bien évidemment, tous ceux qui n'étaient pas vaccinés et tous ceux qui n'ont pas présenté un test PCR négatif, je leur demande à tous d'aller se faire dépister. On est l'un des départements qui dépiste le plus en France avec une moyenne de 4 000 personnes par jour, donc on a largement les moyens d'accueillir 7 000 ou 8 000 spectateurs en deux jours, s'ils se présentent aux laboratoires.

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