Tournoi des Six Nations : indisciplinée et prévisible, l'Angleterre peut-elle encore contrarier la France ?

Eddie Jones l'a reconnu lui-même avant le Crunch de samedi 13 mars (à suivre à 17h45 sur France 2 et France.tv), l'Angleterre ne sera pas favorite face aux Bleus. Un aveu impensable ces dernières années. Mais depuis quelques mois le XV de la Rose n'y est plus. Comment expliquer une telle régression ?
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Maro Itoje, symbole d'un XV d'Angleterre qui doute, le 6 février 2021 après une défaite contre l'Ecosse (6-11) (ADRIAN DENNIS / AFP)

Le XV de la Rose serait-il devenu le XV de la Lose ? Synonyme de terreur lors de la dernière décennie, l'équipe d'Angleterre ne fait presque plus peur à personne depuis le début du Tournoi. Une victoire qui a mis du temps à se dessiner contre l'Italie (41-18) et deux défaites contre l'Ecosse (6-11) et le pays de Galles (40-24) sont venues balayer les certitudes de cette Perfide Albion devenue soudain Morbide Albion. 

Ses certitudes, déjà, avaient été ébranlées lors de la dernière Coupe d'automne des nations où les hommes d'Eddie Jones avaient eu toutes les peines du monde à battre une équipe de France bis en finale (22-19 après prolongations)

Déjà, à l'automne, les premiers signes d'érosion parcouraient les rouages anglais. Moins fluide dans le jeu, moins audacieuse, moins précise, l'équipe d'Eddie Jones parvenait quand même à s'imposer grâce à ses individualités. Mais que se passe-t-il lorsque celles-ci ne sont plus là pour sauver les meubles ? "C'est un groupe qui vit depuis longtemps ensemble et il y a peut-être un phénomène de lassitude", estime Vincent Clerc. 

Des leaders à la peine

L'ancien ailier international pointe aussi du doigt le fait qu'Eddie Jones n'a pas su réinjecter du sang neuf dans les veines anglaises. "Il continue de faire confiance à certains cadres malgré leurs contre-performances sur le terrain. Et de ce fait, ces derniers ne se sentent pas mis en concurrence, ils ne sont pas stimulés. Les joueurs ont parfois besoin de se sentir en danger", analyse notre consultant. 

Sans émulation, les leaders s'empâtent. Et quand, en plus, certains manquent cruellement de compétitivité... C'est le cas, flagrant depuis le début du Tournoi, de Maro Itoje et d'Owen Farrell. Les deux têtes de gondole anglaises de ces dernières années sont clairement passées dans l'arrière-boutique. "On voit souvent Farrell la tête basse, Itoje ne fait plus son cirque habituel en alignement en touche", observe Vincent Clerc. Selon lui, l'explication est simple : Itoje et Farrell ont fait le choix de rester aux Saracens (club relégué en D2 anglaise par décision administrative, NDLR) et ils ont perdu le rythme du niveau international en ne jouant pas avec l'élite et les Coupes d'Europe". 

Avec ses leaders à la traîne, le XV de la Rose ne peut pas compter sur un système de jeu qui lui permet de dépasser ces absences. Là où les joueurs semblent interchangeables chez les Bleus de Galthié, ils sont figés chez Eddie Jones qui aurait toutes ses chances comme chef de collection chez Madame Tussauds. La faute, toujours selon Vincent Clerc, à un schéma de jeu beaucoup trop restrictif. "L'Angleterre a décidé de laisser le ballon à l'adversaire et de jouer au pied, c'est une tactique qui demande une défense et une discipline de fer. Or, aujourd'hui, elle ne possède ni l'une, ni l'autre"

"Quand vous n'êtes pas irréprochable vous-même sur le terrain c'est difficile d'aller hurler sur un coéquipier"

L'indiscipline, voilà la grosse épine (de la rose) dans le pied de Jones. Pénalisée 41 fois en trois matchs depuis le début du Tournoi, l'Angleterre, autrefois louée pour sa rigueur, est méconnaissable. Matt Dawson, ancien demi de mêlée international, s'en désolait dans les colonnes de la BBC : "Je rêverais de voir un joueur venir 'gueuler' à la face de son coéquipier d'arrêter de faire des fautes mais je ne vois personne le faire". Les vice-champions du monde manqueraient-ils de tauliers capables de rameuter le troupeau égaré ? Ce n'est pas forcément le cas pour Clerc. "Mais quand vous n'êtes pas irréprochable vous-même sur le terrain, c'est difficile d'aller hurler sur un coéquipier. Personne ne se sent légitime pour le faire", explique l'ex Toulousain.

La France serait toutefois bien imprudente de prendre cette bête blessée de haut. Elle est encore capable de mordre. Surtout si, comme Clerc le pense, "Eddie Jones se décide à faire des changements. Certains joueurs d'Exeter, notamment, ne demandent qu'à avoir leur chance. Le sélectionneur ne pourra pas éternellement les snober. D'autant qu'il joue gros, peut-être même son poste, sur cette fin de Tournoi". Eddie Jones osera-t-il cultiver son jardin pour que la Rose fleurisse à nouveau ? 

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